Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

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Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Lun 28 Sep - 14:29

71 Je voudrais revenir sur cette partie centrale dont j'ai encore peu parlé et où, je crois, tout s'articule.



Je l'ai déjà dit, elle comporte plusieurs objets réels:
-l'écrou au centre du losange jaune,
-les 3 épingles de sureté,
-l'écouvillon,
-la déchirure.

Ces éléments ont pour point commun de transpercer matériellement la toile support : l'écouvillon traverse la déchirure, les épingles percent la toile, le boulon troue la toile et le losange jaune. Cette figure de l'"axe traversant" parcourt d'ailleurs toute l'oeuvre : les axes des solénoïdes traversent les cercles, la pointe du tire bouchon et l'axe perspectif des losanges transpercent l'ellipse de l'ombre de la roue...

Cette partie centrale est d'autant plus riche et complexe que tous les éléments y ont un double statut, au moins double...

La déchirure:
On lit parfois qu'elle est peinte et qu'il s'agit d'un trompe l'oeil. D'après le document dont je dispose, il s'agit plutôt d'une véritable déchirure: la toile est réellement percée. L'ambiguïté vient peut-être du fait qu'elle est aussi peinte. Les plis de la toile produits par sa déchirure sont soulignés par des ombres peintes. La déchirure est donc à la fois réelle et représentée.

L'écrou et le losange jaune:
Le losange est un quadrilatère plan posé sur le plan de la toile. L'écrou placé en son centre souligne son caractère d'objet. Mais l'écrou se lit également comme l'extrémité d'un axe perspectif qui traverserait l'ensemble de la pile de losanges en perspective qui se perd à l'infini. Un axe traversant l'espace fictif du tableau, y compris son support! Ils ont donc également un double statut, celui d'objets réels et celui d'éléments de représentation.

Les épingles:
Leur statut est assez étrange. Elles indiquent comme un deuxième temps, celui d'un "remord", d'un "repentir", d'une tentative de rafistolage, de réparation, comme on recoud une blessure pour l'aider à se refermer... Le temps de la pose des épingles n'est évidemment pas celui de la déchirure. Un intervalle, un entre temps est donc suggéré.

L'écouvillon:
Il évoque le style d'un cadran solaire qui, de face, ne se voit que comme un point mais qui se révèle grâce à son ombre portée.
Comme dit plus haut (citation de Jean Clair), si l'on regarde le tableau de côté l'écouvillon apparait dressé dans toute son obscénité. Si on le regarde de face, il tend à disparaître mais sa présence est trahie par son ombre portée.
Et c'est là, précisément, qu'il entre dans le jeu de la représentation puisque son ombre vient se fondre parmi celles des autres objets qui, elles, sont représentées.
On voit bien, dans la photo suivante, à quel point l'ombre de l'écouvillon se fond et se confond parmi les ombres dessinées des ready made:


Ici aussi s'indiquent deux temps:
- celui, ancien, des ombres dessinées, qui subsistent comme la trace, l'indice, qu'un objet maintenant absent a bien été placé là, devant le tableau, et qu'une lumière l'a éclairé;
- celui, présent, d'une ombre actuelle, produite par la lumière qui rend visible le tableau à l'instant où le spectateur le regarde.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 10:21

72 On l'a compris, tous les éléments du tableau possèdent ce double caractère de présence et de représentation.

Les ombres des ready made:
Elles sont, comme toute ombre, indice de la présence d'un objet. Mais aussi représentation puisqu'elles sont dessinées.

Les stoppages étalon:
Il reste égaux à eux mêmes, en tant qu'étalons Duchampiens, donc objets. Mais ils sont inclus dans la représentation perspective du prisme puisqu'ils en constituent les arêtes. C'est cette double nature qui produit la distorsion perspective relevée ci-dessus. On peut faire le même raisonnement pour ce qui concerne les segments colorés, à la fois bandes de couleurs dans le plan du tableau et segments mis en perspective convergente.

