Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 11:26

149
Suite aux observations de Northman sur la mystérieuse structure, je signale que j'ai fait une erreur dans mon schéma perspectif du message 124 p9. La partie en rouge est bien construite en perspective convergente, mais la partie en jaune (ellipse) est fausse.
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 11:40

150
Northman a écrit:143
Jean-Yves Amir a écrit:Je vois bien aussi que les deux perspectives des deux parties de la structure en filigrane ne sont pas de même nature. Que celle de gauche soit projective, d'accord.
Mais en quoi la partie de droite, celle qui forme une sorte d'étoile, relève t elle de la "topologie géométrique"?

Jean-Yves réécoute bien ce que dit Elie During sur la topologie, retiens uniquement ce qui peut être opératif dans le passage à l'acte du dessin, donc ce que Duchamp a essayé de faire passer dans ses traits et son œuvre, pour tenter d'accéder à la quatrième dimension par la topologie, le faire par la géométrie projective étant impossible, et prends en note tout en regardant la partie droite de la structure énigmatique. Je ne vais quand même pas tout te mâcher !  Very Happy   

J'ai réécouté cette partie de la conférence, le dernier quart à peu près.
En résumé: l'idée de Duchamp n'est pas de représenter un hypervolume en 4d selon une logique analogique, mais de chercher quelle représentation on peut donner d'un espace tridimensionnel dans un continu quadridimensionnel. C'est alors qu'il recourt au concept de "coupure" théorisé par Poincaré. Voici le texte de Poincaré cité par During (extrait de "Dernières pensées" 1912):

« Je fonderai la détermination du nombre des dimensions sur la notion de coupure. Envisageons d'abord une courbe fermée, c'est-à-dire un continu à une dimension ; si, sur cette courbe, nous marquons deux points quelconques par lesquels nous nous interdirons de passer, la courbe se trouvera découpée en deux parties, et il deviendra impossible de passer de l'une à l'autre en restant sur la courbe et sans passer par les points interdits. Soit au contraire une surface fermée, constituant un continu à deux dimensions ; nous pourrons marquer sur cette surface, un, deux, un nombre quelconque de points interdits ; la surface ne sera pas pour cela décomposée en deux parties, il restera possible d'aller d'un point à l'autre de cette surface sans rencontrer d'obstacle, parce qu'on pourra toujours tourner autour des points interdits.

Mais si nous traçons sur la surface une ou plusieurs courbes fermées et si nous les considérons comme des coupures que nous nous interdirons de franchir, la surface pourra se trouver découpée en plusieurs parties.

Venons maintenant au cas de l'espace ; on ne peut le décomposer en plusieurs parties, ni en interdisant de passer par certains points, ni en interdisant de franchir certaines lignes ; on pourrait toujours tourner  ces obstacles. Il faudra interdire de franchir certaines surfaces, c'est-à-dire certaines coupures à deux dimensions ; et c'est pour cela que nous disons que l'espace a trois dimensions.

Nous savons maintenant ce que c'est qu'un continu à n dimensions. Un continu à n dimensions quand on peut le décomposer en plusieurs parties en y pratiquant une ou plusieurs coupures qui soient elles-mêmes des continus à n-1 dimensions. Le continu à n dimensions se trouve ainsi défini par le continu à n-1 dimensions ; c'est une définition par récurrence.
"

La "structure en filigrane", sa partie droite en étoile tout au moins, pourrait effectivement se lire comme une "illustration" de ce texte de Poincaré, aboutissant à cet étrange cheminement labyrinthique.... Question
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Jean-Yves Amir
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Sam 5 Déc - 12:50

151


Il y a le texte de Poincaré, et ce qui peut concrètement en être tiré par les doigts du peintre : Elie During donne d'autres clés que le simple (?) texte de Poincaré dans sa conférence.

Résumons : La structure mystérieuse comporte donc une partie gauche très linéaire, avec des plans superposés et bien séparés vus en perspective, et une partie droite qui fait penser à un curieux labyrinthe.

Ces deux parties bien distinctes communiquent entre elles par des traits précis. Le passage de la partie gauche à la partie droite implique un changement de logique : On part des plans vert et orange en cheminant à partir de leurs surfaces supérieures. C'est déjà un passage à la topologie.

En progressant de la gauche vers la droite ( la flèche blanche donne le sens général de progression), on entre dans les arcanes alambiqués du labyrinthe, et ces cheminements orange et vert ne vont pas directement au centre, loin de là. En cours de route ils se rejoignent, alors que les plans initiaux sont séparés.

Le but du labyrinthe est le centre. Lettre O sur le schéma.

