hacking artistique

Page 3 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  Jean-Yves Amir le Sam 9 Avr - 19:04

Ben moi je dis qu'avec ce qu'on voit, de nos jours, dans les manifs, Hollande et Valls ils devraient faire gaffe!!!














avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1730
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  alainD le Sam 9 Avr - 19:51

ahaha bin ouiii !! voilà!!!
ahah
bah c'est comme pour Grancher ( et j'y reviendrai) et ses Google paintings par exemple...
La question c'est pas "quelle image ça donne" , la question c'est " que nous apprend ce processus?".
Grancher disait : " je ralentis le flux avec une lente technique traditionnelle".
Quand Alice dessine des images à partir d'instagram
c'est bien l'exhibitionisme web dont elle fait  le portrait...

.
Je suis un peu déçu de l’algorithme google que m'a fait découvrir mon fils aîné ce matin, on voit bien qu'ils ont foutu un max d'animaux comme données à mouliner , menfin ça reste une co création,
on est plus chez Schirters..ni chez Wahrol.
non ?
avatar
alainD

Messages : 1375
Date d'inscription : 02/02/2015

http://lartcommeonlaime.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  alainD le Sam 9 Avr - 21:35

Parenthèse:

De Mantegna à Durer et ect, les poses/images tournaient un max,
le hacking à la Renaissance est avéré. Pour prendre un seul exemple.

Grancher est un des 5 pionniers du web art.1994.
Qui d'ailleurs remarquons-le au passage est aussi de l'art de la mondialisation.

Il utilise video ou peinture ect, il est multimedia.
Ses 2 gros projets en lieux réel furent l'un en Amazonie, l'autre au Pôle Nord.
2 régions sinistrées, il est assez politique, faut dire.


De l'Amazonie il disait que les chefs indiens qui se battaient pour survivre en leur forêt
communiquaient avec le monde par téléphone.

Maintenant il vit à Hong Kong.


Alice,(et Jean-Yves)  tu peux survoler Grancher sur Facebook:

https://www.facebook.com/Val%C3%A9ry-Grancher-29112436705/timeline

Sa dernière manip de faire des dessins rapides à partir de sujets/photos "politiques"
montre bien ce dont on parle ici:
le genre de meules de foin que voyait Monet, plus personne ne peut en voir.
.
Mais des parapluies à Hong Kong, si, même si on habite à Bourg en Bresse



Dernière édition par alainAdmin le Dim 10 Avr - 10:56, édité 1 fois
avatar
alainD

Messages : 1375
Date d'inscription : 02/02/2015

http://lartcommeonlaime.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  Jean-Yves Amir le Lun 11 Avr - 11:29

alainAdmin a écrit:
Sa dernière manip de faire des dessins rapides à partir de sujets/photos "politiques"
montre bien ce dont on parle ici: le genre de meules de foin que voyait Monet, plus personne ne peut en voir.

Mais des parapluies à Hong Kong, si, même si on habite à Bourg en Bresse.


Depuis samedi soir, je tourne et retourne ces phrases dans ma tête sans parvenir à comprendre ce que tu as voulu dire. Sad
A Bourg en Bresse, je ne peux plus voir les meules que voyait Monet, mais je peux voir les parapluies de Hong Kong ? scratch Exclamation Question
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1730
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  alainD le Lun 11 Avr - 11:42

je n'ai aucune envie de vivre à Hong Kong, mais je sais que le monde qu'a connu  Monet a disparu, il n'en reste, à Giverny, qu'une bellle carte postale pour nains de jardin.

Valéry Grancher, depuis facebook a écrit:
6 avril 2016, 05:44 ·


Français:
Pour moi un atelier, un vrai, cela m'est assez inconfortable !
Embaucher des assistants pour mes propres travaux dans un atelier, no way !
A cause de cela certaines personnes me voient comme un amateur, et cela me doucement rigoler ...
En fait j'ai débuté ma pratique comme net artist en 1993, en étant l'un des 10 premiers dans le monde. Je travaillais dans une chambre minuscule avec un PC taiwanais
émoticône wink

