Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

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Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Lun 28 Sep - 14:29

71 Je voudrais revenir sur cette partie centrale dont j'ai encore peu parlé et où, je crois, tout s'articule.



Je l'ai déjà dit, elle comporte plusieurs objets réels:
-l'écrou au centre du losange jaune,
-les 3 épingles de sureté,
-l'écouvillon,
-la déchirure.

Ces éléments ont pour point commun de transpercer matériellement la toile support : l'écouvillon traverse la déchirure, les épingles percent la toile, le boulon troue la toile et le losange jaune. Cette figure de l'"axe traversant" parcourt d'ailleurs toute l'oeuvre : les axes des solénoïdes traversent les cercles, la pointe du tire bouchon et l'axe perspectif des losanges transpercent l'ellipse de l'ombre de la roue...

Cette partie centrale est d'autant plus riche et complexe que tous les éléments y ont un double statut, au moins double...

La déchirure:
On lit parfois qu'elle est peinte et qu'il s'agit d'un trompe l'oeil. D'après le document dont je dispose, il s'agit plutôt d'une véritable déchirure: la toile est réellement percée. L'ambiguïté vient peut-être du fait qu'elle est aussi peinte. Les plis de la toile produits par sa déchirure sont soulignés par des ombres peintes. La déchirure est donc à la fois réelle et représentée.

L'écrou et le losange jaune:
Le losange est un quadrilatère plan posé sur le plan de la toile. L'écrou placé en son centre souligne son caractère d'objet. Mais l'écrou se lit également comme l'extrémité d'un axe perspectif qui traverserait l'ensemble de la pile de losanges en perspective qui se perd à l'infini. Un axe traversant l'espace fictif du tableau, y compris son support! Ils ont donc également un double statut, celui d'objets réels et celui d'éléments de représentation.

Les épingles:
Leur statut est assez étrange. Elles indiquent comme un deuxième temps, celui d'un "remord", d'un "repentir", d'une tentative de rafistolage, de réparation, comme on recoud une blessure pour l'aider à se refermer... Le temps de la pose des épingles n'est évidemment pas celui de la déchirure. Un intervalle, un entre temps est donc suggéré.

L'écouvillon:
Il évoque le style d'un cadran solaire qui, de face, ne se voit que comme un point mais qui se révèle grâce à son ombre portée.
Comme dit plus haut (citation de Jean Clair), si l'on regarde le tableau de côté l'écouvillon apparait dressé dans toute son obscénité. Si on le regarde de face, il tend à disparaître mais sa présence est trahie par son ombre portée.
Et c'est là, précisément, qu'il entre dans le jeu de la représentation puisque son ombre vient se fondre parmi celles des autres objets qui, elles, sont représentées.
On voit bien, dans la photo suivante, à quel point l'ombre de l'écouvillon se fond et se confond parmi les ombres dessinées des ready made:


Ici aussi s'indiquent deux temps:
- celui, ancien, des ombres dessinées, qui subsistent comme la trace, l'indice, qu'un objet maintenant absent a bien été placé là, devant le tableau, et qu'une lumière l'a éclairé;
- celui, présent, d'une ombre actuelle, produite par la lumière qui rend visible le tableau à l'instant où le spectateur le regarde.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 10:21

72 On l'a compris, tous les éléments du tableau possèdent ce double caractère de présence et de représentation.

Les ombres des ready made:
Elles sont, comme toute ombre, indice de la présence d'un objet. Mais aussi représentation puisqu'elles sont dessinées.

Les stoppages étalon:
Il reste égaux à eux mêmes, en tant qu'étalons Duchampiens, donc objets. Mais ils sont inclus dans la représentation perspective du prisme puisqu'ils en constituent les arêtes. C'est cette double nature qui produit la distorsion perspective relevée ci-dessus. On peut faire le même raisonnement pour ce qui concerne les segments colorés, à la fois bandes de couleurs dans le plan du tableau et segments mis en perspective convergente.

La main:
Cette main, même si elle a été peinte par Duchamp, relève du collage. Elle a été empruntée a une image préfabriquée d'enseigne (et pour souligner ce caractère, Duchamp lui a adjoint la signature de son auteur (?) A. Klang). Même au second degré, c'est toujours une représentation.
Mais elle a aussi, dans le tableau, un caractère d'index. Non pas d'indice mais d'index: elle montre quelque chose, elle montre ce qu'il faut regarder.

