Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Ven 4 Déc - 9:29

145
Structure en filigrane, point de départ de ce sujet :



Elle comprend donc deux sous-structures, de natures très différentes, mais qui communiquent entre elles par des traits précis. La sous-structure de droite est de type labyrinthique, ce qui invite à une logique de cheminements dans une optique topologique plus que géométrique-projective. En effet, le but d'un labyrinthe est de trouver le bon cheminement pour aboutir au centre.

J'ai commencé par cheminer, en rouge et en orange, sur les traits qui font communiquer les bords droits des deux plans bien ordonnés de la sous-structure de gauche avec celle de droite, en respectant scrupuleusement les coupures, les interruptions :



Cette fois j'ai interrompu là où j'ai des doutes sur les coupures. Regardez le "traitement" que Duchamp fait subir, dans le "labyrinthe", aux traits issus du plan orange...

Si mon hypothèse est juste, cette structure mystérieuse, un peut comme un code secret de lecture de l'œuvre, nous inviterait à lire Tu m', dans un second temps, globalement dans une logique de cheminement, et à y repérer les coupures, les ruptures, tentatives d'introduction d'une 4ème dimension ...

En A, il y a en fait coupure, très étroite, ce qui m'a fait hésiter. En B, il y a discontinuité mais pas coupure :



Les secteurs incomplets de la sous-structure de droite, soulignés en bleu ci-dessous, lui donnent un aspect évanescent, et l'évanescence est aussi bien pointée dans la conférence d'Elie During sur Duchamp à Normale Sup.





Dernière édition par Northman le Ven 4 Déc - 22:58, édité 3 fois
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Ven 4 Déc - 12:21

146
Une autre façon de cheminer, non plus sur mais entre les lignes, de la sous-structure de gauche à celle de droite, et au sein même de celle de droite :

Tous ces chemins peuvent aboutir au centre du labyrinthe, mais ceux issus des plans de la sous-structure de gauche sont beaucoup moins directs. Je vous laisse trouver la fin pour les cheminements orange et rouge, qui se rejoignent  Laughing  :

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Ven 4 Déc - 16:11

147
Les deux "boulevards" qui mènent le plus directement au coeur du labyrinthe sont issus du secteur évanescent. Un troisième, moins direct, terminant par une marche à angle droit, très importante, est aussi issu du secteur évanescent, en haut. Nous avons donc trois cheminements directs qui connectent le cœur, le centre du labyrinthe, avec la périphérie évanescente et "ouverte" de la sous-structure de droite. C'est une connexion directe avec une "dimension" non représentable et non représentée, mais suggérée par l'évanescence :



Le centre du labyrinthe évoque donc directement cette "dimension" irreprésentable. Plus j'avance, plus je pense que rien n'est dû au hasard dans la structure mystérieuse.

Les trois "boulevards" de connexion avec la zone évanescente convergent au centre pour former un repère orthogonal en 3D, base mathématique de toute figure, de toute courbe, de toute représentation en 3D :



Mais ce repère 3D est lui même "issu" d'une zone vide, connecté au secteur évanescent où toute représentation s'évanouit. Le point O condense donc dette "dimension" invisible, irreprésentable... La quatrième dimension, d'où surgiraient les trois axes OX, OY et OZ ?

A bientôt pour la suite, je ne peux tout livrer d'un bloc par manque de temps. Globalement, pour résumer la démarche de recherche :

Au tout début une intuition fulgurante, au premier regard sur cette structure en filigrane dénichée et mise en valeur visuellement par Jean-Yves, qui a aussi montré qu'elle fait partie intégrante de l'œuvre. Puis interview de J. Clair. Puis idée de taper "Quatrième dimension topologie" sur Google, qui me donne alors en premier choix la conférence d'Elie During à Normale Sup sur Duchamp, alors que je n'ai pas tapé "Duchamp" sur le moteur de recherche. Je me dis que c'est déjà une forme confirmation, et je persiste en écoutant l'intégralité de la conférence. Et là, tout s'illumine d'un coup, mon analyse actuelle sur ce site n'étant que le développement de cette "illumination"... Et je rappelle que je suis une quiche en art et en histoire de l'art. Je ne connaissais même pas Duchamp !  Embarassed
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Ven 4 Déc - 23:07

148
Et voici la synthèse de mes hypothèses directement sur images. Le texte suivra ...



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 11:17

148
Northman a écrit:
Et là, tout s'illumine d'un coup

Laughing C'est l'effet Duchamp!
Il te fabrique une énigme totalement énigmatique, tu te creuses la tête dessus des heures durant à grand renfort d'aspirine, tout à coup tu avances d'un petit chouya, et là, tu te sens comme ébloui! Very Happy
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 11:26