Quand on observe globalement le "labyrinthe", il s'évanouit vers le bas et vers la droite, tel un monument antique à moitié enfoncé dans le sable. Cet effet d' évanescence, j'insiste sur ce mot employé par Elie During, est dû à toutes ces coupures que j'ai soulignées par des points blancs. Dû aussi à des "blocs" manquants. Il ne faut pas chercher plus loin les fameuses coupures.

Du coup, la partie en bas à droite du "labyrinthe" s'ouvre sur un vide. C'est de ce même vide que convergent trois "boulevards" ( en bleu sur le schéma) vers le centre du labyrinthe. Et là les cheminements sont larges et direct, sauf celui du haut qui comporte une importante petite marche à angle droit, suivant un des "murs" la "chambre centrale".

Quand on constate que les directions de ces trois "boulevards" qui établissent une communication directe avec le centre du labyrinthe forment un parfait repère orthogonal en 3D, on est très près de ce qu'écrit Jean-Yves :

Jean-Yves Amir a écrit:
En résumé: l'idée de Duchamp n'est pas de représenter un hypervolume en 4d selon une logique analogique, mais de chercher quelle représentation on peut donner d'un espace tridimensionnel dans un continu quadridimensionnel. C'est alors qu'il recourt au concept de "coupure" théorisé par Poincaré. Voici le texte de Poincaré cité par During (extrait de "Dernières pensées" 1912):

La zone évanescente ouvre sur une "quatrième dimension" irreprésentable en réalité. Mais c'est cette zone qui "alimente" directement le centre du labyrinthe, et qui "génère" donc notre repère orthogonal en 3D, base de toute représentation en trois dimensions.

Pour conclure, mon hypothèse est donc bien que Duchamp a tenté de représenter la base de l'espace tridimensionnel dans un continuum quadridimensionnel, en utilisant très concrètement l'évanescence et les coupures.

On peut aussi voir ce labyrinthe comme une sorte de machine, de générateur produisant la troisième dimension à partir de la quatrième. Le point O est un point de surrection des trois axes OX, OY, OZ. Mais il est lui même généré par les connexions directes, les "boulevards" issus de la zone évanescente et au-delà.

Si cette structure mystérieuse est une clé secrète pour lire l'œuvre entière, alors on peut penser que cette dernière comporte un cheminement bien précis, mais complexe à suivre, qui mène à un point central, cœur de l'œuvre, en rapport avec l'articulation des troisième et quatrième dimensions. Cette recherche de l'articulation entre les quatrième et troisième dimensions serait alors le cœur de l'oeuvre. A explorer...  
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Sam 5 Déc - 15:17

152
Jean-Yves Amir a écrit:148
Northman a écrit:
Et là, tout s'illumine d'un coup

Laughing C'est l'effet Duchamp!
Il te fabrique une énigme totalement énigmatique, tu te creuses la tête dessus des heures durant à grand renfort d'aspirine, tout à coup tu avances d'un petit chouya, et là, tu te sens comme ébloui! Very Happy

Laughing  Oui, cette "illumination" reste relative. Je ne suis pas encore réveillé en sursaut, en pleine nuit, les yeux exorbités,  en criant "Duchamp ! ... Duchamp !" comme Gabin criait "Jambier !" dans la Traversée de Paris, ou " A l'aide, ma couette m'emprisonne en 4D !". C'est simplement voir sous un nouvel éclairage la structure mystérieuse en la confrontant à la conférence d'Elie During... Mais l'hypothèse qui en résulte semble bien tenir la route, car il y a des confirmations fortes, comme celle de l'exactitude de l'orientation des trois "boulevards", berceaux d'un parfait repère orthogonal en 3D centré au cœur du labyrinthe. Ca ne peut être le fruit du hasard.
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 15:46

153
Northman a écrit:
Si cette structure mystérieuse est une clé secrète

Ha ha! Tu ne crois pas si bien dire!
Et si... Et si... cette structure n'était pas qu'une structure abstraite mais représentait bien, comme on l'a pensé au début, une pièce mécanique?
Et si ... Et si ... cette pièce mécanique avec ses échancrures complexes, ses plaques emboîtées, son axe central n'était autre qu'un disque de serrure à disque, genre serrure de coffre fort????  Very Happy  Laughing  Laughing  Laughing





Diabolique, n'est-ce pas? Twisted Evil
Gabrièle surnommait Marcel "L'archange aux pieds fourchus"....


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 18:34

154
Une petite pause dans notre recherche avec ce film de J.M. Drot. C'est un classique, beaucoup des aphorismes souvent cités de Duchamp proviennent de ces entretiens.

http://ubu.com/film/duchamp_drot.html

Même si c'est sympa de voir Varese et Duchamp se retrouver comme deux vieux papys, le début est un peu longuet. On entre dans le vif du sujet au bout de 18 minutes 30s, quand Duchamp commence à commenter ses oeuvres depuis ses débuts dans une de ses premières rétrospectives.