Vers quoi pointe cet index? Vers le rectangle blanc du prisme. cyclops


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 10:21

73 Ce rectangle blanc est la clé de Tu m' Very Happy

Pourquoi est-il le seul élément qui ne fonctionne pas dans ce double statut présence / représentation?

Tout simplement parce que le tableau n'est pas éclairé comme il conviendrait. Il manque un élément.

La démonstration que j'ai faite m'amène à considérer qu'il n'existe qu'un éclairage juste de Tu m': l'ombre de l'écouvillon doit se projeter sur le rectangle blanc!

Et là, tout se met en place: le rectangle blanc représente une toile blanche qui reçoit une ombre réelle, de même que le tableau  reçoit les ombres portées des ready made.
Tu m' représente la représentation, c'est une allégorie moderne de la représentation.

Ou un discours de la méthode si on préfère, l'équivalent de ceci en son temps


Lumineux, non? !!!! cheers

Au sujet de ce doigt pointé, après des références à quelques "doigts pointés" peints par Léonard de Vinci, Jean Clair écrit
(Sur Marcel Duchamp et la fin de l'art, p151):
"Si, chez Léonard, ce doigt obstinément pointé, obstinément récurrent, nous suggère, inlassablement, qu'il existe une puissance hors de notre champ visuel, extra-rétinienne, ce même doigt pointé, chez Duchamp, à n'indiquer aucun lieu, ainsi qu'il est d'usage quand on le voyait, dans les années vingt, dessiné précisément à l'entrée des "lieux", autre que le très étrange parallélogramme aux arêtes constituées par les profils sinueux des Stoppages-Etalon, montre-t-il le chemin d'une dimension inconnue, hors de l'ennui monotone que constitue, pour l'artiste, le pigment étalé sur une surface plate?"

Si ce doigt pointe l'ombre de l'écouvillon-pinceau portée sur l'écran blanc de la toile vierge, alors , qu'on y réfléchisse, il se peut bien que Duchamp ait rendu là le plus bel hommage qui soit à la peinture.
Après que le pinceau ait transpercé la toile violemment, son ombre vient chatouiller son image dans une inframince caresse.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 11:50

74 Laughing  Haha!
Bon, voilà, j'ai fabriqué une petite maquette de Tu m'



Pour faire l'écouvillon, j'ai collé une extrémité de micro brosse à dent que j'ai collée à une aiguille



En plaçant l'ombre de l'écouvillon sur le rectangle blanc, voici ce que ça donne. Cela fonctionne mieux ainsi, non?



Je pose la question à tous les connaisseurs de Duchamp: on sait qu'il a laissé de nombreuses et précises instructions pour l'installation de son oeuvre ultime Etant donnés..., mais quelqu'un a t il connaissance d'une indication concernant l'éclairage de Tu m'?


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 12:24

75
Message d'Alain déplacé, j'm'eskuse:

Je repars vers la physique, après ton topo sur le spectre des couleurs.
C'est à cause des Nus vite et "De l'electro-dynamique des corps en mouvement".
Je viens de lire que c'est le titre français de la publication de la théorie de la relativité restreinte, 1905.

Pour ceux qui, comme moi, ont été biberonnés au modernisme c'était un peu une tarte à la crème que de référer cubisme, futurisme, constructivisme et autres ismes de l'époque, à Einstein.
Menfin, théorie de la relativité générale, 1915.
'Tu m'', 1918


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 19:14

76
Alain, Duchamp n'a sans doute pas rencontré Einstein.

Mais Langevin oui.... Il a été son voisin d'immeuble:

Au 11, rue Larrey, Paris, Ve, se trouve un immeuble un peu déglingué, dont la peinture s’écaille, les portes ferment mal, où l’hiver il fait froid et l’été trop chaud. Les carreaux de l’entrée ont perdu leurs couleurs jaunes et bleues. C’est un immeuble désuet et modeste comme ceux qui peuplent ce Vème arrondissement de Paris où, autour du Jardin des plantes, les rues portent le nom de biologistes ou de gloires de l’Empire aujourd’hui oubliées : Larrey était le premier chirurgien de Napoléon. En emménageant rue Larrey j’ai immédiatement su que s’en dégageraient d’étranges ondes : le prof de clarinette exalté de dadaïsme qui nota dans un silence étrange et ému la nouvelle adresse parisienne pour ses leçons de musique, un voisin qui m’alerta, mystérieux, que l’immeuble bâti en 1898 dans ce recoin de la place du Puits-de-l’Hermite était « hautement radioactif »… Sans parler de ces groupes de pèlerins américains qui, une fois par an, la nuit, se massent silencieusement, yeux rivés au toit du 11 rue Larrey, au lieu d’admirer le minaret de la Grande mosquée, de l’autre côté de la place. Rue Larrey vécurent et passèrent deux prix Nobel et l’un des artistes les plus commentés du XXe siècle. Pendant plus de vingt ans, au 7e étage, l’insaisissable Marcel Duchamp loua un petit deux-pièces décoré par Picabia où il tirait sur sa pipe, préparait ses parties d’échecs, et recevait ses amours d’un soir, sous son grand manteau en fourrure. Mi-antre mi-atelier, le deux-pièces féconda aussi tableaux et ready-made – ces "objets manufacturés promus à la dignité d'objets d'art par le choix de l'artiste », a résumé Breton. Au 5e étage, Paul Langevin, le physicien de génie, le fondateur de la Ligue anti-fasciste, y reçut le tout-Paris scientifique, les premiers résistants, mais aussi, à l’abri des regards et pas hélas des ragots, une Marie Curie qui dévalait de son labo rue d’Ulm jusqu’à la rue Larrey pour retrouver son amant. On chanta rue Larrey, on donna des bals masqués, on dansa et s’enivra d’alcools forts. On s’aima y compris durant ce mariage de quatre mois auquel s’était résolu Duchamp, en 1926, avant de divorcer sans drame. On y fut heureux malgré ces lettres postées d’Auschwitz et la mort tragique du gendre de Langevin, fusillé au Mont Valérien. On y espéra, à raison, le retour de Bernard, le fils de 17 ans cueilli dans sa chambre par la police de Vichy, entre deux cours au lycée Henri IV. Joyeux bastringue… Dans les escaliers se croisaient Man Ray, Brancusi ou Henri-Pierre Roché, le père de Jules et Jim venu à pied de chez lui, 99 boulevard Arago : défilé de fantômes gais dédaignant l’argent mais raffolant de Montparnasse, de Kiki et du Dôme, vénérant les grandes tablées du Boeuf sur le toit et cultivant l’amitié oisive. L’immeuble se vidait l’été lorsque les Langevin retrouvaient leurs amis chimistes ou historiens en Bretagne, à l’Arcouest, et que Duchamp, lui, filait vers Mougins chez les Picabia ou embarquait pour New York, à la rencontre de ses mécènes et ses girl-friends. « Door, eleven rue Larrey »: de l’atelier du septième étage demeure un ready made qu’on peut admirer à Rome et à Philadelphie. Sur une corniche du 5e étage, là où le jeune Langevin cachait ses tracts roneotypés, s’est niché un couple de pigeons. Longtemps, j’ai pensé qu’il fallait une plaque pour célébrer la mémoire des illustres locataires de cet immeuble du quartier latin, comme pour Claude Simon, place Monge. Je prie aujourd’hui qu’il n’y en ait jamais aucune. En dandy, Duchamp a théorisé l’oubli et la disparition comme l’un des beaux-arts ; les Langevin, eux, ont toujours fui les honneurs. Rue Larrey ne doivent résonner que le souvenir fugace de leurs fous-rires, de leurs amours et de leurs fêtes radioactives.

http://www.amazon.fr/ICI-SAIMERENT-ARIANE-CHEMIN/dp/2849902551

A vérifier  Suspect


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Mer 30 Sep - 0:42

77 ah c'est dingue!! ahahah

en plus le nom de l'auteur ne m'est pas inconnu, c'est la fille du Monde contre qui Houellebecq a fait sa crise Smile

ps par ailleurs le texte ressemble à un chapitre de la Vie mode d'emploi de Perec , ahah
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mer 30 Sep - 14:07

78
alainAdmin a écrit:ah c'est dingue!! ahahah

Oui, mais le problème c'est que Duchamp n'a loué un atelier rue Larrey qu'à partir de 1927, soit quasiment dix ans après Tu m'. La question reste donc entière. Suspect


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Ven 2 Oct - 19:39

79
Bon ben voilà....
Je pense avoir épuisé ce que je pouvais dire d'à peu près tangible sur cette oeuvre de Duchamp.
Les questions scientifiques en suspens concernant l'électromagnétisme, la 4ème dimension, la géométrie topologique, dépassent mes capacités.
Il me reste encore, d'un point de vue de plasticien,  une ou deux pistes à explorer (du côté de Johns, "According to wat" par exemple, ou bien la place de Tu m' dans la Boîte en valise) mais cela va demander du temps.

