Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:43

91
ANNEE 1912 suite

- Août 1912
Durant cet été 1912 se produit un événement assez surprenant, où la personnalité complexe de Duchamp apparait sous un jour inattendu. Depuis Munich, il fait deux jours de train (aller et retour) pour retrouver Gabrièle à la petite gare d'Andelot en Montagne. Ils y passent la nuit ensemble, chastement.

Il faut être très amoureux pour faire une chose pareille.


Voici comment Judith Housez décrit cette rencontre (p117 et 118 de sa biographie)




Voici comment Jacques Caumont et Françoise Le Penven racontent cet épisode, citant Gabrièle Buffet Picabia elle-même:
Source: http://www.faune-etique.fr/dl/SystemeD.pdf     page 128

"Une après-midi, Gabriële nous a parlé de ce rendez-vous secret, sur un quai de gare du Jura, avec Marcel:
«Il m’avait dit qu’il voulait me voir seule et je lui avais écrit que je rentrais à Paris par le train. Vous savez, d’Étival,
il fallait descendre d’abord à Lons-le-Saunier en carriole. Et, de Lons-le-Saunier, un petit train serpentait dans une vallée pour rejoindre la grande ligne qui venait d’Allemagne.» Sur mon visage, Gabriële lut mon scepticisme. Il est vrai que j’avais du mal à croire à cette histoire. La semaine suivante, en m’accueillant, elle ne me dit même pas bonjour, mais, frappant énergiquement le sol avec sa canne:«Vous ne me croyez pas, mais ce que je vous ai dit c’est la vérité!»
Nous parlâmes longuement de cette rencontre. En arrivant à la fameuse gare, Marcel était là. Il l’attendait sur le quai.
Ils laissèrent passer le train de Paris et s’installèrent pour converser toute la nuit dans le petit édicule situé sur l’un des
quais, une minuscule salle d’attente. Le lendemain matin, chacun prit son train dans des directions opposées, lui pour
Munich, elle pour Paris. Et, le Jeune homme triste dans un train fit sa réapparition... Gabriële m’affirmant qu’elle en avait reçu un dessin dans une lettre après cette nuit sur un quai de gare.
F.L.–D’après le tableau qu’il avait déjà peint?
J.C.–La semaine suivante, ayant consulté cartes et horaires, à mon tour, je ne lui ai pas dit bonjour mais je lui lançai:
«Andelot!–Oui, c’est ça, c’est Andelot!»
Nous nous rendîmes à notre tour dans ce petit village pour y voir la gare et le fameux petit édicule.
"
La gare d'Andelot en 1914:



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 19:53

92
ANNEE 1912 suite

- Octobre 1912
En octobre 1912, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Guillaume Apollinaire rejoignent Gabrièle Buffet Picabia à Etival, et séjournent deux semaines dans sa maison du Jura. Ils y retrouvent également Jean Challié, frère de Gabrièle, peintre ami de Picabia.
Ils font le trajet Paris-Jura dans la voiture de Picabia, idem pour le retour, mais en compagnie de Gabrièle.

Judith Housez relate ce voyage (p122 et 123 de sa biographie):






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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 20:06

93
Que l'on m'excuse pour ces messages "en préparation". J'assume pleinement le caractère non académique de cette recherche sur Duchamp, en forme de notes au jour le jour. Il me faut cependant me réserver quelques transitions explicatives indispensables à un minimum de lisibilité.

Aujourd'hui, en ce dimanche d'octobre 2015, nous sommes allés là...

Quand même, peu de village de France ont une rue Marcel Duchamp! Qui passe, de plus, au milieu des champs parmi les vaches!



Non seulement une rue Marcel Duchamp au milieu des prés
Mais aussi une rue Francis Picabia



Et une rue Guillaume Apollinaire!



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Oct - 20:15

94
Nous sommes dans le village d'Etival, dans le Jura.



Je veux absolument saluer le travail de mémoire, et l'hommage rendu par cette commune à ses visiteurs d'une semaine, en l'an 1912.

Une seule réserve cependant: pourquoi pas une rue Gabrièle Buffet Picabia, puisque c'est cette femme extraordinaire qui a invité / aimanté ces trois artistes ici, là, dans ce beau village d'Etival?
(petit village qui se bat pour continuer d'exister, soit dit au passage!)