J'ai toujours considéré mon espace de travail en dehors de cette chambre: L'espace internet, l'espace mondial des réseaux, les espaces muséaux etc... ...
D'autre part, ma pratique est liée aux à l'avènement des ordinateurs personnels, puis des ordinateurs portables, par la production de pièces en ligne de 1994 à 2005, pour ensuite travailler sur des photos numériques, la production de vidéo pour mes installations, et vers 2007 à l'aide des API de l'iPhone et de photoshop pour mes peintures numériques ...
Bien sûr, je produis des œuvres sur papier, et quelques huiles sur toile, mais le format est toujours domestique, jamais gigantesques, et sont bien plus petits que l'impression de mes fichiers numériques.
Cela fait déjà plus de 20 ans que je suis montré dans le monde entier dans différentes institutions et galeries. Et le monde a beaucoup changé, avec la gentrification de Paris, où je vivais et maintenant Hong Kong avec le prix très élevé de l'immobilier ...
Cette réalité met une forte pression sur notre pratique, et j'ai utilisé cette pression comme un avantage pour développer mes travaux en m'adaptant, en travaillant dans une petite pièce avec mes ordinateurs et les clouds (évitant ainsi par l'utilisation de fichiers tous problèmes de stockages et de logistiques) ...
J'ai fait évoluer pendant toutes ces années mon atelier vers un système d'information avec ses clouds, réseaux sociaux, sites web ...
Et même mes travaux physiques sont convertis sous forme de datas.
Je suppose que, comme artiste, je faisais partie de la première génération à changer totalement le paradigme de sa pratique en étant contaminé par internet !
Et bien sûr, quand je travaille dans le contexte très intime de mon petit bureau chez moi en face de mon écran, et en même temps dans ce cas très exposé à travers les réseaux sociaux, c'est toujours un grand paradoxe quand je vois enfin mes travaux répartis dans un espace d'exposition et cela en étant physiquement présent avec eux ... Il y a une disproportion et une distorsion entre ma bulle où je travaille et les espaces du musée ...
Et cela est très stimulant et intéressant ...
Mais ce phénomène si étrange à mes yeux, et pas tellement finalement car si je me vois comme un Asperger (Ce que je suis)cela n'est guère surprenant ...
Maintenant, il y a une sorte de gentrification sur internet et cela sur la base de la capitalisation et la monétarisation de la renommée sur les réseaux sociaux ...
Je dois dire que j'ai compris immédiatement ce potentiel en entrant sur Facebook, Myspace, Instagram, youtube dès les premier mois de leur ouverture ...
Mais aujourd'hui, les institutions artistiques, Non profit organisations travaillent de la même manière avec ce phénomène de crowfunding ...
Plus ils sont actifs sur les réseaux sociaux plus ils peuvent capitaliser...
A mes yeux, même les peintures entre différentes pratiques produites (installations, vidéos, photos, objets, performances ..) Tout est différent de jadis dans l'histoire de l'art parce que la génétique de tout cela est liée à internet et maintenant au post internet .. .
Les artistes ne montent des ateliers mais des starts up !!!

english

For me a studio, a real one is quite uncomfortable !
To hire assistant for my own works in a studio don't think about it !
Because this some people see me as a kind of amateur, and for me that's quite funny...
The point is since I started by practice on 1993 as net artist, by being one of the first 10 ones in the world. I was working in a tiny bedroom with a taiwanese PC
émoticône wink

I always considered my work space outside this room: The internet space, the world space, the museum spaces and so on so on...
On the other hand, my practice is linked to personal computers and then to laptop, by producing online pieces from 1994 to 2005, and then working on digital photos, producing video for my installation, and then on 2007 using iphone software and photoshop for my digital paintings...
Of course, I'm producing works on paper, and some oil on canvas, but the format is never huge and smaller than the digital ones...
It's already more than 20 years that I'm exhibiting worldwilde indifferent institutions. And The world has changed a lot, with the Gentrification of Paris, where I was living and now Hong Kong with the very high price of real estate...
This reality is putting high pressure on the artist practice, and I used this pressure as an advantage to develop my works by adapting myself, by working in a tiny room with my computers and clouds...
I transformed during all these years my studio as an Information System with its clouds, social networks, websites...
And even my physical works are converted as digital files.
I guess that as artist, I was one of the first generation to change totally the paradigm of his practice by being contaminated by internet !
And for sure, when I'm working in very intimate context in my room in front of my screen, and at same times in e very exposed way through the social networks, it's always a big paradox when I see finally my pieces spread out in an exhibition space and by being present physically with them... There is a disproportion and a distorsion in between my bubble where I'm working and the Museum spaces...
And it's very stimulating and interesting...
But this phenomenon so weird to my eyes, and so much and I see myself as an asperger (What I am), is becoming general...
Now there is a kind of gentrification on internet based ton the capitalisation and the monetarization of the fame on social networks...
I have to say that I understood immediately this potential by entering inFacebook, Myspace, instagram, youtube the first month they opened...
But today, art institutions, non profit organizations are working on the same way this phenomenon of the crowfunding...
More they're active on social networks more they can get...
To my eyes, even we're producing paintings among different practices (installations, video, photos, objects, performances..) everything is different from previous times in art history because the genetics of all of that is digital and now post digital...
The artists are not opening anymore studios but a kind of start ups .