Pour Alain qui rappelait l'humour de Duchamp, il te répond lui même, j'ai noté:
"Une des choses qui m'intéressaient, c'était d'introduire l'humour dans mes productions, n'est ce pas... C'était un humour qui n'était pas un humour pour rire seulement, ce n'était pas un humour noir non plus. C'était vraiment un humour qui ajoutait du sérieux, si j'ose dire" ... Et il sourit à ces derniers mots.
Cette pirouette, c'est tout Duchamp!


Pour Northman qui me posait la question de la "vie spirituelle" de Duchamp, de son rapport à la religion. Il y a dans ce film, à 50 mn 30 s, l'une des rares réponses qu'il ait données, à ma connaissance.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Sam 5 Déc - 19:12

155
Evidemment, comme toujours, pas un mot sur Tu m' dans ce film. Comme je le répète depuis le début de ce sujet, cette oeuvre est le point aveugle de tous les commentaires.

Oeuvre négligeable pour autant?
Non, car elle trône en bonne place dans le musée miniature personnel de Duchamp, la Boîte en valise.

Comme il en fait la démonstration lui-même dans la photo ci-dessous, le panneau coulissant place Tu m' aux côtés du nuage de la Mariée dans le Grand Verre, la "voie lactée chair"....









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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Sam 5 Déc - 21:50

156
Jean-Yves Amir a écrit:
Gabrièle surnommait Marcel "L'archange aux pieds fourchus"....

Selon Blaise Pascal, Duchamp est donc un extra-terrestre. Pourquoi perdons nous notre temps dans ce sujet ? rendeer
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Jean-Yves Amir le Dim 6 Déc - 11:08

157
De la part de Gabrielle, ce surnom était affectueux...

Northman a écrit:
Selon Blaise Pascal, Duchamp est donc un extra-terrestre. Pourquoi perdons nous notre temps dans ce sujet ? rendeer
Je ne pense pas que nous perdions notre temps car justement, c'est intéressant et intriguant, un extra-terrestre! Very Happy

On peut douter, se demander si Duchamp ne nous balade pas "gratuitement", à vide...
Pour ma part, j'ai l'intime conviction que quelque chose se cache au fond de Tu m', que l'artiste n'a pas travaillé dessus six mois pour rien, ou seulement pour répondre à une commande.

Si cette structure mystérieuse est une clé secrète pour lire l'œuvre entière, alors on peut penser que cette dernière comporte un cheminement bien précis, mais complexe à suivre, qui mène à un point central, cœur de l'œuvre, en rapport avec l'articulation des troisième et quatrième dimensions. Cette recherche de l'articulation entre les quatrième et troisième dimensions serait alors le cœur de l'oeuvre. A explorer...  
Je suis bien d'accord avec cette idée que la 4ème dimension est au coeur de l'oeuvre. (cf m66 p5)

Mon idée de pièce de serrure était une boutade. Mais j'ai passé quand même un moment à chercher des images de ce type de mécanisme. Ce qui est très drôle, et qui rend cette "fausse piste" plus obscure encore, c'est que ce genre d'image, on n'en trouve pas. No Les plans des serrures des coffres forts ne sont pas diffusés en ligne Laughing

Pour revenir sérieusement au sujet, la question qui se pose tout de même est de savoir si ta lecture quadridimensionnelle de la structure en filigrane élimine pour autant toute représentation. Si c'est un pur concept géométrique, ça ne peut pas représenter en même temps je ne sais quel mécanisme. Et pourtant, la partie projective (à gauche de la structure) ne semble pas abstraite. Elle dessine des espèces de caissons. Pourquoi, si le seul but est de développer un concept? Suspect
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 4

Message  Northman le Dim 6 Déc - 11:28

158

Jean-Yves Amir a écrit: On peut douter, se demander si Duchamp ne nous balade pas "gratuitement", à vide...

Jean-Yves, c'est précisément la question que je me pose. De plus, tu sembles aussi décire une personnalité insaisissable qui s'en tire toujours pas des pirouettes : Dans la réalité, je fuis immédiatement ce genre d'individu, avec qui on se sait jamais si c'est du lard ou du cochon...
Jean-Yves Amir a écrit: Pour ma part, j'ai l'intime conviction que quelque chose se cache au fond de Tu m', que l'artiste n'a pas travaillé dessus six mois pour rien, ou seulement pour répondre à une commande.

Alors je vais te laisser aller jusqu'au bout de ta recherche, en la suivant de plus loin, mais en retirant mes billes pour le moment.
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