Je me rends bien compte que le sujet est assez pointu, mais je serais heureux que la recherche sur Tu m' , cette oeuvre un peu à part, sous estimée et mal comprise, de Duchamp, se poursuive sous forme de dialogue. Je me dis que peut-être quelqu'un m'a lu, a suivi les tâtonnements de ma réflexion, s'est intéressé à mes hypothèses, et pourrait venir ici contribuer, pour le plaisir de l'échange intellectuel.

(PS: pour ce qui concerne ma devinette de départ, j'ai envisagé quelques pistes, mais n'ai trouvé aucune réponse solide, l'énigme reste entière)


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Dim 4 Oct - 14:54

80 Je réchauffe le sujet.

En notes brèves, en 3Dvideo et en musique.

1-Notes brèves.

Les miennes sur celles de Duchamp dans "Duchamp du signe"
(merci Jean-Yves pour les photocopies).
C'est un fatras pas possible sur la 4ème dimension, la perspective, les miroirs et merci aussi Poincaré!
Je n'y ai rien compris, mais ce qui est formidable c'est que cela corrobore ce que dit Jean-Yves:
Marcel Duchamp est beaucoup plus complexe et pointu que ce que la réactionnaire mode actuelle veut retenir de lui ,
"l'homme de l'urinoir" comme dit Didi-Huberman en sa défense de l'artiste.

Quand je lis les notes de Duchamp, très absconses pour moi, je pense à Léonard de Vinci,
toujours ouvert, toujours chercheur, très souvent trouveur. Ce sont des aventuriers de la pensée.
Loin des hommes urinoirs.

2- Je ne me serai pas permis de mettre ici ma petite manip 3Dvideo, si je n'avais pas eu l'idée, tout à
coup, et , je l'avoue, pour "réchauffer",
d'y mettre le son venu de
"Marcel-Duchamp-Erratum-musical"

https://vimeo.com/141318596



3- Tout en bas de
http://www.libellus-libellus.fr/article-18220966.html
Il y a ces notes
 
libellus a écrit: Musique et son accompagnent l'œuvre plastique de Duchamp.
   On trouve le descriptif d'une bande son pour le Grand Verre (La Mariée) dans la Boîte Verte, recueil de notes publiées en 1934 et reprises dans Duchamp du signe.
   Erratum musical, interprété ici par Stephane Ginsburgh, se compose des 88 notes d'un clavier de piano jouées dans un ordre aléatoire, sans répétition ni accent.
   In 'Pataphysics, Sonic Arts Network, 2005 [un livre / cd]
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Lun 5 Oct - 21:46

81
alainAdmin a écrit:Je réchauffe le sujet.
Haha!
"chauffe chauffe Marcel!"
Oui oui, ça va chauffer, on va continuer à chercher! cheers
Ici à deux minutes et quelques


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Lun 5 Oct - 22:26

82 "Chauffe chauffe Marcel!"

Je profite de cette petite pause pour montrer ces photos du Grand Verre que j'ai prises l'an dernier à Philadelphie (sa vesion originale...).

Il souffre le Grand Verre, il va mal. Non seulement il est brisé depuis longtemps, mais tout se craquèle et s'effiloche...







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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Lun 5 Oct - 22:32

83 j'en étais à copier ceci , relatif au message pré précédent , on se croise


J'y pense pas seulement en me rasant mais aussi sous le shampoing, donc souvent.
A ceci:


Dushampoing.
Je veux tordre mon baton précédent dans l'autre sens.
Certes les notes de Duchamp du signe nous montrent un intellectuel qui tutoie Poincaré.
Mais d'un autre coté le grotesque, chez lui, n'est jamais loin.
Et pas seulement dans ses jeux de mots potaches.
Mais y compris dans ses autoportraits, ce qui signe un engagement, tout de même.
exemples



Est-ce une piste que l'on peut suivre pour aider à l'analyse de "Tu m' "?
Je ne sais pas trop, et ne voudrais surtout pas encourager les aigris anti-Duchamp,
mais il y a dans l'écouvillon, les épingles de suretés, la main ready-made, un jeu sur le grotesque finalement assez évident.
De l'humour potache qui pourrait plaire à des lycéens et qui n'empêche pas la réflexion pointue de Duchamp sur les représentations perspectives.