avatar
alainD

Messages : 1375
Date d'inscription : 02/02/2015

http://lartcommeonlaime.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  Jean-Yves Amir le Lun 11 Avr - 13:15

alainAdmin a écrit:je n'ai aucune envie de vivre à Hong Kong, mais je sais que le monde qu'a connu  Monet a disparu, il n'en reste, à Giverny, qu'une belle carte postale pour nains de jardin.

Oui, en un peu plus d'un siècle, le monde de Monet a en grande partie disparu (encore que... il faudrait nuancer...). Mais la façon dont Monet portait un regard sur son époque ne me parait pas si éloignée de celle de Grancher. Il prenait en compte les développements techniques et scientifiques de la fin du 19ème siècle (les recherches de Chevreul sur la lumière), il cherchait une réponse picturale à la vision instantanée induite par la photographie. Il expérimentait en exposant chez un photographe (Nadar) et non dans une galerie de peinture. Il témoignait de son temps à travers des sujets neufs, d'actualité, comme ses ponts ferroviaires ou sa série sur la gare St Lazare. En 1877, cette gare était un lieu ultra moderne dont la construction avait à peine 10 ans dans ses aménagements les plus récents. Rien à voir avec la perception un peu rétro qu'on peut en avoir maintenant.

Il me semble que Grancher a un côté "satirique engagé" qu'on ne trouve pas chez Monet. Mais à part ça, ils ont plus d'un point commun dans leurs façons de se "brancher" sur leurs époques respectives.





Les toiles de Monet et de Renoir témoignent des changements qu’a subis l’espace français pendant la révolution ferroviaire. Celui-ci se dote de nouveaux équipements qui traversent les forêts, sillonnent les champs, enjambent les cours d’eau. Le chemin de fer a eu pour conséquence de décloisonner de nombreuses régions ; la mobilité des citadins et des ruraux en a été améliorée. Le rail a aussi eu un effet structurant, car les villes ont tendance à se développer le long des voies ferrées, dans une " extension en doigts de gant ". Pour autant, il s’est souvent accompagné de destructions. D’abord, il a sinon facilité, du moins accompagné l’exode rural. Par exemple, l’arrivée du chemin de fer fait perdre 2 000 habitants à Poitiers. À la fin du XIXe siècle, plusieurs hommes politiques dénonceront le monstre de fer qui vide les campagnes de leurs fils et de leurs filles. D’autre part, la voie d’eau a vivement souffert de la concurrence des compagnies de chemin de fer. Ainsi, le PLM a totalement supplanté la navigation à vapeur sur le Rhône et la Saône.
Source http://www.histoire-image.org/site/etude_comp/etude_comp_detail.php?i=116#sthash.dqLlJyoO.dpuf
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1730
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  alainD le Lun 11 Avr - 15:51

.. a écrit:Il prenait en compte les développements techniques et scientifiques de la fin du 20ème siècle (...), il cherchait à répondre par la peinture à la vision instantanée induite par la photographie. Il expérimentait en exposant ...non dans une galerie de peinture. Il témoignait de son temps à travers des sujets neufs, d'actualité,

voilà nous sommes bien d'accord!

