Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

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Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Lun 22 Fév - 18:35

Honnêtement, pour attaquer un sujet sur Rembrandt, il faut être gonflé! Very Happy
Mais après tout, ce n'est pas parce que tout a été dit sur lui qu'on devrait s'abstenir d'en parler!

Comme j'appréhende un peu tout de même, je commencerai par ce chemin détourné, ce face à face surprenant au Rijksmuseum entre, d'un côté, une oeuvre récente de Kapoor, et de l'autre quelques chefs d'oeuvre de Rembrandt :







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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Lun 22 Fév - 19:04

Afin qu'il n'y ait pas de malentendu, je précise. Je n'ai rien contre les confrontations art contemporain / art ancien. Au contraire, ce peut être très intéressant quand c'est fait avec finesse, comme l'intervention de Pignon Ernest au musée de Montauban, ou bien les confrontations que propose le petit musée de Digne entre art et science (Fontcuberta).

Mais là, c'était si pesant que les bras m'en sont tombés! Une impression d'arrogance, de prétention, j'en avais presque honte pour l'art contemporain!




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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Mar 23 Fév - 12:17

Les tableaux de Rembrandt me font l'impression de "surclasser" tout le reste. Rien, ou pas grand chose, ne supporte la comparaison. Tous les autres peintres peuvent aller se rhabiller! What a Face

Mais pourquoi? Qu'est ce qui, chez lui, produit un effet si fort et toujours renouvelé? C'est ce que je voudrais tenter d'explorer ici, sur un mode simple et subjectif...
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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Northman le Mar 23 Fév - 18:34



Jean-Yves Amir a écrit:Afin qu'il n'y ait pas de malentendu, je précise. Je n'ai rien contre les confrontations art contemporain / art ancien. Au contraire, ce peut être très intéressant quand c'est fait avec finesse, comme l'intervention de Pignon Ernest au musée de Montauban, ou bien les confrontations que propose le petit musée de Digne entre art et science (Fontcuberta).

Mais là, c'était si pesant que les bras m'en sont tombés! Une impression d'arrogance, de prétention, j'en avais presque honte pour l'art contemporain!


De plus le parallèle est très limité. L'anatomie est ordonnée. Une bonne leçon d'anatomie sur cadavre est très structurée. Alors que les chairs de la sculpture ne sont pas vraiment ordonnées... de l'anatomie à la grenade, façon puzzle...  What a Face

Jean-Yves Amir a écrit:Les tableaux de Rembrandt me font l'impression de "surclasser" tout le reste. Rien, ou pas grand chose, ne supporte la comparaison. Tous les autres peintres peuvent aller se rhabiller! What a Face

Mais pourquoi? Qu'est ce qui, chez lui, produit un effet si fort et toujours renouvelé? C'est ce que je voudrais tenter d'explorer ici, sur un mode simple et subjectif...

Je vais suivre ton sujet attentivement. Je laisse un peu le gros sujet norvégien pour passer du mode rédacteur au mode lecteur.


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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Mar 23 Fév - 19:22

Northman a écrit:
Je vais suivre ton sujet attentivement. Je laisse un peu le gros sujet norvégien pour passer du mode rédacteur au mode lecteur.

Oui, ou lecteur actif : on peut tâcher de le faire ensemble, sous forme de dialogue à plusieurs, en essayant d'échanger nos impressions.

Je propose de commencer par cette oeuvre de Rembrandt qu'on a vue sur une des photos ci-dessus, en face des Kapoor.

REMBRANDT 1662 LES SYNDICS DE LA GUILDE DES DRAPIERS



Et de la comparer avec celle-ci que j'ai photographiée au Mauritshuis de La Haye

JAN DE BRAY 1663 LES REGENTS DE L'ORPHELINAT DE HAARLEM


Ce sont deux oeuvres de commande, presque de la même année. Leurs sujets sont très proches, deux portraits de groupes, six personnages, une table au milieu. La seconde est une belle peinture du 17ème siècle hollandais, la première est un Rembrandt.

Y a t-il entre ces deux oeuvres une différence de qualité, et si oui, où réside-t-elle? scratch

( en faisant comme on peut avec les photos, je sais bien, ce serait mieux d'avoir les originaux sous les yeux!)


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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Mar 23 Fév - 19:40

Le premier truc frappant, je crois, c'est le point de vue en contreplongée qu'adopte Rembrandt. Il place le regard du spectateur en dessous du niveau de la table, alors que celui de Jan de Bray est plus conventionnel: la même hauteur que ses personnages, comme si le spectateur était assis parmi eux, ou juste un peu à côté, à peine un peu plus bas qu'eux.