Brel ne voit pas de contradiction entre son humanisme sentimental habituel et le grotesque, le caricatural, c'est la leçon de "Vesoul".
Qu'il administre avec talent. ( le passage du symphonique au groupe guitare sèche, dans son clip, vaut bien les superproductions actuelles de clips musicaux, et mieux , en subtilité)

Peut-être cette "leçon" pourrait aider à analyser le tableau


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Lun 5 Oct - 22:40

84 d'ailleurs qui ne rigole pas tout d'abord

à la découverte de "feuille de vigne femelle" ou "objet dard" ?
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Mar 6 Oct - 3:10

85 oui, plus ça va plus je pense qu'il faut creuser
la piste de "l'idiotie", comme dit Jean-Yves Jouannais,





c'est juste une piste qui peut s'ajouter aux autres

Duchamp a écrit:    « Mutt vient de Mott Works, le nom d’une grande entreprise d’instruments d’hygiène. mais Mott était trop proche, alors j’en ai fait Mutt, car il y avait des bandes dessinées journalières qui paraissaient alors, Mutt and Jeff, que tout le monde connaissait. Il y avait donc, dès l’abord, une résonance. Mutt, un petit gros rigolo, Jef, un grand maigre… Je voulais un nom différent. Et j’ai ajouté richard… Richard, c’est bien pour une pissotière ! Voyez, le contraire de pauvreté… Mais même pas ça, R. seulement : R. Mutt. »Réponse de Marcel Duchamp à Rosalind Krauss. sur la signification.



c'est d'ailleurs sympa ( excusez le terme) de penser que l'artiste très intellectuel qui tutoie Poincaré aime aussi faire "l'idiot", avec des épingles de surêté, des goupillons etc.
Oui,... écouvillons, je sais..
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 6 Oct - 18:32

86
alainAdmin a écrit:
c'est juste une piste qui peut s'ajouter aux autres

c'est d'ailleurs sympa ( excusez le terme) de penser que l'artiste très intellectuel qui tutoie Poincaré aime aussi faire "l'idiot", avec des épingles de sureté, des goupillons etc.

Oui, tu as raison de rappeler ce côté "humour potache" de Duchamp. Ses notes, ses oeuvres et leurs titres sont parsemées de jeux de mots à résonance souvent sexuelle.  C'est un des aspects de sa personnalité à multiples facettes.
Dans Tu m', c'est vrai que l'écouvillon a quelque chose de drôle par son incongruité. Il a un côté "chatouilleux", "poil à gratter", très phallique aussi... De même pour le tire bouchon.
Quant au titre, il a donné lieu à de multiples interprétations. Entre autres, c'est l'anagramme de Mutt.... Mais j'y viendrai plus tard...

Dans la pensée duchampienne, rien ne s'oppose à ce que coexistent dans une même oeuvre des niveaux de lecture aussi divers que ceux que j'ai indiqués : électromagnétisme et lumière, perspective et 4ème dimension, représentation de la représentation, érotisme et humour...

Sur l'importance des jeux de mots chez Duchamp, voir
https://textessurlesartsplastiques2.wordpress.com/2013/06/17/duchamp-points-lignes-plans-gaz/


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Ven 9 Oct - 21:14

87 Pour poursuivre la réflexion sur Duchamp et la relativité, il faut lire ce texte d'Elie During:
http://www.palaismagazine.com/pdfpalais1/during.pdf

dont voici deux extraits:
"Dans sa radicalité conceptuelle, la relativité restreinte fonctionne comme un synthétiseur ou un
accélérateur de métaphysiques (au sens où l’on parle d’un accélérateur de particules).
Théorie spéciale, et même un peu spectrale, il faut bien l’avouer. Quelques paradoxes incessamment rapportés par
la littérature de vulgarisation témoignent depuis bientôt un siècle de la manière dont elle remet en cause nos évidences les mieux ancrées concernant l’espace, le temps, et  leur  ajustement  réciproque.  Le  plus  célèbre  est  sans
doute le « paradoxe des jumeaux » imaginé par le physicien Langevin en 1911, un an avant le voyage en automobile de
Duchamp qui devait le mener, avec Picabia, Apollinaire et Gabrielle Buffet, du Jura à Paris — expérience cinétique-érotique dont allait naître Le Grand Verre.
"....

