Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Lun 5 Oct - 21:46

81
alainAdmin a écrit:Je réchauffe le sujet.
Haha!
"chauffe chauffe Marcel!"
Oui oui, ça va chauffer, on va continuer à chercher! cheers
Ici à deux minutes et quelques


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Lun 5 Oct - 22:26

82 "Chauffe chauffe Marcel!"

Je profite de cette petite pause pour montrer ces photos du Grand Verre que j'ai prises l'an dernier à Philadelphie (sa vesion originale...).

Il souffre le Grand Verre, il va mal. Non seulement il est brisé depuis longtemps, mais tout se craquèle et s'effiloche...







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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Lun 5 Oct - 22:32

83 j'en étais à copier ceci , relatif au message pré précédent , on se croise


J'y pense pas seulement en me rasant mais aussi sous le shampoing, donc souvent.
A ceci:


Dushampoing.
Je veux tordre mon baton précédent dans l'autre sens.
Certes les notes de Duchamp du signe nous montrent un intellectuel qui tutoie Poincaré.
Mais d'un autre coté le grotesque, chez lui, n'est jamais loin.
Et pas seulement dans ses jeux de mots potaches.
Mais y compris dans ses autoportraits, ce qui signe un engagement, tout de même.
exemples



Est-ce une piste que l'on peut suivre pour aider à l'analyse de "Tu m' "?
Je ne sais pas trop, et ne voudrais surtout pas encourager les aigris anti-Duchamp,
mais il y a dans l'écouvillon, les épingles de suretés, la main ready-made, un jeu sur le grotesque finalement assez évident.
De l'humour potache qui pourrait plaire à des lycéens et qui n'empêche pas la réflexion pointue de Duchamp sur les représentations perspectives.



Brel ne voit pas de contradiction entre son humanisme sentimental habituel et le grotesque, le caricatural, c'est la leçon de "Vesoul".
Qu'il administre avec talent. ( le passage du symphonique au groupe guitare sèche, dans son clip, vaut bien les superproductions actuelles de clips musicaux, et mieux , en subtilité)

Peut-être cette "leçon" pourrait aider à analyser le tableau


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Lun 5 Oct - 22:40

84 d'ailleurs qui ne rigole pas tout d'abord

à la découverte de "feuille de vigne femelle" ou "objet dard" ?
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Mar 6 Oct - 3:10

85 oui, plus ça va plus je pense qu'il faut creuser
la piste de "l'idiotie", comme dit Jean-Yves Jouannais,





c'est juste une piste qui peut s'ajouter aux autres

Duchamp a écrit:    « Mutt vient de Mott Works, le nom d’une grande entreprise d’instruments d’hygiène. mais Mott était trop proche, alors j’en ai fait Mutt, car il y avait des bandes dessinées journalières qui paraissaient alors, Mutt and Jeff, que tout le monde connaissait. Il y avait donc, dès l’abord, une résonance. Mutt, un petit gros rigolo, Jef, un grand maigre… Je voulais un nom différent. Et j’ai ajouté richard… Richard, c’est bien pour une pissotière ! Voyez, le contraire de pauvreté… Mais même pas ça, R. seulement : R. Mutt. »Réponse de Marcel Duchamp à Rosalind Krauss. sur la signification.



c'est d'ailleurs sympa ( excusez le terme) de penser que l'artiste très intellectuel qui tutoie Poincaré aime aussi faire "l'idiot", avec des épingles de surêté, des goupillons etc.
Oui,... écouvillons, je sais..
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 6 Oct - 18:32

86
alainAdmin a écrit:
c'est juste une piste qui peut s'ajouter aux autres

c'est d'ailleurs sympa ( excusez le terme) de penser que l'artiste très intellectuel qui tutoie Poincaré aime aussi faire "l'idiot", avec des épingles de sureté, des goupillons etc.

Oui, tu as raison de rappeler ce côté "humour potache" de Duchamp. Ses notes, ses oeuvres et leurs titres sont parsemées de jeux de mots à résonance souvent sexuelle.  C'est un des aspects de sa personnalité à multiples facettes.
Dans Tu m', c'est vrai que l'écouvillon a quelque chose de drôle par son incongruité. Il a un côté "chatouilleux", "poil à gratter", très phallique aussi... De même pour le tire bouchon.
Quant au titre, il a donné lieu à de multiples interprétations. Entre autres, c'est l'anagramme de Mutt.... Mais j'y viendrai plus tard...

Dans la pensée duchampienne, rien ne s'oppose à ce que coexistent dans une même oeuvre des niveaux de lecture aussi divers que ceux que j'ai indiqués : électromagnétisme et lumière, perspective et 4ème dimension, représentation de la représentation, érotisme et humour...