De plus, en regardant bien, on se rend compte que la table n'est pas orientée de la même manière : Rembrandt la tourne vers nous et la représente en raccourci.
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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Mer 24 Fév - 18:35

Je ne sais pas si c'est perceptible sur ces photos, mais je peux témoigner que c'est sensible devant les oeuvres.
Les personnages de Rembrandt ont quelque chose d'impérieux, ils interpellent le spectateur et lui réclament -exigent même - son attention. Les régents de Jan de Bray, eux, posent et restent comme en retrait. Ils sont expressifs mais neutres. Vous pouvez passer devant eux en toute indifférence. Tandis que les drapiers de Rembrandt s'adressent à vous, à toi, te mettent la pression personnellement, si je peux dire. C'est en partie lié à la contreplongée. Mais c'est aussi l'effet produit par la mise en scène et l'expression de chacun des personnages. Ils ont quelque chose de dérangeant, d'inquisiteur...

Un air de te demander: "Mais que fais tu là? mais puisque tu y es, et bien maintenant regarde!"
Et d'insister: "Regarde vraiment!"

Rembrandt interpelle en passant du vous au tu.



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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Mer 24 Fév - 19:10

Ce même caractère impérieux, on le retrouve dans les autoportraits ou, par exemple, dans ce "tronie".

Un air de te demander: "Et alors, qu'est ce qu'elle a ma gueule? il te plait pas mon chapeau?"

J'y reviendrai.

REMBRANDT 1635 40 TRONIE D'UN HOMME AU CHAPEAU A PLUMES
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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 25 Fév - 8:42

Dans le tableau de Jan de Bray, si tu ne fais pas encore partie du groupe, cela ne saurait tarder. Pas de souci, le régent qui tient le registre s'apprête à y inscrire ton nom.
Par contre, dans "Les Syndics de la guilde des drapiers" les choses s'annoncent plus compliquées : on te tutoie tout en te regardant de haut et en te tenant à bonne distance grâce à la table placée là en travers... Rapprochement / éloignement : une tension s'instaure.

Rembrandt a laissé peu d'écrits, à peine quelques lettres où il parle peu de son art. On connait de lui cette citation (de Paillot de Montabert): "Un tableau n'est pas fait pour être flairé; reculez-vous: l'odeur de la peinture n'est pas saine"
Or, venir flairer la peinture, c'est exactement ce qu'on est tenté de faire devant ses tableaux!
Encore une question de distance...

De près comme de loin, la nappe peinte par Jan de Bray reste égale à elle même. Elle est traitée de façon descriptive, méticuleusement.



Celle de Rembrandt, c'est tout autre chose. Elle change de nature quand on s'en approche. Son velours devient sang, chair triturée par les outils ou les doigts du peintre. Et lui, on le sent là, présent.



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Re: Hollandaise 2 : Rembrandt de près ou de loin, stabisme et angoisse de la cécité

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 25 Fév - 18:38

En y réfléchissant, cette tension "rapprochement / éloignement" me semble être un trait fondamental de l'art de Rembrandt. Un trait singulier car il me semble que rares sont les peintres qui en ont joué.

Pour bien le comprendre, il faut peut-être rappeler qu'un tableau est une réalité matérielle que l'on regarde en face à face, et non pas une image virtuelle aux dimensions élastiques. Le tableau, tout tableau, instaure une distance particulière au spectateur. Pour donner une exemple simple et évident, la Dentellière de Vermeer, qui mesure 21x24cm ne se regarde pas de la même façon que le Radeau de la Méduse de Géricault qui mesure, lui, 491x716cm. La reproduction des images tend à faire oublier ce phénomène pourtant essentiel. Voici ces deux oeuvres rapportées à des dimensions similaires:





Cette distance de vision instaurée par le peintre est stable dans la plupart des cas et à peu près égale sur toute la surface du tableau, mis à part parfois des effets de flou pour suggérer la distance, dans les paysages en particulier.
Chez Bosch, par exemple, tout est toujours net jusqu'au plus infime détail, et quelle que soit sa distance. En photographie, on dirait que la profondeur de champ englobe tout l'espace de représentation.

BOSCH 1510 LE JARDIN DES DELICES


DETAIL DU JARDIN DES DELICES


Chez Carrière, à l'inverse, rien ou presque ne semble pouvoir être net. Tout se passe comme si l'oeil était trop proche pour parvenir à accommoder convenablement.

CARRIERE 1890 MERE ET ENFANT


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