et il faudrait explorer cette piste qui dit que ce n'est pas seulement le choix du motif qui rend "moderne", mais aussi la manière de le torturer

avatar
alainD

Messages : 1375
Date d'inscription : 02/02/2015

http://lartcommeonlaime.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  alainD le Sam 16 Avr - 11:22

les médias commencent à découvrir qu'il y a une grève générale depuis près de 15 jours à Mayotte.
Cela me fait me souvenir de comment Jean-Yves avait travaillé, pour son expo sur Mixed, sur le flux , et dans le flux de la grève en Guadeloupe

http://mixed3d.free.fr/paintingweb/amir/guadeloupe/diaporamaamir.htm

et aussi en 3D !
avatar
alainD

Messages : 1375
Date d'inscription : 02/02/2015

http://lartcommeonlaime.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  Jean-Yves Amir le Dim 8 Mai - 18:09

J'ai trouvé sur Médiapart ce texte sur l'art internet(interview de Nicolas Thély), il date un peu (2008) mais il est intéressant et bourré de références qu'Alain doit connaître mais qui peuvent être utiles à quelqu'un qui découvrirait ce domaine artistique.

https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/121208/comment-l-art-vient-au-net?
Comme chuis pas certain que le lien fonctionne, je le cite en entier:


Comment l’art vient au Net
12 décembre 2008 | Par Sylvain Bourmeau

Les artistes n'ont pas attendu l'invention du web, en 1995, pour investir le réseau internet. Depuis presque vingt ans maintenant, ils sont de plus en plus nombreux à réinventer leurs pratiques sur la toile. Assiste-t-on pour autant à la naissance d'un net art entendu comme une discipline artistique nouvelle? A l'occasion d'une journée d'études organisée à la BNF, réponse de Nicolas Thély, un des premiers historiens de l'art à s'être intéressé au sujet en France.
Critique et historien, maître de conférences à l'Université Paris 1, Nicolas Thély suit depuis plus de dix ans les relations qui se nouent entre l'art contemporain et l'internet. Après avoir travaillé sur la web-intimité (Vu à la webcam) et sur le corps dans l'art vidéo et numérique, il prolonge actuellement son enquête auprès d'une nouvelle génération d'artistes, autour du concept de «basse définition».
A l'occasion d'une journée d'études tenue ce 9 décembre à la BNF sur le «web matériau de création», il esquisse dans un entretien la toute jeune histoire du net art, et analyse son articulation avec les modes de l'art plus classiques. Entretien.



Quand et comment naît le net art? Est-ce en 1995, avec l'apparition du World Wide Web?

Non, l'Internet ne se résume pas au web mais il comprend aussi les mails, les chats, l'échange de fichiers. Le net art est donc antérieur à l'apparition du www. Les choses ont commencé en fait au tout début des années 90 avec des échanges d'images et de fichiers entre artistes. Cette pratique n'est pas née dans les pays anglo-saxons ou en France mais plutôt du côté de l'Europe de l'Est, en Slovénie et en Russie notamment. Trois artistes phares vont préfigurer ce qu'on appellera plus tard le Net Art: le Slovène Vuk Cosic et les Russes Olia Lialina et Alexei Shulgin.

Ces trois artistes viennent de la photographie, du graphisme, ils entretiennent un rapport aux ordinateurs via l'image numérisée. Ils ne viennent pas à la création via le net mais vont se servir du réseau pour poursuivre des démarches artistiques antérieures. Ils utilisent tous les outils, à l'époque, à leur disposition, mais ils travaillent aussi en codant, c'est-à-dire en parlant le langage des machines et des environnements informatiques. Après 1995, avec le www et Netscape, le premier navigateur, apparaîtra le web art ou le browser art, mais ce ne sera au fond que des déclinaisons de ces premières interventions artistiques sur le réseau.

L'apparition du www en 1995 ne marque pas un tournant?


C'est bien sûr une date capitale, le moment où tous les artistes qui ne pratiquent pas le code – à la différence des trois premiers artistes que j'ai cités – vont pouvoir investir le net grâce au html, qui est un langage beaucoup plus simple. A partir de ce moment-là, on peut alors concevoir des pages personnelles très facilement, associer des images et du texte, jouer sur le scrolling et l'organisation des données sur l'écran. C'est à cette époque qu'apparaissent les premières plates-formes d'artistes sur lesquelles on peut télécharger des œuvres. La plus connue, celle qui a lancé tout ce mouvement, voit le jour aux Etats-Unis, c'est Rhizome.org.

