Images solubles dans la peinture.

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Images solubles dans la peinture.

Message  Jean-Yves Amir le Mer 27 Jan - 18:28

Voici un sujet consacré à cet instant particulier où les choses représentées deviennent tellement indistinctes que l'image semble se perdre, se dissoudre dans la peinture. Ou bien, à l'inverse, cet instant fragile, presque identique mais pas tout à fait le même, où elles se forment et commencent à se discerner.

Je ne parle pas de l'art "abstrait" mais de cette zone où nait, ou bien s'achève, la représentation. Cette zone indécise, certains peintres, comme Degas par exemple, l'ont explorée lors d'expériences passagères ou dans leurs ébauches, d'autres en ont fait, comme Eugène Leroy, l'objet essentiel de leur oeuvre.

La pâte picturale épaisse en est un caractère fréquent. Mais ce n'est pas un caractère obligé : on trouve autant d'exemples explorant, au contraire, la fluidité, l'effacement, l'inframince si on peut dire, de la couche picturale.

Je propose cette suite comme une balade ouverte, sans chronologie ni ordre particulier, au fur et à mesure des rencontres et des trouvailles.

Auerbach
Degas
Carrière
Monticelli
Lapoujade
Leroy
Turner
Hirschhorn
Fra Angelico
Kapoor


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Frank Auerbach (né en 1931)

Message  Jean-Yves Amir le Mer 27 Jan - 18:33

J'ai photographié ce tableau de Frank Auerbach au musée d'Edinburgh l'été dernier. C'est un petit format d'une trentaine de centimètres de côté. Il se présente comme un inextricable magma pictural dans lequel apparait, de façon presque inespérée, en clignant des yeux, un visage....

AUERBACH 1965 HEAD OF GERDA BOEHM


AUERBACH 1964 Head of E O W II


AUERBACH 1962 E.O.W. Looking into the Fire I


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Edgar Degas (1834 - 1917)

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 28 Jan - 18:24

A l'inverse, Degas, dans ses monotypes de 1890, explore cet instant où se constitue l'image d'un paysage à travers des taches de couleurs disposées sur une plaque de verre et reportées sur papier.

DEGAS 1890 LE CAP HORNU


DEGAS 1890 LE VILLAGE D ESTEREL


DEGAS 1890 PAYSAGE


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Eugène Carrière (1849 - 1906)

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 28 Jan - 20:59


Cet homme attentif, qui vit l'œil ouvert, l'esprit en éveil, ne tarde pas à reconnaître qu'une forme vivante n'est pas un
objet indifférent, qu'on reproduit en le copiant avec une fidélité toute matérielle. Une exécution qui se prend à chaque
partie successivement laisse échapper avec l'unité les rapports qui en font la richesse et la grâce. Comme la vie, l'art ne va pas sans risques, il est une audace réfléchie. Imiter la nature, ce n'est pas copier servilement un objet, c'est surprendre les procédés par lesquels elle le crée pour notre œil, et c'est faire comme elle. Carrière aperçoit que les formes sont construites par la lumière : sa première découverte est celle des valeurs. « Regardez, me disait-il, tout l'art du peintre tient dans cette carafe; ici la clarté la plus intense qui d'abord s'impose, et des valeurs, qui, à partir de là, décroissent, pas une qui soit égale à l'autre, et de tout cela se construit la forme faite de leur variété infinie.  

Cette vérité, premier pas dans sa marche des effets aux causes, porte avec elle ses conséquences. Il les dégage. La
main dépend de l'esprit ; la technique répond à la manière de regarder et de voir. Loin d'être lourde, opaque, il faut
que la matière s'allège, se subtilise pour égaler les fluidités de la lumière.