149
Suite aux observations de Northman sur la mystérieuse structure, je signale que j'ai fait une erreur dans mon schéma perspectif du message 124 p9. La partie en rouge est bien construite en perspective convergente, mais la partie en jaune (ellipse) est fausse.
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 11:40

150
Northman a écrit:143
Jean-Yves Amir a écrit:Je vois bien aussi que les deux perspectives des deux parties de la structure en filigrane ne sont pas de même nature. Que celle de gauche soit projective, d'accord.
Mais en quoi la partie de droite, celle qui forme une sorte d'étoile, relève t elle de la "topologie géométrique"?

Jean-Yves réécoute bien ce que dit Elie During sur la topologie, retiens uniquement ce qui peut être opératif dans le passage à l'acte du dessin, donc ce que Duchamp a essayé de faire passer dans ses traits et son œuvre, pour tenter d'accéder à la quatrième dimension par la topologie, le faire par la géométrie projective étant impossible, et prends en note tout en regardant la partie droite de la structure énigmatique. Je ne vais quand même pas tout te mâcher !  Very Happy   

J'ai réécouté cette partie de la conférence, le dernier quart à peu près.
En résumé: l'idée de Duchamp n'est pas de représenter un hypervolume en 4d selon une logique analogique, mais de chercher quelle représentation on peut donner d'un espace tridimensionnel dans un continu quadridimensionnel. C'est alors qu'il recourt au concept de "coupure" théorisé par Poincaré. Voici le texte de Poincaré cité par During (extrait de "Dernières pensées" 1912):

« Je fonderai la détermination du nombre des dimensions sur la notion de coupure. Envisageons d'abord une courbe fermée, c'est-à-dire un continu à une dimension ; si, sur cette courbe, nous marquons deux points quelconques par lesquels nous nous interdirons de passer, la courbe se trouvera découpée en deux parties, et il deviendra impossible de passer de l'une à l'autre en restant sur la courbe et sans passer par les points interdits. Soit au contraire une surface fermée, constituant un continu à deux dimensions ; nous pourrons marquer sur cette surface, un, deux, un nombre quelconque de points interdits ; la surface ne sera pas pour cela décomposée en deux parties, il restera possible d'aller d'un point à l'autre de cette surface sans rencontrer d'obstacle, parce qu'on pourra toujours tourner autour des points interdits.

Mais si nous traçons sur la surface une ou plusieurs courbes fermées et si nous les considérons comme des coupures que nous nous interdirons de franchir, la surface pourra se trouver découpée en plusieurs parties.

Venons maintenant au cas de l'espace ; on ne peut le décomposer en plusieurs parties, ni en interdisant de passer par certains points, ni en interdisant de franchir certaines lignes ; on pourrait toujours tourner  ces obstacles. Il faudra interdire de franchir certaines surfaces, c'est-à-dire certaines coupures à deux dimensions ; et c'est pour cela que nous disons que l'espace a trois dimensions.

Nous savons maintenant ce que c'est qu'un continu à n dimensions. Un continu à n dimensions quand on peut le décomposer en plusieurs parties en y pratiquant une ou plusieurs coupures qui soient elles-mêmes des continus à n-1 dimensions. Le continu à n dimensions se trouve ainsi défini par le continu à n-1 dimensions ; c'est une définition par récurrence.
"

La "structure en filigrane", sa partie droite en étoile tout au moins, pourrait effectivement se lire comme une "illustration" de ce texte de Poincaré, aboutissant à cet étrange cheminement labyrinthique.... Question
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Sam 5 Déc - 12:50

151


Il y a le texte de Poincaré, et ce qui peut concrètement en être tiré par les doigts du peintre : Elie During donne d'autres clés que le simple (?) texte de Poincaré dans sa conférence.

Résumons : La structure mystérieuse comporte donc une partie gauche très linéaire, avec des plans superposés et bien séparés vus en perspective, et une partie droite qui fait penser à un curieux labyrinthe.

Ces deux parties bien distinctes communiquent entre elles par des traits précis. Le passage de la partie gauche à la partie droite implique un changement de logique : On part des plans vert et orange en cheminant à partir de leurs surfaces supérieures. C'est déjà un passage à la topologie.

En progressant de la gauche vers la droite ( la flèche blanche donne le sens général de progression), on entre dans les arcanes alambiqués du labyrinthe, et ces cheminements orange et vert ne vont pas directement au centre, loin de là. En cours de route ils se rejoignent, alors que les plans initiaux sont séparés.