Ces plates-formes deviennent les points centraux du net art, les artistes se tournent vers elles pour leur proposer des pièces. Ce n'est pas un hasard d'ailleurs si l'ouvrage de référence sur le sujet, L'Art internet, est signé Rachel Greene, l'une des animatrices de Rhizome. En France aussi des groupes apparaissent comme icono.org, qui vient plus ou moins de Nantes avec des artistes comme Antoine Schmidtt, Alain Declercq, Stéphane Sautour. L'idée est alors d'investir le réseau pour y diffuser des vidéos ou des images séquencées. À Lyon, il y a eu également à la fin des années 90 des expérimentations qui ont proposé à différents artistes, comme Joël Bartoloméo, de s'essayer à ce nouveau régime de l'art. Là encore, il ne s'agit pas d'artistes qui naissent avec cette technologie mais de praticiens de l'art qui investissent le réseau par curiosité. Ils se servent surtout de ce nouveau moyen pour diffuser leurs créations.

Parmi les autres plates-formes localisées en France, on peut citer téléphériques.org, basée à Montpellier et animé en partie par Etienne Cliquet. Ce site est aujourd'hui fermé mais promet de rendre accessibles les archives. Pour l'amateur d'art, ces initiatives qui assurent une visibilité à l'art lié au réseau ne sont pas très différentes des réseaux de galeries: le plus important, c'est de connaître les adresses pour pouvoir les visiter.

Dans ces premières années, le phénomène du net art semble très localisé dans les pays de l'Europe de l'Est. Ces artistes sont-ils très vite en relation les uns avec les autres au plan international?

C'est un milieu qui est animé et théorisé uniquement par des artistes au début, et très rapidement ils se renvoient les uns vers les autres. Une communauté se développe assez vite, et l'on voit même des manifestations internationales se tenir, en Slovaquie en particulier sous l'impulsion de Vuk Cosic. Tous ces gens parlent le même langage et sont à la recherche d'une visibilité commune.

Comment ce petit milieu s'est-il progressivement articulé au marché de l'art et aux institutions artistiques?

Internet rediscute la forme du contrat entre les différents acteurs des mondes de l'art dont principalement l'artiste et le public. Au début, on a d'abord entendu un discours un peu folklorique selon lequel l'artiste était devenu autonome, qu'il pouvait très bien se passer du marché de l'art comme des institutions. L'auto-publication permettant de court-circuiter tous les filtres de sélection. Et, étrangement, la question cruciale pour ceux qui tenaient ce discours semblait être celle de la valeur marchande de leurs œuvres... Mais fallait-il nécessairement vendre? La diffusion ne suffisait-elle pas?

Sur ce point, la position tenue par Paul Devautour dès 1996 me paraît plus pertinente. Tout en prenant acte de l'utopie inhérente au réseau, celle d'un accès direct au public, il tente de dégager l'activité artistique de la pesanteur des attentes du marché. Dans le texte d'une conférence qu'il n'a pu donner pour des raisons techniques, texte aujourd'hui consultable sur le réseau, il déclarait: «Le marché de l'art s'est adjugé le monopole du jugement esthétique, en s'instituant en un espace exclusif de visibilité des propositions artistiques. Internet accompagne une mutation radicale de la pratique artistique et la question est de savoir si ce nouveau monde de l'art que nous entrevoyons ne va pas être rapidement colonisé par les habitudes prises dans l'ancien système.» Pour Devautour, partir sur le réseau, c'est privilégier l'expérimentation, exactement comme l'avaient fait avant les artistes du land art ou de la performance, qui ne travaillaient pas forcément dans les white cube des galeries.

Mais c'est penser également l'articulation avec les lieux d'exposition. Car le réseau, s'il est un nouveau territoire possible d'interventions artistiques, pose en retour la question de la transformation de la matière produite : comment rendre compte d'un art qui s'assume dans le présent et l'instantanéité du réseau ? Comment rendre lisibles et visibles des pratiques furtives et éphémères?