Gabriel SÉAILLES.1907
Extrait du texte du catalogue de l'exposition Eugène Carrière à l'Ecole Nationale des Beaux Arts en 1907

Oeuvres, textes et témoignages sur le peintre ici http://www.eugenecarriere.com/

CARRIERE 1899 PLACE CLICHY LA NUIT


CARRIERE  1896 FEMME AUX SEINS NUS


CARRIERE SCENE A PLUSIEURS PERSONNAGES


CARRIERE 1901 AUTOPORTRAIT


CARRIERE PALETTE DU PEINTRE


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Adolphe Monticelli (1824 - 1886)

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 28 Jan - 21:09

Ou quelques années auparavant, de Monticelli ceci

MONTICELLI VERS 1875 COUR DE FERME


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Robert Lapoujade (1921 -1993)

Message  Jean-Yves Amir le Ven 29 Jan - 18:06

Lapoujade est un peintre à mon avis injustement méconnu. Son art, il faut le reconnaître, occupe une place assez improbable, quelque part entre l'abstraction française d'après guerre par son style (je pense à Bazaine par exemple) et la figuration engagée des années 1970 par ses sujets (Rancillac, Fromanger...). Ce paradoxe rare vaut qu'on regarde ses oeuvres avec attention.
Lapoujade a été aussi cinéaste et cinéaste d'animation.

Source http://phauser.free.fr/

LAPOUJADE 1960 L EMEUTE


LAPOUJADE 1962 GUERRE D ALGERIE METRO CHARONNE


LAPOUJADE 1984 FOULE


LAPOUJADE 1985 DELIRE DE FOULE


"Vous êtes là pour que Lapoujade fasse votre portrait. Or Lapoujade ne vous regarde pas. Il regarde la toile encore vide. Il procède à une accumulation de  peinture sur cette toile. Un peu partout tout d'abord, semble‑t‑il, puis dans l'espace de ce qui sera, dans un instant, le visage.

Il peint. On ne distingue rien. Il continue à rassembler des couleurs. N'importe quelles couleurs dirait‑on, au début, puis certaines de préférence.

C'est Kandinsky qui, je crois, disait que la peinture est déjà dans les tubes avant d'être sur la toile. Où est‑on avant, où est Sartre avant de passer si extraordinairement sur la toile de Lapoujade ? Il est, nous sommes, dans Lapoujade intégrés, nous circulons dans Lapoujade. je n'ai jamais eu aussi fort que devant ce peintre le sentiment, la sensation, d'être un phéno­mène physique osmotique, soluble.
"
Lapoujade travaillant, c'est une chose inoubliable. il dit : "je ne veux rien déterminer à l'avance alors ne vous étonnez pas de ma façon de peindre." C'est très impressionnant. Vous êtes là et, encore une fois, il ne vous regarde pas ‑ à peine parfois, à la fin du travail. Vous gêneriez l'absolue figure que vous êtes en lui s'il vous regardait. La toile est encore infor­me. Il y a du jazz, haut, fort. Lapoujade, au rythme du jazz, s'avance vers la toile, la frappe avec le pinceau, recule revient, toujours en cadence, modèle de ses deux mains l'air qui est devant la toile, et à l'ombre de sa courbure, pose la ­première pierre du bâtiment. Toujours au rythme du Jazz qui vide la tête des noirs quand ils dansent.
Marguerite Duras La vraie semblance

LAPOUJADE 1965 MARGUERITE DURAS


Dans un rassemblement de toutes ses forces sensibles, physiques, avec toute sa force musculaire, nerveuse, Lapoujade reconstruit un Sartre imaginaire. Et pour cela, s'il a besoin que Sartre soit présent, là, dans le même lieu que lui, Sartre, preuve absolue de l'existence de Sartre, il ne doit pas regarder le Sartre présent. Car si étale que soit votre humeur, si quotidien votre comportement, il n'en reste pas moins que cette humeur ou ce comportement sont occasionnels, frag­ments. Rien à faire : vous n'êtes jamais, même à un moment privilégié de votre vie, qu'une illustration insuffisante de vous même, signe, indice, entre mille d'un tout qui jamais, bien entendu, ne se trouve, en une seule fois, exprimé.
Marguerite Duras La vraie semblance

LAPOUJADE 1965 JEAN-PAUL SARTRE


LAPOUJADE 1958 LA TORTURE


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Eugène Leroy (1910 - 2000)