Sur l'importance des jeux de mots chez Duchamp, voir
https://textessurlesartsplastiques2.wordpress.com/2013/06/17/duchamp-points-lignes-plans-gaz/


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Ven 9 Oct - 21:14

87 Pour poursuivre la réflexion sur Duchamp et la relativité, il faut lire ce texte d'Elie During:
http://www.palaismagazine.com/pdfpalais1/during.pdf

dont voici deux extraits:
"Dans sa radicalité conceptuelle, la relativité restreinte fonctionne comme un synthétiseur ou un
accélérateur de métaphysiques (au sens où l’on parle d’un accélérateur de particules).
Théorie spéciale, et même un peu spectrale, il faut bien l’avouer. Quelques paradoxes incessamment rapportés par
la littérature de vulgarisation témoignent depuis bientôt un siècle de la manière dont elle remet en cause nos évidences les mieux ancrées concernant l’espace, le temps, et  leur  ajustement  réciproque.  Le  plus  célèbre  est  sans
doute le « paradoxe des jumeaux » imaginé par le physicien Langevin en 1911, un an avant le voyage en automobile de
Duchamp qui devait le mener, avec Picabia, Apollinaire et Gabrielle Buffet, du Jura à Paris — expérience cinétique-érotique dont allait naître Le Grand Verre.
"....

"Il est aussi question dans cette théorie d’espaces-temps non orientables (au sens où l’est le ruban à face unique de Mœbius) et de lignes temporelles bouclées sur elles-mêmes (suscitant les habituels paradoxes  du  voyage  dans  le  temps,  façon Terminator). Tout cela est passionnant, mais les ressources de la relativité restreinte sont loin d’être épuisées. La philosophie a encore quelque chose à en faire, tout comme l’art lui-même, à condition qu’il se donne les moyens d’en extraire quelques  motifs  pour  ajuster  nos  intuitions  aux  étranges  constructions  formelles  de  la  théorie  (si  seulement Duchamp  avait  trouvé  autant  d’intérêt  à  la  physique d’Einstein qu’à la géométrie de Poincaré
!)
"


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:42

88  Imbrication des espaces et multiplicité des temps...

Trois niveaux temporels s'interpénètrent dans Tu m':
- un premier niveau interne qui relève de la décomposition du mouvement, procédé déjà utilisé par Duchamp à plusieurs reprises (Nu descendant un escalier, succession des tamis dans le Grand Verre, etc...),
- un second niveau, qui relève de l'instantanéité photographique, marqué par l'"empreinte" des ombres portées (cf Didi Huberman "La ressemblance par contact"), moment de la création de l'oeuvre,
- un troisième qui est le présent du regardeur, marqué par l'ombre portée de l'écouvillon, pointé impérativement par l'index de la main.
Ces trois temps s'articulant autour de la lumière et de l'électricité.

C'est déjà beaucoup! Il faut un peu chercher pour trouver dans l'histoire de l'art des exemples d'articulations temporelles aussi complexes ...

Mais il y a peut-être dans Tu m' un quatrième niveau de temporalité, un niveau biographique, quelque chose qui relève du souvenir.
Formons l'hypothèse que cette oeuvre, pourtant très abstraite en apparence, fait référence à la vie de Duchamp. Suspect


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:43

89 Il est impressionnant de voir, en consultant les notes de Duchamp, à quel point ses grandes oeuvres comme le Grand Verre et Etant Donnés sont en projet très tôt et s'enracinent dans une même année, celle de 1912.
On le sait, les premiers dessins et les premières notes pour la Mariée (Grand Verre) apparaissent en 1912, alors que l'oeuvre sera réalisée de 1915 à 1923.
Le projet d'Etant Donnés apparait également dans une note datée de 1912, alors qu'il sera réalisé de 1946 à 1966!

Formons l'hypothèse qu'il en va de même pour Tu m'.

Formons l'hypothèse que, peinte en 1918, son projet s'enracine en fait dans cette fameuse note concernant la route Jura-Paris:
(DDS p47 dans l'ed Champ arts)

"1912
La machine à 5 coeurs, l'enfant pur, de nickel et de platine, doivent dominer la route Jura-Paris.
D'un côté, le chef des 5 nus sera en avant des 4 autres nus vers cette route Jura-Paris. De l'autre côté, l'enfant-phare sera l'instrument vainqueur de cette route Jura-Paris.
Cette Cet enfant-phare pourra, graphiquement, être une comète, qui aurait sa queue en avant, cette queue étant appendice de l'enfant-phare qui, appendice qui absorbe en l'émiettant (poussière d'or, graphiquement) cette route Jura-Paris.
La route Jura-Paris, devant être infinie seulement humainement, ne perdra rien de son caractère d'infinité en trouvant un terme d'un côté dans le chef des 5 nus, de l'autre dans l'enfant phare.
Graphiquement, cette route sera peu à peu tendra vers la ligne pure géométrique sans épaisseur (rencontre de 2 plans me semble le seul moyen pictural d'arriver à une pureté).
Mais à son commencement (en le chef des 5 nus) elle sera très finie en largeur, épaisseur,etc..., pour petit à petit, devenir sans forme topographique, en se rapprochant de cette droite idéale qui trouve son trou vers l'infini dans l'enfant-phare.
La matière picturale de cette route Jura-Paris sera le bois qui m'apparaît comme la traduction affective du silex effrité.
Peut-être, chercher s'il est nécessaire de choisir une essence de bois. (Le sapin, ou alors l'acajou vernis).
Détails d'exécution.
Dimensions = Plans.
Grandeur de la toile.
Peut-être faire un tableau de charnière. (Mètre pliant, livre...)
Faire valoir le principe de charnière dans les déplacements 1°dans le plan; 2° dans l'espace.
Trouver une description automatique de la charnière.
Peut-être à introduire dans le pendu femelle."