La main:
Cette main, même si elle a été peinte par Duchamp, relève du collage. Elle a été empruntée a une image préfabriquée d'enseigne (et pour souligner ce caractère, Duchamp lui a adjoint la signature de son auteur (?) A. Klang). Même au second degré, c'est toujours une représentation.
Mais elle a aussi, dans le tableau, un caractère d'index. Non pas d'indice mais d'index: elle montre quelque chose, elle montre ce qu'il faut regarder.

Vers quoi pointe cet index? Vers le rectangle blanc du prisme. cyclops


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 10:21

73 Ce rectangle blanc est la clé de Tu m' Very Happy

Pourquoi est-il le seul élément qui ne fonctionne pas dans ce double statut présence / représentation?

Tout simplement parce que le tableau n'est pas éclairé comme il conviendrait. Il manque un élément.

La démonstration que j'ai faite m'amène à considérer qu'il n'existe qu'un éclairage juste de Tu m': l'ombre de l'écouvillon doit se projeter sur le rectangle blanc!

Et là, tout se met en place: le rectangle blanc représente une toile blanche qui reçoit une ombre réelle, de même que le tableau  reçoit les ombres portées des ready made.
Tu m' représente la représentation, c'est une allégorie moderne de la représentation.

Ou un discours de la méthode si on préfère, l'équivalent de ceci en son temps


Lumineux, non? !!!! cheers

Au sujet de ce doigt pointé, après des références à quelques "doigts pointés" peints par Léonard de Vinci, Jean Clair écrit
(Sur Marcel Duchamp et la fin de l'art, p151):
"Si, chez Léonard, ce doigt obstinément pointé, obstinément récurrent, nous suggère, inlassablement, qu'il existe une puissance hors de notre champ visuel, extra-rétinienne, ce même doigt pointé, chez Duchamp, à n'indiquer aucun lieu, ainsi qu'il est d'usage quand on le voyait, dans les années vingt, dessiné précisément à l'entrée des "lieux", autre que le très étrange parallélogramme aux arêtes constituées par les profils sinueux des Stoppages-Etalon, montre-t-il le chemin d'une dimension inconnue, hors de l'ennui monotone que constitue, pour l'artiste, le pigment étalé sur une surface plate?"

Si ce doigt pointe l'ombre de l'écouvillon-pinceau portée sur l'écran blanc de la toile vierge, alors , qu'on y réfléchisse, il se peut bien que Duchamp ait rendu là le plus bel hommage qui soit à la peinture.
Après que le pinceau ait transpercé la toile violemment, son ombre vient chatouiller son image dans une inframince caresse.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 11:50

74 Laughing  Haha!
Bon, voilà, j'ai fabriqué une petite maquette de Tu m'



Pour faire l'écouvillon, j'ai collé une extrémité de micro brosse à dent que j'ai collée à une aiguille



En plaçant l'ombre de l'écouvillon sur le rectangle blanc, voici ce que ça donne. Cela fonctionne mieux ainsi, non?



Je pose la question à tous les connaisseurs de Duchamp: on sait qu'il a laissé de nombreuses et précises instructions pour l'installation de son oeuvre ultime Etant donnés..., mais quelqu'un a t il connaissance d'une indication concernant l'éclairage de Tu m'?


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 12:24

75
Message d'Alain déplacé, j'm'eskuse:

Je repars vers la physique, après ton topo sur le spectre des couleurs.
C'est à cause des Nus vite et "De l'electro-dynamique des corps en mouvement".
Je viens de lire que c'est le titre français de la publication de la théorie de la relativité restreinte, 1905.