"Il est aussi question dans cette théorie d’espaces-temps non orientables (au sens où l’est le ruban à face unique de Mœbius) et de lignes temporelles bouclées sur elles-mêmes (suscitant les habituels paradoxes  du  voyage  dans  le  temps,  façon Terminator). Tout cela est passionnant, mais les ressources de la relativité restreinte sont loin d’être épuisées. La philosophie a encore quelque chose à en faire, tout comme l’art lui-même, à condition qu’il se donne les moyens d’en extraire quelques  motifs  pour  ajuster  nos  intuitions  aux  étranges  constructions  formelles  de  la  théorie  (si  seulement Duchamp  avait  trouvé  autant  d’intérêt  à  la  physique d’Einstein qu’à la géométrie de Poincaré
!)
"


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:42

88  Imbrication des espaces et multiplicité des temps...

Trois niveaux temporels s'interpénètrent dans Tu m':
- un premier niveau interne qui relève de la décomposition du mouvement, procédé déjà utilisé par Duchamp à plusieurs reprises (Nu descendant un escalier, succession des tamis dans le Grand Verre, etc...),
- un second niveau, qui relève de l'instantanéité photographique, marqué par l'"empreinte" des ombres portées (cf Didi Huberman "La ressemblance par contact"), moment de la création de l'oeuvre,
- un troisième qui est le présent du regardeur, marqué par l'ombre portée de l'écouvillon, pointé impérativement par l'index de la main.
Ces trois temps s'articulant autour de la lumière et de l'électricité.

C'est déjà beaucoup! Il faut un peu chercher pour trouver dans l'histoire de l'art des exemples d'articulations temporelles aussi complexes ...

Mais il y a peut-être dans Tu m' un quatrième niveau de temporalité, un niveau biographique, quelque chose qui relève du souvenir.
Formons l'hypothèse que cette oeuvre, pourtant très abstraite en apparence, fait référence à la vie de Duchamp. Suspect


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:43

89 Il est impressionnant de voir, en consultant les notes de Duchamp, à quel point ses grandes oeuvres comme le Grand Verre et Etant Donnés sont en projet très tôt et s'enracinent dans une même année, celle de 1912.
On le sait, les premiers dessins et les premières notes pour la Mariée (Grand Verre) apparaissent en 1912, alors que l'oeuvre sera réalisée de 1915 à 1923.
Le projet d'Etant Donnés apparait également dans une note datée de 1912, alors qu'il sera réalisé de 1946 à 1966!

Formons l'hypothèse qu'il en va de même pour Tu m'.

Formons l'hypothèse que, peinte en 1918, son projet s'enracine en fait dans cette fameuse note concernant la route Jura-Paris:
(DDS p47 dans l'ed Champ arts)

"1912
La machine à 5 coeurs, l'enfant pur, de nickel et de platine, doivent dominer la route Jura-Paris.
D'un côté, le chef des 5 nus sera en avant des 4 autres nus vers cette route Jura-Paris. De l'autre côté, l'enfant-phare sera l'instrument vainqueur de cette route Jura-Paris.
Cette Cet enfant-phare pourra, graphiquement, être une comète, qui aurait sa queue en avant, cette queue étant appendice de l'enfant-phare qui, appendice qui absorbe en l'émiettant (poussière d'or, graphiquement) cette route Jura-Paris.
La route Jura-Paris, devant être infinie seulement humainement, ne perdra rien de son caractère d'infinité en trouvant un terme d'un côté dans le chef des 5 nus, de l'autre dans l'enfant phare.
Graphiquement, cette route sera peu à peu tendra vers la ligne pure géométrique sans épaisseur (rencontre de 2 plans me semble le seul moyen pictural d'arriver à une pureté).
Mais à son commencement (en le chef des 5 nus) elle sera très finie en largeur, épaisseur,etc..., pour petit à petit, devenir sans forme topographique, en se rapprochant de cette droite idéale qui trouve son trou vers l'infini dans l'enfant-phare.
La matière picturale de cette route Jura-Paris sera le bois qui m'apparaît comme la traduction affective du silex effrité.
Peut-être, chercher s'il est nécessaire de choisir une essence de bois. (Le sapin, ou alors l'acajou vernis).
Détails d'exécution.
Dimensions = Plans.
Grandeur de la toile.
Peut-être faire un tableau de charnière. (Mètre pliant, livre...)
Faire valoir le principe de charnière dans les déplacements 1°dans le plan; 2° dans l'espace.
Trouver une description automatique de la charnière.
Peut-être à introduire dans le pendu femelle."