Message  Jean-Yves Amir le Sam 30 Jan - 16:54

"Fervent admirateur de Rembrandt, Eugène Leroy (1910-2000) portait une attention particulière au travail de la matière et de la lumière. Il a accompli une œuvre singulière située dans un double mouvement d’apparition-disparition du motif. Sa démarche consistait à enfouir sous de multiples couches de peinture un dessin originel. L’image du corps ou du visage de son modèle est recouverte progressivement d’épaisseurs de peinture dans lesquelles l’artiste ne cesse de revenir, de retravailler pendant des années, sur lequel l’artiste ne cesse de revenir, retravailler pendant des années. Dans le foisonnement de la matière picturale, l’épaisse couche au relief bosselé, la figure ne disparaît pas, au contraire elle émerge, elle s’incarne dans la peinture."
Source http://www.lyonne-en-scene.com/expositions/robert-guinan-eugene-leroy-charles-maussion/

wait




"En proie à une vive curiosité, Porbus et Poussin coururent au milieu d’un vaste atelier couvert de poussière, où tout était en désordre, où ils virent çà et là des tableaux accrochés aux murs. Ils s’arrêtèrent tout d’abord devant une figure de femme de grandeur naturelle, demi-nue, et pour laquelle ils furent saisis d’admiration.

— Oh ! ne vous occupez pas de cela, dit Frenhofer, c’est une toile que j’ai barbouillée pour étudier une pose, ce tableau ne vaut rien. Voilà mes erreurs, reprit-il en leur montrant de ravissantes compositions suspendues aux murs, autour d’eux.

À ces mots, Porbus et Poussin, stupéfaits de ce dédain pour de telles œuvres, cherchèrent le portrait annoncé, sans réussir à l’apercevoir.

— Eh ! bien, le voilà ! leur dit le vieillard dont les cheveux étaient en désordre, dont le visage était enflammé par une exaltation surnaturelle, dont les yeux pétillaient, et qui haletait comme un jeune homme ivre d’amour.

— Ah ! ah ! s’écria-t-il, vous ne vous attendiez pas à tant de perfection ! Vous êtes devant une femme et vous cherchez un tableau. Il y a tant de profondeur sur cette toile, l’air y est si vrai, que vous ne pouvez plus le distinguer de l’air qui nous environne. où est l’art ? perdu, disparu ! Voilà les formes mêmes d’une jeune fille. N’ai-je pas bien saisi la couleur, le vif de la ligne qui paraît terminer le corps ? N’est-ce pas le même phénomène que nous présentent les objets qui sont dans l’atmosphère comme les poissons dans l’eau ? Admirez comme les contours se détachent du fond ? Ne semble-t-il pas que vous puissiez passer la main sur ce dos ? Aussi, pendant sept années, ai-je étudié les effets de l’accouplement du jour et des objets. Et ces cheveux, la lumière ne les inonde-t-elle pas ?… Mais elle a respiré, je crois !… Ce sein, voyez ? Ah ! qui ne voudrait l’adorer à genoux ? Les chairs palpitent. Elle va se lever, attendez.

— Apercevez-vous quelque chose ? demanda Poussin à Porbus.

— Non. Et vous ?

— Rien.

Les deux peintres laissèrent le vieillard à son extase, regardèrent si la lumière, en tombant d’aplomb sur la toile qu’il leur montrait, n’en neutralisait pas tous les effets. Ils examinèrent alors la peinture en se mettant à droite, à gauche, de face, en se baissant et se levant tour à tour.

— Oui, oui, c’est bien une toile, leur disait Frenhofer en se méprenant sur le but de cet examen scrupuleux. Tenez, voilà le châssis, le chevalet, enfin voici mes couleurs, mes pinceaux.

Et il s’empara d’une brosse qu’il leur présenta par un mouvement naïf.

— Le vieux lansquenet se joue de nous, dit Poussin en revenant devant le prétendu tableau. Je ne vois là que des couleurs confusément amassées et contenues par une multitude de lignes bizarres qui forment une muraille de peinture.