Pour ceux qui, comme moi, ont été biberonnés au modernisme c'était un peu une tarte à la crème que de référer cubisme, futurisme, constructivisme et autres ismes de l'époque, à Einstein.
Menfin, théorie de la relativité générale, 1915.
'Tu m'', 1918


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 29 Sep - 19:14

76
Alain, Duchamp n'a sans doute pas rencontré Einstein.

Mais Langevin oui.... Il a été son voisin d'immeuble:

Au 11, rue Larrey, Paris, Ve, se trouve un immeuble un peu déglingué, dont la peinture s’écaille, les portes ferment mal, où l’hiver il fait froid et l’été trop chaud. Les carreaux de l’entrée ont perdu leurs couleurs jaunes et bleues. C’est un immeuble désuet et modeste comme ceux qui peuplent ce Vème arrondissement de Paris où, autour du Jardin des plantes, les rues portent le nom de biologistes ou de gloires de l’Empire aujourd’hui oubliées : Larrey était le premier chirurgien de Napoléon. En emménageant rue Larrey j’ai immédiatement su que s’en dégageraient d’étranges ondes : le prof de clarinette exalté de dadaïsme qui nota dans un silence étrange et ému la nouvelle adresse parisienne pour ses leçons de musique, un voisin qui m’alerta, mystérieux, que l’immeuble bâti en 1898 dans ce recoin de la place du Puits-de-l’Hermite était « hautement radioactif »… Sans parler de ces groupes de pèlerins américains qui, une fois par an, la nuit, se massent silencieusement, yeux rivés au toit du 11 rue Larrey, au lieu d’admirer le minaret de la Grande mosquée, de l’autre côté de la place. Rue Larrey vécurent et passèrent deux prix Nobel et l’un des artistes les plus commentés du XXe siècle. Pendant plus de vingt ans, au 7e étage, l’insaisissable Marcel Duchamp loua un petit deux-pièces décoré par Picabia où il tirait sur sa pipe, préparait ses parties d’échecs, et recevait ses amours d’un soir, sous son grand manteau en fourrure. Mi-antre mi-atelier, le deux-pièces féconda aussi tableaux et ready-made – ces "objets manufacturés promus à la dignité d'objets d'art par le choix de l'artiste », a résumé Breton. Au 5e étage, Paul Langevin, le physicien de génie, le fondateur de la Ligue anti-fasciste, y reçut le tout-Paris scientifique, les premiers résistants, mais aussi, à l’abri des regards et pas hélas des ragots, une Marie Curie qui dévalait de son labo rue d’Ulm jusqu’à la rue Larrey pour retrouver son amant. On chanta rue Larrey, on donna des bals masqués, on dansa et s’enivra d’alcools forts. On s’aima y compris durant ce mariage de quatre mois auquel s’était résolu Duchamp, en 1926, avant de divorcer sans drame. On y fut heureux malgré ces lettres postées d’Auschwitz et la mort tragique du gendre de Langevin, fusillé au Mont Valérien. On y espéra, à raison, le retour de Bernard, le fils de 17 ans cueilli dans sa chambre par la police de Vichy, entre deux cours au lycée Henri IV. Joyeux bastringue… Dans les escaliers se croisaient Man Ray, Brancusi ou Henri-Pierre Roché, le père de Jules et Jim venu à pied de chez lui, 99 boulevard Arago : défilé de fantômes gais dédaignant l’argent mais raffolant de Montparnasse, de Kiki et du Dôme, vénérant les grandes tablées du Boeuf sur le toit et cultivant l’amitié oisive. L’immeuble se vidait l’été lorsque les Langevin retrouvaient leurs amis chimistes ou historiens en Bretagne, à l’Arcouest, et que Duchamp, lui, filait vers Mougins chez les Picabia ou embarquait pour New York, à la rencontre de ses mécènes et ses girl-friends. « Door, eleven rue Larrey »: de l’atelier du septième étage demeure un ready made qu’on peut admirer à Rome et à Philadelphie. Sur une corniche du 5e étage, là où le jeune Langevin cachait ses tracts roneotypés, s’est niché un couple de pigeons. Longtemps, j’ai pensé qu’il fallait une plaque pour célébrer la mémoire des illustres locataires de cet immeuble du quartier latin, comme pour Claude Simon, place Monge. Je prie aujourd’hui qu’il n’y en ait jamais aucune. En dandy, Duchamp a théorisé l’oubli et la disparition comme l’un des beaux-arts ; les Langevin, eux, ont toujours fui les honneurs. Rue Larrey ne doivent résonner que le souvenir fugace de leurs fous-rires, de leurs amours et de leurs fêtes radioactives.