Que l'on peut compléter par cette autre note:

"Traduction picturale. Les 5 nus, dont le chef, devront perdre, dans le Tableau, le caractère de multiplicité. Ils doivent être une machine à 5 coeurs, une machine immobile à 5 coeurs. Le chef, dans cette machine, pourra être indiqué au centre ou au sommet, sans paraître autre chose qu'un rouage plus important (graphiquement).
Cette machine à 5 cœurs devra enfanter le phare. Ce phare devra enfanter l’enfant-Dieu, rappelant assez le Jésus des Primitifs. Il sera l’épanouissement divin de cette machine-mère. Comme forme graphique, je le vois machine pure par rapport à la machine-mère, plus humaine. Il devra rayonner de gloire. Et les moyens graphiques pour obtenir cet enfant-machine, trouveront leur expression dans l'emploi des plus purs métaux servant à la construction basée (en tant que construction) sur l'idée qui se dégage d'une vis sans fin. (Accessoires de cette vis sans fin, servant à unir ce phare enfant-Dieu à sa mère machine-5 nus (...)"


Ces références religieuses peuvent paraître surprenante de la part d'un homme qui s'affirmait "a-clérical" et qui était sans doute athée. Mais rien, pour autant, ne l'empêchait de puiser dans la mythologie et l'iconographie chrétiennes.
"Le constat de cette « teinte » ne vise aucunement à attribuer une religiosité à Marcel Duchamp. Aucune confusion n’est possible entre l’emprunt de thèmes religieux pour une réalisation artistique et l’obédience de celui qui la produit, même si le récepteur est libre de ses perceptions individuelles. Marcel Duchamp, s’il a prétendu une « absence d’investigations de ce genre », n’en a pas moins avoué, dans une interview, la filiation inspiratrice entre le thème du dépouillement des vêtements du Christ et le choix de celui de la mise à nu de La Mariée."
Source: "Marcel Duchamp ou la pérennité des sources" par Françoise Le Penven
https://www.cairn.info/revue-etudes-2002-12-page-651.htm


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:43

90
ANNEE 1912

Avant de décrypter ces notes, ou plutôt de tenter de décrypter Tu m' à la lumière de ces notes, voyons de plus près cette année 1912, si marquante pour Duchamp.

Sans entrer dans les détails, voici quelques repères:

- en 1912, Marcel Duchamp est un jeune homme de 25 ans assez discret, timide peut-être, et qui se cherche. Autant le dire maintenant car c'est un élément de compréhension qui éclaire toute la suite, il est profondément amoureux d'une femme, une femme qui est mariée à son ami Picabia, Gabrièle Buffet Picabia.
Il faut, pour comprendre le Duchamp de cette période, avoir en tête l'état psychologique particulier que procure l'état amoureux, mélange d'éblouissement, de désir, d'élan dynamique, et aussi de doute et de frustration lorsque l'amour ne peut se réaliser.

- mars 1912: il est contraint par Gleizes et Metzinger, et par ses deux frères Jacques Villon et Raymond Duchamp Villon, de décrocher son tableau Nu descendant un escalier qu'il a présenté au Salon des Indépendants. Cette déconvenue le blesse profondément.

- mai 1912: il assiste à une représentation d'Impressions d'Afrique de Raymond Roussel au théâtre Antoine, en compagnie d'Apollinaire, Picabia et Gabrièle Buffet Picabia. Cette oeuvre est une des sources d'inspiration du Grand Verre.

- juin 1912: Sur les conseils de Gabrièle, qui a connaissance de l'activité artistique des  "avant gardes" en Allemagne, il part pour Munich où il passe l'été. Ce voyage est l'occasion de nombreuses découvertes déterminantes qui ne sont que partiellement connues.
- Durant son séjour, il visite à plusieurs reprises la Alt Pinacothèque de Munich, mais aussi plusieurs autres musées d'art à Bâle, Dresde, Berlin, Vienne, Prague, Leipzig.
- Il peint la Mariée et Le passage de la vierge à la mariée et réalisent plusieurs dessins qui engagent la préparation du Grand Verre.
- Il lit Du spirituel dans l'art (Kandinsky) et découvre l'Almanach du Blaue Reiter...
- Il visite le Deutsches Museum de Munich, musée de sciences et de techniques où il complète ses connaissances sur l'électromagnétisme.
- Peut-être  se rend-il aussi à la Technische Universität München, fondée en 1868?
Oui, vous avez bien lu, la TU M! Very Happy  (pourquoi pas? à vérifier!!!!!)