— Nous nous trompons, voyez ?… reprit Porbus.

En s’approchant, ils aperçurent dans un coin de la toile le bout d’un pied nu qui sortait de ce chaos de couleurs, de tons, de nuances indécises, espèce de brouillard sans forme ; mais un pied délicieux, un pied vivant ! Ils restèrent pétrifiés d’admiration devant ce fragment échappé à une incroyable, à une lente et progressive destruction. Ce pied apparaissait là comme le torse de quelque Vénus en marbre de Paros qui surgirait parmi les décombres d’une ville incendiée.

— Il y a une femme là-dessous, s’écria Porbus en faisant remarquer à Poussin les couches de couleurs que le vieux peintre avait successivement superposées en croyant perfectionner sa peinture.

Les deux peintres se tournèrent spontanément vers Frenhofer, en commençant à s’expliquer, mais vaguement, l’extase dans laquelle il vivait."


Balzac Le chef d'oeuvre inconnu


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Joseph Mallord William Turner (1775 - 1851)

Message  Jean-Yves Amir le Sam 30 Jan - 16:58

On connaît Turner, le peintre fabuleux des soleils couchants, des tempêtes et des effets atmosphériques.
Il mérite une place particulière dans ce sujet car il est le premier, à ma connaissance, à avoir exploré cette zone indécise qui en fait l'objet. Ses oeuvres tardives sont des tourbillons hallucinés de peinture presque abstraits.

TURNER 1840 45 YACHT APPROACHING THE COAST


TURNER 1845 COUCHER DE SOLEIL AVEC MONSTRES MARINS


TURNER 1843 LIGHT AND COLOUR THE MORNING AFTER THE DELUGE


Le film de Mike Leigh, "Turner", est passionnant. Il présente le peintre comme un homme âpre, rugueux, attaché à ses origines populaires et visiblement en rupture avec la bourgeoisie dans laquelle il est contraint de naviguer pour vendre ses oeuvres. C'est une sorte d'ours, à la fois odieux et profondément humain.



Les lecteurs de Rabelais se souviennent peut-être du prologue de Gargantua, où l'auteur évoque Socrate, « laid de corps et d'un maintien ridicule, le visage d'un fou », mais note que ce physique peu avantageux cache toutes les qualités morales du monde, « une intelligence plus qu'humaine, une sobriété sans égale ». Les apparences les plus contrefaites recèlent des trésors : on songe à ce paradoxe en voyant l'immense ­acteur Timothy Spall (justement primé à Cannes) faire du peintre anglais William Turner (1775-1851) un presque obèse à la démarche de crapaud, visage perpétuellement grimaçant, grognements porcins à gogo.

L'analogie animale est validée d'emblée quand, au début du film, le père du peintre, ancien barbier à Covent Garden, ayant à peine enjoint son fils de se raser, trimbale illico son coupe-chou sur les soies d'une tête de cochon... Mais de cette « tête de cochon » de fils, l'expression qualifiant autant le physique de l'artiste que son caractère renfrogné, a jailli une beauté sans pareille : innombrables paysages ou marines magnifiques, travail saisissant, sans cesse recommencé, sur la lumière.

Artiste, le mot est-il même prononcé ? Dans ce récit fragmenté, moins biographie linéaire que juxtaposition de moments illustrant les vingt-cinq dernières années de sa vie, l'art de Turner est d'abord montré comme un métier. Pas sans analogie avec celui de ciné­aste : repérages, croquis comme les esquisses d'un story-board, visite au marchand de couleurs comme on va chez le loueur de caméras. Jamais Mike Leigh — pas le plus playboy des réalisateurs anglais — ne confirmera la piste autobiographique, mais celle-ci saute aux yeux. Les peintres rassemblés pour un Salon annuel, se saluant ou se jalousant ? Des metteurs en scène dans un festival, bien sûr. Le mécène (ici, le comte d'Egremont) ? Un producteur. Tout concorde, jusqu'aux rapports tumultueux avec la critique : en fin de carrière, Turner était considéré comme un vieil excentrique et sa tentation impressionniste, mise sur le compte d'une vue qui baissait sévèrement. Cela ne l'empêche pas, dans le film, de moucher implacablement le jeune critique John Ruskin, ce que Mike Leigh, peut-être, n'a jamais osé faire.