Que l'on peut compléter par cette autre note:

"Traduction picturale. Les 5 nus, dont le chef, devront perdre, dans le Tableau, le caractère de multiplicité. Ils doivent être une machine à 5 coeurs, une machine immobile à 5 coeurs. Le chef, dans cette machine, pourra être indiqué au centre ou au sommet, sans paraître autre chose qu'un rouage plus important (graphiquement).
Cette machine à 5 cœurs devra enfanter le phare. Ce phare devra enfanter l’enfant-Dieu, rappelant assez le Jésus des Primitifs. Il sera l’épanouissement divin de cette machine-mère. Comme forme graphique, je le vois machine pure par rapport à la machine-mère, plus humaine. Il devra rayonner de gloire. Et les moyens graphiques pour obtenir cet enfant-machine, trouveront leur expression dans l'emploi des plus purs métaux servant à la construction basée (en tant que construction) sur l'idée qui se dégage d'une vis sans fin. (Accessoires de cette vis sans fin, servant à unir ce phare enfant-Dieu à sa mère machine-5 nus (...)"


Ces références religieuses peuvent paraître surprenante de la part d'un homme qui s'affirmait "a-clérical" et qui était sans doute athée. Mais rien, pour autant, ne l'empêchait de puiser dans la mythologie et l'iconographie chrétiennes.
"Le constat de cette « teinte » ne vise aucunement à attribuer une religiosité à Marcel Duchamp. Aucune confusion n’est possible entre l’emprunt de thèmes religieux pour une réalisation artistique et l’obédience de celui qui la produit, même si le récepteur est libre de ses perceptions individuelles. Marcel Duchamp, s’il a prétendu une « absence d’investigations de ce genre », n’en a pas moins avoué, dans une interview, la filiation inspiratrice entre le thème du dépouillement des vêtements du Christ et le choix de celui de la mise à nu de La Mariée."
Source: "Marcel Duchamp ou la pérennité des sources" par Françoise Le Penven
https://www.cairn.info/revue-etudes-2002-12-page-651.htm


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:43

90
ANNEE 1912

Avant de décrypter ces notes, ou plutôt de tenter de décrypter Tu m' à la lumière de ces notes, voyons de plus près cette année 1912, si marquante pour Duchamp.

Sans entrer dans les détails, voici quelques repères:

- en 1912, Marcel Duchamp est un jeune homme de 25 ans assez discret, timide peut-être, et qui se cherche. Autant le dire maintenant car c'est un élément de compréhension qui éclaire toute la suite, il est profondément amoureux d'une femme, une femme qui est mariée à son ami Picabia, Gabrièle Buffet Picabia.
Il faut, pour comprendre le Duchamp de cette période, avoir en tête l'état psychologique particulier que procure l'état amoureux, mélange d'éblouissement, de désir, d'élan dynamique, et aussi de doute et de frustration lorsque l'amour ne peut se réaliser.

- mars 1912: il est contraint par Gleizes et Metzinger, et par ses deux frères Jacques Villon et Raymond Duchamp Villon, de décrocher son tableau Nu descendant un escalier qu'il a présenté au Salon des Indépendants. Cette déconvenue le blesse profondément.

- mai 1912: il assiste à une représentation d'Impressions d'Afrique de Raymond Roussel au théâtre Antoine, en compagnie d'Apollinaire, Picabia et Gabrièle Buffet Picabia. Cette oeuvre est une des sources d'inspiration du Grand Verre.

- juin 1912: Sur les conseils de Gabrièle, qui a connaissance de l'activité artistique des  "avant gardes" en Allemagne, il part pour Munich où il passe l'été. Ce voyage est l'occasion de nombreuses découvertes déterminantes qui ne sont que partiellement connues.
- Durant son séjour, il visite à plusieurs reprises la Alt Pinacothèque de Munich, mais aussi plusieurs autres musées d'art à Bâle, Dresde, Berlin, Vienne, Prague, Leipzig.
- Il peint la Mariée et Le passage de la vierge à la mariée et réalisent plusieurs dessins qui engagent la préparation du Grand Verre.
- Il lit Du spirituel dans l'art (Kandinsky) et découvre l'Almanach du Blaue Reiter...
- Il visite le Deutsches Museum de Munich, musée de sciences et de techniques où il complète ses connaissances sur l'électromagnétisme.
- Peut-être  se rend-il aussi à la Technische Universität München, fondée en 1868?
Oui, vous avez bien lu, la TU M! Very Happy  (pourquoi pas? à vérifier!!!!!)


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