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:43

91
ANNEE 1912 suite

- Août 1912
Durant cet été 1912 se produit un événement assez surprenant, où la personnalité complexe de Duchamp apparait sous un jour inattendu. Depuis Munich, il fait deux jours de train (aller et retour) pour retrouver Gabrièle à la petite gare d'Andelot en Montagne. Ils y passent la nuit ensemble, chastement.

Il faut être très amoureux pour faire une chose pareille.


Voici comment Judith Housez décrit cette rencontre (p117 et 118 de sa biographie)




Voici comment Jacques Caumont et Françoise Le Penven racontent cet épisode, citant Gabrièle Buffet Picabia elle-même:
Source: http://www.faune-etique.fr/dl/SystemeD.pdf     page 128

"Une après-midi, Gabriële nous a parlé de ce rendez-vous secret, sur un quai de gare du Jura, avec Marcel:
«Il m’avait dit qu’il voulait me voir seule et je lui avais écrit que je rentrais à Paris par le train. Vous savez, d’Étival,
il fallait descendre d’abord à Lons-le-Saunier en carriole. Et, de Lons-le-Saunier, un petit train serpentait dans une vallée pour rejoindre la grande ligne qui venait d’Allemagne.» Sur mon visage, Gabriële lut mon scepticisme. Il est vrai que j’avais du mal à croire à cette histoire. La semaine suivante, en m’accueillant, elle ne me dit même pas bonjour, mais, frappant énergiquement le sol avec sa canne:«Vous ne me croyez pas, mais ce que je vous ai dit c’est la vérité!»
Nous parlâmes longuement de cette rencontre. En arrivant à la fameuse gare, Marcel était là. Il l’attendait sur le quai.
Ils laissèrent passer le train de Paris et s’installèrent pour converser toute la nuit dans le petit édicule situé sur l’un des
quais, une minuscule salle d’attente. Le lendemain matin, chacun prit son train dans des directions opposées, lui pour
Munich, elle pour Paris. Et, le Jeune homme triste dans un train fit sa réapparition... Gabriële m’affirmant qu’elle en avait reçu un dessin dans une lettre après cette nuit sur un quai de gare.
F.L.–D’après le tableau qu’il avait déjà peint?
J.C.–La semaine suivante, ayant consulté cartes et horaires, à mon tour, je ne lui ai pas dit bonjour mais je lui lançai:
«Andelot!–Oui, c’est ça, c’est Andelot!»
Nous nous rendîmes à notre tour dans ce petit village pour y voir la gare et le fameux petit édicule.
"
La gare d'Andelot en 1914:



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:53

92
ANNEE 1912 suite

- Octobre 1912
En octobre 1912, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Guillaume Apollinaire rejoignent Gabrièle Buffet Picabia à Etival, et séjournent deux semaines dans sa maison du Jura. Ils y retrouvent également Jean Challié, frère de Gabrièle, peintre ami de Picabia.
Ils font le trajet Paris-Jura dans la voiture de Picabia, idem pour le retour, mais en compagnie de Gabrièle.

Judith Housez relate ce voyage (p122 et 123 de sa biographie):






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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 20:06

93
Que l'on m'excuse pour ces messages "en préparation". J'assume pleinement le caractère non académique de cette recherche sur Duchamp, en forme de notes au jour le jour. Il me faut cependant me réserver quelques transitions explicatives indispensables à un minimum de lisibilité.

Aujourd'hui, en ce dimanche d'octobre 2015, nous sommes allés là...

Quand même, peu de village de France ont une rue Marcel Duchamp! Qui passe, de plus, au milieu des champs parmi les vaches!



Non seulement une rue Marcel Duchamp au milieu des prés
Mais aussi une rue Francis Picabia



Et une rue Guillaume Apollinaire!



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 20:15

94
Nous sommes dans le village d'Etival, dans le Jura.



Je veux absolument saluer le travail de mémoire, et l'hommage rendu par cette commune à ses visiteurs d'une semaine, en l'an 1912.

Une seule réserve cependant: pourquoi pas une rue Gabrièle Buffet Picabia, puisque c'est cette femme extraordinaire qui a invité / aimanté ces trois artistes ici, là, dans ce beau village d'Etival?
(petit village qui se bat pour continuer d'exister, soit dit au passage!)

La voici sur cette video de l'INA à 3 minutes
http://www.ina.fr/video/CPF86632043


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 27 Oct - 19:33

95 Gabrièle et Francis devant leur maison d'Etival:


La même maison maintenant:


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