Se cachant derrière le Cercle Ramo Nash, Paul Devautour livre en 1998 une des œuvres les plus intéressantes de cette période, Sowana. C'est un programme, une machine pour dialoguer qu'il installe avec un système GPS sur le réseau (on ne sait même pas que c'est Devautour d'ailleurs lorsqu'on s'y connecte). On dit bonjour à la machine, elle répond, on comprend très vite que cette machine est experte en art contemporain, on tente de la contredire, de la contrarier, rien n'y fait, elle boguera difficilement, par épuisement de ses ressources (de sa bibliothèque de réponses envisagées).

Sowana existe donc sur le réseau mais elle a aussi une version «espace d'exposition», et s'appelle Black Box. C'est un cube noir – une pièce minimale qui fait référence à l'art minimal (à Tony Smith) –, duquel sortent des câbles qui conduisent à des ordinateurs avec lesquels les spectateurs sont invités à dialoguer comme c'était le cas dans l'autre version de la pièce, sur le réseau. La différence, c'est qu'il y a une mise en scène et une matérialité tangible de l'œuvre. En somme, Paul Devautour pratique ce que l'on nomme des variations de formats: il opère d'abord hors contexte artistique, puis il réactualise ces données (ici la création d'un programme) dans un format traditionnellement attaché au monde de l'art, une sculpture, une installation. Black Box fait partie de la collection permanente du Fonds d'art contemporain de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Sowana est toujours consultable librement sur le réseau, et elle toujours aussi discrète.

A propos de cette œuvre sur le réseau, vous dites qu'on ne sait pas qui en est l'auteur. Cela signifie-t-il que l'art internet a remis en cause l'idée de signature, et repris l'idée de l'anonymat souvent présent sur le net?

C'est un autre grand fantasme de l'art internet: la crise de l'auteur, de la signature... En l'occurrence, lorsque je parle de cette œuvre, je suis obligé de dire Paul Devautour, je ne vais pas dire Cercle Ramo Nash ou Sowana parce que je sais très bien qui se trouve derrière. Ce n'est donc pas tant la crise de l'auteur ou sa représentation par la signature qui est en jeu mais la manière dont un artiste peut se dégager de toutes les contraintes du jeu de l'art, et de l'obligation de construire une œuvre cohérente. La création d'avatars comme l'usage de pseudo sont une possibilité largement exploitée depuis l'avènement de la culture des jeux vidéo et la généralisation de l'usage d'Internet.

Miltos Manetas emprunte une autre voie. Cet artiste plutôt lié au monde de la mode est très connu dans l'art contemporain pour ses représentations de scènes d'intérieurs représentant des ados en train de jouer à des jeux vidéo. Au début des années 2000, il a inventé une sorte de mouvement d'avant-garde qu'il a baptisé les Neen. Il s'agissait de faire venir autour de lui plein de petits nerds pour fabriquer des pièces «belles et stupides». De ce mouvement sont sortis quelques artistes importants comme Cory Arcangel, qui a aujourd'hui rejoint la Team gallery à New York.

Sur le site de Manetas, on trouve toutes sortes de pièces, et notamment des œuvres internet parmi lesquelles «Jackson Pollock dripping». Lorsqu'on clique sur ce titre, on se retrouve sur une page blanche, on se demande ce qui se passe puis on bouge la souris et là une grosse tache verte apparaît : on s'aperçoit qu'on est en train de faire du dripping. On continue un temps, et puis on essaye de sortir en appuyant sur n'importe quelle touche ou sur escape, apparaît alors un tampon, un sceau. La pièce est signée Milton Manetas... Vous venez de travailler pour Milton Manetas ! Comme un retour un peu humoristique de l'artiste, qui reprend les choses en main. Une réponse intéressante aux fantasmes folkloriques du net sur l'absence d'auteur.

L'histoire du net art est très brève mais peut-on déjà dégager de grandes tendances?

C'est une question légitime pour les institutions, les critiques ou la presse. Il faut bien s'orienter. Le problème est que le réseau est un milieu instable, en perpétuelle reconfiguration. Les objets sont éphémères et volatils. On peut proposer des typologies mais elles ne fonctionnent que pour un temps très limité. On peut mettre de petits panneaux pour dire, par exemple: «Là on a travaillé sur le code.» Comme Vuk Cosic qui utilise le langage ASCII pour faire des films d'animations très beaux qui ressemblent, je trouve, à des Flux films. Mais on peut travailler le code de multiples manières, de manière plus souterraine par exemple, comme le groupe néerlandais Jodi. Quand vous vous connectez sur jodi.org, vous ne savez plus ce qui se passe. Jodi prend le contrôle de votre ordinateur, on ne peut même plus revenir a la page précédente...