Le but du labyrinthe est le centre. Lettre O sur le schéma.

Quand on observe globalement le "labyrinthe", il s'évanouit vers le bas et vers la droite, tel un monument antique à moitié enfoncé dans le sable. Cet effet d' évanescence, j'insiste sur ce mot employé par Elie During, est dû à toutes ces coupures que j'ai soulignées par des points blancs. Dû aussi à des "blocs" manquants. Il ne faut pas chercher plus loin les fameuses coupures.

Du coup, la partie en bas à droite du "labyrinthe" s'ouvre sur un vide. C'est de ce même vide que convergent trois "boulevards" ( en bleu sur le schéma) vers le centre du labyrinthe. Et là les cheminements sont larges et direct, sauf celui du haut qui comporte une importante petite marche à angle droit, suivant un des "murs" la "chambre centrale".

Quand on constate que les directions de ces trois "boulevards" qui établissent une communication directe avec le centre du labyrinthe forment un parfait repère orthogonal en 3D, on est très près de ce qu'écrit Jean-Yves :

Jean-Yves Amir a écrit:
En résumé: l'idée de Duchamp n'est pas de représenter un hypervolume en 4d selon une logique analogique, mais de chercher quelle représentation on peut donner d'un espace tridimensionnel dans un continu quadridimensionnel. C'est alors qu'il recourt au concept de "coupure" théorisé par Poincaré. Voici le texte de Poincaré cité par During (extrait de "Dernières pensées" 1912):

La zone évanescente ouvre sur une "quatrième dimension" irreprésentable en réalité. Mais c'est cette zone qui "alimente" directement le centre du labyrinthe, et qui "génère" donc notre repère orthogonal en 3D, base de toute représentation en trois dimensions.

Pour conclure, mon hypothèse est donc bien que Duchamp a tenté de représenter la base de l'espace tridimensionnel dans un continuum quadridimensionnel, en utilisant très concrètement l'évanescence et les coupures.

On peut aussi voir ce labyrinthe comme une sorte de machine, de générateur produisant la troisième dimension à partir de la quatrième. Le point O est un point de surrection des trois axes OX, OY, OZ. Mais il est lui même généré par les connexions directes, les "boulevards" issus de la zone évanescente et au-delà.

Si cette structure mystérieuse est une clé secrète pour lire l'œuvre entière, alors on peut penser que cette dernière comporte un cheminement bien précis, mais complexe à suivre, qui mène à un point central, cœur de l'œuvre, en rapport avec l'articulation des troisième et quatrième dimensions. Cette recherche de l'articulation entre les quatrième et troisième dimensions serait alors le cœur de l'oeuvre. A explorer...  
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Sam 5 Déc - 15:17

152
Jean-Yves Amir a écrit:148
Northman a écrit:
Et là, tout s'illumine d'un coup

Laughing C'est l'effet Duchamp!
Il te fabrique une énigme totalement énigmatique, tu te creuses la tête dessus des heures durant à grand renfort d'aspirine, tout à coup tu avances d'un petit chouya, et là, tu te sens comme ébloui! Very Happy

Laughing  Oui, cette "illumination" reste relative. Je ne suis pas encore réveillé en sursaut, en pleine nuit, les yeux exorbités,  en criant "Duchamp ! ... Duchamp !" comme Gabin criait "Jambier !" dans la Traversée de Paris, ou " A l'aide, ma couette m'emprisonne en 4D !". C'est simplement voir sous un nouvel éclairage la structure mystérieuse en la confrontant à la conférence d'Elie During... Mais l'hypothèse qui en résulte semble bien tenir la route, car il y a des confirmations fortes, comme celle de l'exactitude de l'orientation des trois "boulevards", berceaux d'un parfait repère orthogonal en 3D centré au cœur du labyrinthe. Ca ne peut être le fruit du hasard.
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 15:46

153
Northman a écrit:
Si cette structure mystérieuse est une clé secrète

Ha ha! Tu ne crois pas si bien dire!
Et si... Et si... cette structure n'était pas qu'une structure abstraite mais représentait bien, comme on l'a pensé au début, une pièce mécanique?
Et si ... Et si ... cette pièce mécanique avec ses échancrures complexes, ses plaques emboîtées, son axe central n'était autre qu'un disque de serrure à disque, genre serrure de coffre fort????  Very Happy  Laughing  Laughing  Laughing





Diabolique, n'est-ce pas? Twisted Evil
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