La voici sur cette video de l'INA à 3 minutes
http://www.ina.fr/video/CPF86632043


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 27 Oct - 19:33

95 Gabrièle et Francis devant leur maison d'Etival:


La même maison maintenant:


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 27 Oct - 19:38

96
Tout cela est bel et bon, me direz-vous...
mais quel rapport avec Tu m'?

Bonne question Very Happy Shocked Rolling Eyes Twisted Evil Suspect Idea Evil or Very Mad No Twisted Evil cyclops pirat tongue cat confused affraid Sleep sunny santa rendeer Sleep No What a Face clown Wink Embarassed Mad Evil or Very Mad Twisted Evil Rolling Eyes Very Happy Shocked Cool


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Mar 27 Oct - 19:46

97 oui
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 27 Oct - 20:42

98
alainAdmin a écrit:oui

Comment ça "oui" ? Shocked

Compare les deux photos ci-dessus.  Smile
Le rapport avec  Tu m' saute aux yeux, non?  Idea


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir le Mar 27 Oct - 21:29

99
Le rapport c'est  Idea justement.
Ce sont les cables électriques!

Pour suivre Duchamp, le fil conducteur, c'est le fil électrique!

Quel est le premier département électrifié de France? Le Jura!
Pourquoi? A cause des chutes d'eau! Dans le Jura il y a beaucoup de chutes d'eau!
Sur les chutes d'eau, il y a des moulins!
Au début du siècle, on installe des micro centrales hydroélectriques à la place des moulins!
L'éclairage électrique vient remplacer le gaz d'éclairage genre bec Auer!

Certains villages du Jura, comme Jeurre par exemple, sont électrifiés dès 1900, avant Paris!

Etival est électrifié en 1912, juste avant la visite de nos artistes parisiens! Idea


A Bellegarde sur Valserine, à 50km d'Etival, on peut encore voir les ruines de la première (ou l'une des premières) centrale hydroélectrique de France, construite en 1884.
Le passage de l'hydromécanique à l'hydroélectrique est un phénomène technique et industriel d'une importance historique considérable, qu'on a un peu oubliée maintenant...



De L’hydromécanique à l’hydroélectrique


En l’année 1874 , à Bellegarde, au confluent du Rhône et de la Valserine, au lieu dit la perte du Rhone, une usine d’un nouveau type est mise en route. Une entreprise suisse (Rieter de Winterthur) a réalisé, sur ces rives d’une vallée encaissée, un des premiers aménagements hydrauliques en service en ce temps.
Une pris d’eau en amont de la Perte, un canal d’amenée d’une longueur de 670 mètres, débouchant dans un réservoir de 15OO mètres cubes, et une chute de 13 mètres réalisent ici les conditions optimales d’obtention d’énergie de montagne : un débit de 400 mètres cubes par seconde, plus de 10000 chevaux de force motrice potentiellement disponibles ; un arrêté du 31 mai 1871  a concédé à deux entrepreneurs étrangers (un canadien et un américain) le droit d’utiliser cette énergie , entièrement imputable à la présence de l’eau.

A l’instar de la révolution qui vit, trois quarts de siècle plus tôt, la vapeur relayer la force de l’animal, voire de l’homme, attelés aux premières machines, une transformation radicale se fait jour dans les chaînes alpines révélant en de deux décennies d’extraordinaire potentialités. (…) C’est grâce à une transmission plus évoluée, mais d’allure cyclopéenne que à la centrale de Bellegarde, les turbines Jonval transmettent leur énergie. Des câbles d’une longueur inusitée, soutenus par d’énormes poulies de 5 mètres 50 de diamètre transportent cette force à destination des utilisateurs (une fabrique d’engrais phosphatés, une parqueterie et une usine de production de pâte), proches clients de la centrale, dont ils ne peuvent se distancier.
Clients captifs, incapables de s’éloigner (à Bellegarde, le câble franchit la distance de 900 mètres) de ce type de centrale : l’aménagement réalise une des plus spectaculaires installations de transport d’énergie pas la voie « télémécanique », c'est-à-dire sans le passage par l’électricité. Il faut, cette énergie, la transporter beaucoup plus loin. (…)
De 1874 à 1898, à Bellegarde, les turbines sont modifiées, leur vitesse augmentée, mais surtout (et la transformation est décisive) les  câbles de transmission disparaissent et les immenses poulies sont déposées. Des alternateurs Brown-Boveri, attelés aux turbines, les remplacent, produisant une puissance élevée (400 ampères, 1050 volts) encore accrue par des tranches de travaux ultérieurs : de 1896 à 1898, de nouvelles turbines, actionnant chacune un alternateur, délivrent du courent triphasé 350 ampères sous 2000 volts – fournissant l’énergie à des utilisateurs qui désormais, vont pouvoir s’éloigner. (…) La centrale de la Perte du Rhône est devenue une centrale hydroélectrique. La « houille banche » devient réalité.
 

Source: "Histoire de l’entreprise et des chefs d’entreprise en France, tome 5"
de Jean Lambert-Dansette


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  alainD le Mer 28 Oct - 14:17

100  ah!! super!! bravo!!
tu creuses bien, sans dec

La Fontaine a écrit:Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
           Où la main ne passe et repasse.
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