A côté des artistes du code, un autre petit panneau pourrait pointer vers ceux de la narration – et, par exemple, vers la célèbre Mouchette, qui a eu des problèmes avec les ayants droit de Robert Bresson. Je pense aussi à Albertine Meunier qui exploite le phénomène de traçabilité de ses déplacements sur le réseau. Un autre groupe pourrait réunir les artistes qui travaillent sur le langage, pas le langage informatique cette fois, mais le langage sémantique. C'est notamment lié à l'idée qu'avec Google un mot renvoie à d'autres pages et surtout qu'un mot a une valeur.

Une des pièces fondamentales de l'histoire de l'art internet, c'est le Google Adwords Happening de Christophe Bruno. Une œuvre sur ce qu'il a appelé le capitalisme sémantique. Lorsque Google a lancé en 2002 ses liens commerciaux, Christophe Bruno a acheté des mots comme «symptôme» ou «poésie», et dès qu'un internaute tapait ces mots, il tombait sur une publicité qui renvoyait vers le site de Christophe Bruno. Non pas un site commercial mais un site artistique. En 24 heures, une dizaine de milliers d'internautes qui cherchaient des informations sur «symptom» ont été reconduits sur le site de l'artiste. Mais quand Christophe Bruno s'apprête à acheter le mot «money», l'artiste reçoit le mail suivant: «Nous croyons que le contenu de vos ajouts ne reflète pas exactement le contenu de votre site web. Nous suggérons d'écrire vos textes d'ajouts en indiquant précisément la nature des produits que vous offrez.» Quelques heures plus tard, il reçoit un dernier mail: «Bonjour, je suis l'automate de performance de Google Adwords Select. Ma fonction est de conserver une moyenne de taux de clics élevée pour que les utilisateurs puissent compter sur les ajouts Adwords pour trouver produits et services. Les derniers mille ajouts de votre campagne ont reçu moins de cinq clics. Lorsque que je vois pareil résultat, je réduis de manière significative le taux auquel je monte les ajouts, vous pouvez donc faire des changements pour accroître la performance.» L'artiste rend compte de toutes les étapes de sa performance sur son site. Son problème était alors de rendre visible ce qui s'était passé. Il a décidé de communiquer auprès d'un petit milieu lié au réseau, d'écrire le récit de sa propre performance et de le déposer sur un serveur. C'est là qu'un journaliste de Libération en prend connaissance puis en parle dans les colonnes du quotidien.

C'est comme cela que le cercle des connaisseurs s'élargit, que la pièce acquiert une visibilité, qui a conduit l'artiste à jouer lui aussi avec des variations de formats, c'est-à-dire à imprimer, pour les galeries et les expositions collectives, des tableaux et des clichés d'écrans. La dimension narrative de cette pièce est très forte, mais elle porte aussi en elle une dimension plus politique, qui prend en charge la question de la libéralisation du net, le passage d'un espace libertaire à un espace libéral dans lequel même les mots qui composent le langage, et structurent la pensée, acquièrent désormais un prix, une valeur.

Comment les acteurs classiques du monde de l'art ont réagi à l'arrivée du net art?

Comme pour l'art contemporain, on a vu d'un côté des regroupements d'artistes et de l'autre des institutions artistiques qui font leur travail avec leur propre temporalité. D'un côté des plates-formes comme Rhizome mais de l'autre, très vite aussi, des institutions comme le Whitney Museum ou le Dia Center for the Arts qui ont ouvert des espaces de leurs sites internet consacrés à l'art internet et au réseau. Ils ont passé commande de pièces inédites à des artistes, qu'ils soient déjà ou non associés au net art. Il est normal que les institutions prennent du temps pour assurer une visibilité et une pérennité à ces œuvres. Cette histoire n'est pas très ancienne, elle ne remonte qu'au tout début des années 90.

S'agissant de la légitimation par la critique, contrairement à Edmond Couchot, je pense qu'il n'y a aucune raison pour qu'une critique spécifique au net art apparaisse. Le net art s'insère en effet dans l'ensemble des activités artistiques. On voit bien que les artistes qui naviguent sur le réseau ne se cantonnent pas à un seul médium. Il ne me semble donc pas nécessaire de constituer un champ spécifique pour le net art.