http://www.amazon.fr/ICI-SAIMERENT-ARIANE-CHEMIN/dp/2849902551

A vérifier  Suspect


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Mer 30 Sep - 0:42

77 ah c'est dingue!! ahahah

en plus le nom de l'auteur ne m'est pas inconnu, c'est la fille du Monde contre qui Houellebecq a fait sa crise Smile

ps par ailleurs le texte ressemble à un chapitre de la Vie mode d'emploi de Perec , ahah
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mer 30 Sep - 14:07

78
alainAdmin a écrit:ah c'est dingue!! ahahah

Oui, mais le problème c'est que Duchamp n'a loué un atelier rue Larrey qu'à partir de 1927, soit quasiment dix ans après Tu m'. La question reste donc entière. Suspect


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Ven 2 Oct - 19:39

79
Bon ben voilà....
Je pense avoir épuisé ce que je pouvais dire d'à peu près tangible sur cette oeuvre de Duchamp.
Les questions scientifiques en suspens concernant l'électromagnétisme, la 4ème dimension, la géométrie topologique, dépassent mes capacités.
Il me reste encore, d'un point de vue de plasticien,  une ou deux pistes à explorer (du côté de Johns, "According to wat" par exemple, ou bien la place de Tu m' dans la Boîte en valise) mais cela va demander du temps.

Je me rends bien compte que le sujet est assez pointu, mais je serais heureux que la recherche sur Tu m' , cette oeuvre un peu à part, sous estimée et mal comprise, de Duchamp, se poursuive sous forme de dialogue. Je me dis que peut-être quelqu'un m'a lu, a suivi les tâtonnements de ma réflexion, s'est intéressé à mes hypothèses, et pourrait venir ici contribuer, pour le plaisir de l'échange intellectuel.

(PS: pour ce qui concerne ma devinette de départ, j'ai envisagé quelques pistes, mais n'ai trouvé aucune réponse solide, l'énigme reste entière)


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Dim 4 Oct - 14:54

80 Je réchauffe le sujet.

En notes brèves, en 3Dvideo et en musique.

1-Notes brèves.

Les miennes sur celles de Duchamp dans "Duchamp du signe"
(merci Jean-Yves pour les photocopies).
C'est un fatras pas possible sur la 4ème dimension, la perspective, les miroirs et merci aussi Poincaré!
Je n'y ai rien compris, mais ce qui est formidable c'est que cela corrobore ce que dit Jean-Yves:
Marcel Duchamp est beaucoup plus complexe et pointu que ce que la réactionnaire mode actuelle veut retenir de lui ,
"l'homme de l'urinoir" comme dit Didi-Huberman en sa défense de l'artiste.

Quand je lis les notes de Duchamp, très absconses pour moi, je pense à Léonard de Vinci,
toujours ouvert, toujours chercheur, très souvent trouveur. Ce sont des aventuriers de la pensée.
Loin des hommes urinoirs.

2- Je ne me serai pas permis de mettre ici ma petite manip 3Dvideo, si je n'avais pas eu l'idée, tout à
coup, et , je l'avoue, pour "réchauffer",
d'y mettre le son venu de
"Marcel-Duchamp-Erratum-musical"

https://vimeo.com/141318596



3- Tout en bas de
http://www.libellus-libellus.fr/article-18220966.html
Il y a ces notes
 
libellus a écrit: Musique et son accompagnent l'œuvre plastique de Duchamp.
   On trouve le descriptif d'une bande son pour le Grand Verre (La Mariée) dans la Boîte Verte, recueil de notes publiées en 1934 et reprises dans Duchamp du signe.
   Erratum musical, interprété ici par Stephane Ginsburgh, se compose des 88 notes d'un clavier de piano jouées dans un ordre aléatoire, sans répétition ni accent.
   In 'Pataphysics, Sonic Arts Network, 2005 [un livre / cd]
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