Il est très vraisemblable que l'auteur des féroces Naked (1993) et Another year (2010) partage la misanthropie tranquille de son personnage. Tout au long du film, Turner ne trouve son accomplissement que face aux paysages qui vont l'inspirer — sublimement rendus par l'image numérique du chef opérateur Dick Pope, qui a étudié les pigments utilisés par le peintre. Ou au milieu des éléments (nuages, pluies, etc.), le film attestant une légende selon laquelle Turner se serait attaché au mât d'un navire pour être au coeur d'une tempête et de ses embruns. La beauté, la vérité du monde résident dans un ciel changeant que le soleil et les nuages recomposent en mille nouveaux contours. Mais certainement pas en l'homme : ni lui-même (« Quand je me regarde dans un miroir, je vois une gargouille »), ni ceux qu'il côtoie, dont la laideur morale accompagne parfois les déconfitures implacables du corps (comme cette servante, et maîtresse occasionnelle, au visage dévoré par le psoriasis). Ce sera pire quand la révolution industrielle encore balbutiante aura achevé de noircir le décor, transformant l'Angleterre de Turner en celle de Dickens.

Par petites touches, Mr. Turner installe un sentiment poignant d'élégie. Emu par la jeune prostituée qu'il a fait poser (devenu l'exécuteur testamentaire de Turner, John Ruskin, le critique mouché, détruira tous ses croquis de nus), le peintre fond en larmes, ou plutôt, avec la joliesse qui le caractérise, en sanglots hoqueteux et baveux : est-ce le souvenir de sa soeur, perdue en bas âge ? Plus tard l'accable celui de sa mère, internée jusqu'à sa mort au terrifiant asile de Bedlam. Cerné par la perte, Turner s'est, toute sa vie, barricadé, il s'est entraîné à ne voir que la beauté. Une scène tire les larmes : il chante, d'une voix mal assurée, la lamentation de Didon, When I am laid in earth, tirée du Didon et Enée de Purcell. De l'ogre difforme sort la conscience d'un éden perdu. C'est bouleversant.
— Aurélien Ferenczi Source


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Joseph Mallord William Turner (1775 - 1851)

Message  Jean-Yves Amir le Dim 31 Jan - 11:39

Mais on connait moins ses extraordinaires aquarelles ou ses sketchbooks . Ils sont en ligne sur le site de la Tate Britain et je conseille vraiment d'aller les regarder de près car ils sont éblouissants et stupéfiants. On va de surprise en surprise tellement Turner a poussé loin l'art de la notation synthétique instantanée.

http://www.tate.org.uk/art/research-publications/jmw-turner

A Wreck, Possibly Related to 'Longships Lighthouse, Land's End' c.1834


Clouds above St Michael's Mount c.1836


Windsor Castle c.1828


Land's End, Cornwall c.1834


Carnet d'Ambleteuse et Wimereux 1845


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Joseph Mallord William Turner (1775 - 1851)

Message  Jean-Yves Amir le Dim 31 Jan - 11:39

Je suis ému en trouvant ce qui suit parmi les sketchbooks de Turner mis en ligne par la Tate Britain.
Nous sommes là au bout du bout de ce sujet, en 1836!

Explications (en anglais) sur les carnets érotiques de Turner ici

Carnet Colour studies 1
Carnet Colour studies 2

TURNER 1834 36 COLOUR STUDIES1 A CURTAINED BED...


TURNER 1834 36 COLOUR STUDIES1 A DARK INTERIOR...


TURNER 1834 36 COLOUR STUDIES1 A DARK INTERIOR OR CURTAINED BED...


TURNER 1834 36 COLOUR STUDIES1 A Curtained Bed, with a Naked Couple Engaged in Sexual Activity


TURNER 1834 36 COLOUR STUDIES1 A Curtained Bed, with a Figure or Figures under the Covers


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