Comment les artistes et les institutions se posent-ils aujourd'hui la question de la conservation et de l'accessibilité des œuvres de net art?

Si le net art s'est employé à jouer avec la technologie et les codes, on peut aussi dire que le progrès technique s'est mis à son tour à jouer contre les œuvres qui deviennent illisibles parce qu'incompatibles avec les nouveaux standards de traitement de l'information des données du réseau. La question de la pérennité et de la transmission des œuvres liées au réseau travaille depuis deux-trois ans les acteurs de ce champ artistique. En France, la loi sur les droits d'auteurs et droits voisins dans la société de l'information (DADVSI), adoptée par l'Assemblée nationale le 21 mars 2006, puis par le Sénat le 4 mai 2006, a missionné la BNF d'archiver les pages du réseau – site politique, site de journaux, pages personnelles, site d'artiste. Mais quand l'établissement public livre à l'occasion des captures de sites, on se rend compte que les pages sont «trouées» et que liens hypertextes ne sont plus opérants. Le vrai problème des institutions, et notamment de la BNF en France, c'est d'être capable de rendre accessibles des œuvres techniquement obsolètes.

De leurs côtés, nombres d'artistes ont opéré un virage à 180 degrés après s'être rendu compte qu'il n'était pas viable économiquement et artistiquement d'être exclusivement sur le réseau. Exposés au vieillissement des supports informatiques, à l'obsolescence des langages, à la réactualisation des logiciels de navigation, à l'instabilité des hébergeurs de site, ils ne sont plus en situation de prendre le risque que leurs pièces ne soient plus lisibles ou accessibles. Alors ils se tournent du côté d'une valeur sûre: le livre. Christophe Bruno et Nicolas Frespech exploitent les services de Lulu.com, service Internet d'auto-édition, Ludovic Burel «aspire» le web à partir de mots-clés et publie Page Sucker, Yann Serandour travaille en collaboration avec le Centre national de l'estampe et de l'art imprimé (Cneai).

Voit-on émerger une nouvelle génération d'artistes digital natives, qui seraient tombés dans la marmite tout petits?

Eux ne parlent pas de marmite mais de soupe! Je ne sais pas si on peut parler de génération, mais il y a assurément dans le champ de l'art contemporain actuel une petite bande d'artistes dont l'univers culturel est indissociable du réseau.
Ils s'appellent Serge Comte, Clôde Coulpier, Camille Laurelli, Fanette Muxart, David Lefebvre, Fabrice Croux, Stéphane Sauzedde, Raphaël Charpentier, Guillaume Brissaud, Valentin Lechat, Jérémy Cortial, Emilie Besse, Séverine Gorlier. Ils exposent dans les centres d'art, les galeries, et les galeries virtuelles (no galery). Ils font aussi des concerts. Ils investissent des formats standardisés comme les blogs et les pages My Space, leur site ressemble à des sites d'amateurs. Comme Paul Devautour, il y a dix ans, ils avancent masqués, ils se cachent derrière les noms de différents groupes de musique comme Grüu, Renegade, The Kung Fu CowBoys, Super Polar, Trop tard, Capitaine sentiment.
Ils jouent sur scènes et ils réalisent des clips vidéo. Ils déclarent ouvertement que « qu'Internet est un médium qui leur permet de rendre effectif ce qui est fictif ».

Ce que je trouve passionnant dans leur pratique, c'est la manière dont ils revendiquent de créer eux-mêmes les conditions de leurs apparitions, et leur envie de créer ou de ne plus créer... En somme, il pose une question cruciale: où et comment leur art doit-il élire domicile?
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1730
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: hacking artistique

Message  Jean-Yves Amir le Dim 8 Mai - 18:29

C'est marrant parce que Devautour, je l'ai rencontré quand on était à la fac d'arts plastiques à Paris. A l'époque, il devait être branché cinéma d'animation comme moi, j'étais allé voir ce qu'il faisait, chez lui.

http://www.artpress.com/2011/08/26/artiste-et-enseignant-entretien-avec-paul-devautour/
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1730
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Page 3 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum