Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

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Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 16 Juin - 16:02

171
Revenons à Tu m'  Smile

Pour mon anniversaire  Very Happy m'a été offert le livre de Karl Gerstner "Marcel Duchamp: Tu m', puzzle upon puzzle" publié en 2003 par Hatje Cantz Verlag.

Je suis heureux de constater qu'il recoupe largement mes propres analyses. On va me dire que j'aurais mieux fait de commencer par le lire... D'une part je ne connaissais pas son existence en me lançant dans cette entreprise, et lorsque je l'ai apprise, j'ai cru qu'il s'agissait d'un jeu, d'un simple puzzle. D'autre part, la lecture préalable de cet ouvrage m'aurait privé du plaisir de la découverte.



Le livre de Gerstner est très bien fait. Il développe une analyse plastique rigoureuse, précisément illustrée, mais ne débouche - c'est un choix affirmé par l'auteur - sur aucune interprétation globale de Tu m'.
Je ne me permettrai pas de dévoiler outre mesure son contenu. Je vais simplement lui emprunter quelques pages qui pourront utilement compléter, conforter ou corriger notre exploration ci-dessus.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  alainD le Jeu 16 Juin - 16:35

172
wow!!!!!

Smile
bah tu peux virer mon message hein, menfin, belle histoire tout ça Smile
c'est du vivant Smile
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 16 Juin - 16:36

173
Commençons par le commencement, c'est à dire par notre fameuse "structure en filigrane". Gerstner la mentionne à la toute fin de son ouvrage, page 28.
J'espère que cela confirmera son existence à qui pouvait encore en douter. Mais il ne l'élucide pas lui non plus... Sad



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 16 Juin - 17:03

174
Pour ce qui concerne la partie droite, Gerstner aboutit aux mêmes conclusions que les nôtres. Il s'agit d'une structure paradoxale fondée sur des données perspectives contradictoires.
Il repère le phénomène des bandes verticales de largeur régulière, mais ne mentionne pas les deux séquences colorées inversées.

Mais il précise aussi que le sens de cette structure complexe reste totalement énigmatique: "What Duchamp had in mind or imagined in creating this structure is a secret that accompagnied him to his grave".



Gerstner évoque la piste de l'électromagnétisme à propos des cercles de cette structure.



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 16 Juin - 19:08

175
L'auteur note que l'écouvillon fonctionne comme le style d'un cadran solaire, son ombre s'orientant selon l'éclairage qu'il reçoit. Il signale que la pièce de Mme Dreier où l'oeuvre était installée était éclairée par plusieurs lampes. La position de cette ombre portée était donc apparemment aléatoire. Cette précision n'infirme pas mon hypothèse que la projection de cette ombre sur l'écran blanc en perspective soit sa position "optimale", celle qui articule toutes les autres pièces du puzzle.

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Sam 18 Juin - 18:54

176
Gerstner observe, comme nous l'avons fait, que l'index de la main pointe vers le rectangle blanc...



...ou bien vers l'ombre du goupillon (écouvillon), mais ne relie pas les deux, la projection de cette ombre SUR le rectangle blanc.
Il clôt son analyse par cette remarque amusante - et peut-être riche de sens, nous y reviendrons... - sur le double sens du mot "goupillon" qui, outre le rince-bouteille, désigne aussi l'outil de bénédiction des prêtres, et par extension, l'église catholique.
Goupillon: Petit bâton de métal garni de poils ou, le plus souvent, d'une boule de métal creuse et percée de trous, dont on se sert pour asperger d'eau bénite. source http://www.cnrtl.fr/definition/goupillon



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Tu m' et les notes de la "route Jura-Paris"

Message  Jean-Yves Amir le Dim 19 Juin - 14:53

177
L'analyse formelle de Tu m', confortée par celle de Gerstner, ne nous permet pas d'élucider son sens, mais elle offre un bon point d'appui pour aller plus loin.

D'ores et déjà l'oeuvre apparait comme une étonnante machine de déconstruction de la représentation. Mais la phrase de B. Marcadé me reste en tête: " Très rapidement je me suis aperçu que toutes les œuvres de Duchamp sont complètement liées à sa vie. Elles sont inscrites dans son mode de vie, jusque dans les moindres détails de sa vie quotidienne. Il n'existe pas une œuvre qui ne lui soit pas directement chevillée au corps."

Comme annoncé plus haut, je voudrais tenter de confronter Tu m' aux notes de la route Jura-Paris.

Pour rappel:
Nous avons d'un côté une oeuvre complexe qui ne semble pas avoir fait l'objet de notes préparatoires de la part de Duchamp, sinon celle intitulée "ombres portées" (p111 Duchamp du signe).
De l'autre nous avons un projet d'oeuvre autour de la route Jura-Paris, sur lequel portent 4 notes assez précises, mais qui ne semble pas avoir vu le jour (voir ci-dessous l'extrait du texte de Kieran Lyons). Ou bien ces 4 notes sont attachées au projet du Grand Verre (voir ci-dessous l'extrait du texte d' Elie During) sans qu'on parvienne à voir ce qui les relie à cette oeuvre.

Je forme donc l'hypothèse que ces 4 notes sur la route Jura-Paris ébauchent le projet de Tu m' et peuvent éclairer son intention.


Kieran Lyons "L'enfant phare et la route Jura-Paris"




Elie During, Mondes virtuels et quatrième dimension : Duchamp, artiste de science-fiction, revue Alliage n°60

“Tout commence par un voyage mémorable : une automobile roulant à tombeau ouvert sur la route du Jura à Paris. Nous sommes en 1912. Dans cette voiture, se trouve Duchamp, en compagnie de Gabrielle Buffet, d’Apollinaire et de Picabia. De cette expérience cinétiquo-érotique où la puissance virginale de la Mariée (« l’automobiline, essence d’amour ») se conjugue avec le désir cylindré des célibataires (les « moteurs à explosion »), l’artiste tire l’exigence impérieuse d’une œuvre. Il faut en faire quelque chose. Cela le conduit au Grand verre, qu’il est juste d’aborder, dans un premier temps, comme la transposition plastique d’une expérience de pure vitesse. Voyage intensif, instantané et immobile, qui trouve son expression rigoureuse dans l’idée du déplacement invisible des formes dans un espace « sans orientation », mais à quatre dimensions (…) Il fallait que la ligne soit autre chose qu’un tracé, ou une trajectoire. Il fallait qu’elle fende pour ainsi dire l’espace lui-même. D’où l’idée de l’engendrer activement à partir d’une fiction d’espace, au lieu de se donner l’espace tout fait pour le sillonner en tous sens.”


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Dim 19 Juin - 15:26

178

Voici ces 4 notes:

1 Duchamp du signe p 46,47,48

1912
La machine à 5 coeurs, l'enfant pur, de nickel et de platine, doivent dominer la route Jura-Paris.
D'un côté, le chef des 5 nus sera en avant des 4 autres nus vers cette route Jura-Paris. De l'autre côté, l'enfant-phare sera l'instrument vainqueur de cette route Jura-Paris.
Cette Cet enfant-phare pourra, graphiquement, être une comète, qui aurait sa queue en avant, cette queue étant appendice de l'enfant-phare qui, appendice qui absorbe en l'émiettant (poussière d'or, graphiquement) cette route Jura-Paris.
La route Jura-Paris, devant être infinie seulement humainement, ne perdra rien de son caractère d'infinité en trouvant un terme d'un côté dans le chef des 5 nus, de l'autre dans l'enfant phare.
Graphiquement, cette route sera peu à peu tendra vers la ligne pure géométrique sans épaisseur (rencontre de 2 plans me semble le seul moyen pictural d'arriver à une pureté).
Mais à son commencement (en le chef des 5 nus) elle sera très finie en largeur, épaisseur,etc..., pour petit à petit, devenir sans forme topographique, en se rapprochant de cette droite idéale qui trouve son trou vers l'infini dans l'enfant-phare.
La matière picturale de cette route Jura-Paris sera le bois qui m'apparaît comme la traduction affective du silex effrité.
Peut-être, chercher s'il est nécessaire de choisir une essence de bois. (Le sapin, ou alors l'acajou vernis).
Détails d'exécution.
Dimensions = Plans.
Grandeur de la toile.
Peut-être faire un tableau de charnière. (Mètre pliant, livre...)
Faire valoir le principe de charnière dans les déplacements 1°dans le plan; 2° dans l'espace.
Trouver une description automatique de la charnière.
Peut-être à introduire dans le Pendu femelle.




2 note 109, p68 de "Notes "

Traduction picturale. Les 5 nus, dont le chef, devront perdre, dans le tableau, le caractère de multiplicité. Ils doivent être une machine à 5 coeurs, une machine immobile à 5 coeurs. Le chef, dans cette machine, pourra être indiqué au centre ou au sommet, sans paraître autre chose qu'un rouage plus important (graphiquement).
Cette machine à 5 cœurs devra enfanter le phare. Ce phare devra enfanter l’enfant-Dieu, rappelant assez le Jésus des Primitifs. Il sera l’épanouissement divin de cette machine-mère. Comme forme graphique, je le vois machine pure par rapport à la machine-mère, plus humaine. Il devra rayonner de gloire. Et les moyens graphiques pour obtenir cet enfant-machine, trouveront leur expression dans l'emploi des plus purs métaux servant à la construction basée (en tant que construction) sur l'idée qui se dégage d'une vis sans fin. (Accessoires de cette vis sans fin, servant à unir ce phare enfant-Dieu à sa mère machine. 5 nus.

3  note 110, p68 de "Notes"

Le chef des 5 nus obtient peu à peu l'annexion de la route Jura-Paris.
Le chef des 5 nus annexe à ses états, une lutte (idée de colonie)

4  note 111, p68 de "Notes"

Titre.
Le chef des 5 nus étend peu à peu son pouvoir sur la route Jura-Paris.
Il y a un peu équivoque: Ce chef semble, après avoir conquis les 5 nus, agrandir ses possessions, ce qui donne un sens faux au titre. (Les 5 nus et lui forment tribu à la conquête par la vitesse de cette  route Jura-Paris)

Le chef des 5 nus peu à peu augmente son pouvoir sur la route Jura-Paris.
La route Jura-Paris, d'un côté, les 5 nus dont le chef, d'un autre côté, sont les deux termes de la collision. Cette collision est la raison d'être du tableau. Peindre 5 nus statiquement, me semble sans intérêt, pas plus d'ailleurs que de peindre la route Jura-Paris même en élevant l'interprétation picturale de cette entité à un état tout à fait dénué d'impressionnisme. Donc l'intérêt du tableau résulte de la collision de ces 2 extrêmes, les 5 nus dont le chef et la route Jura-Paris. Le résultat de cette bataille sera la victoire peu à peu obtenue par les 5 nus sur la route Jura-Paris.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Dim 19 Juin - 15:30

179

En première lecture, c'est assez hermétique ! Very Happy
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Dim 19 Juin - 15:54

180

Duchamp donne sur son projet des indications techniques assez contradictoires.

Certaines d'entre elles laissent entrevoir un assemblage de matériaux tels que le bois et divers métaux
(rappelons au passage que le Grand Verre est un assemblage de plaques d'étain et de fils de plomb entre deux vitres):
"La matière picturale de cette route Jura-Paris sera le bois (...)
Peut-être, chercher s'il est nécessaire de choisir une essence de bois."
"l'emploi des plus purs métaux" "de nickel et de platine" "poussière d'or"

Mais d'autres indications semblent évoquer plus simplement une peinture sur toile de grand format:
"Tableau""Grandeur de la toile.""Traduction picturale"
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Dim 19 Juin - 17:30

181
Duchamp précise avec insistance la nature du dispositif qu'il envisage, il en souligne même les termes: il s'agira d'un "tableau de charnière (Mètre pliant, livre...)", d'un "principe de charnière" articulant plan et espace. (fin de la note 1)

Dans la note 4, il emploie le terme de "collision" qui semble traduire la même idée : "Cette collision est la raison d'être du tableau."

Or, nous en avons déjà parlé, cette charnière - ou même cette collision - sont bien le principe même de la composition de Tu m'.

Elle se présente sous des formes multiples:
- la déchirure, évidemment;
- l'articulation entre le plan de la toile souligné par le losange jaune et le plan perpendiculaire du rectangle blanc en perspective;
- l'érection de l'écouvillon dans ce plan;
- le faux raccord étrange entre l'ombre de la poignée du tire bouchon et le poignet de la main.



Dans "La ressemblance par contact" p245, Didi Huberman écrit:
"La procédure d'empreinte irait donc de pair, chez Duchamp, avec l'idée d'une déchirure servant de charnière, de cheville dialectique, entre un "positif" et un "négatif" (entre la lumière et l'ombre, ou entre une surface concave et une surface convexe, par exemple)"

Cette "cheville dialectique" opère, dans Tu m', entre deux systèmes perspectifs, deux séquences colorées inversées et deux parties dont les éléments formels se répondent, s'engendrant l'une l'autre comme dans une boucle.


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mar 21 Juin - 18:49

182
Ce "principe de charnière" étant posé, il suffit de lire la description que Duchamp donne de son projet, ou plutôt de chacune de ses parties: "d'un côté..." puis "de l'autre côté...".
Mais afin de faciliter l'ordre de cette lecture, qu'on me permette d'user d'un artifice : le retournement horizontal, gauche/droite de l'oeuvre, qui correspond mieux à celui des notes.

D'un côté la "machine à 5 coeurs" , de l'autre "l'enfant phare"...

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mar 21 Juin - 19:10

183
D'un côté:
La machine mère

"La machine à 5 coeurs"
"D'un côté, le chef des 5 nus sera en avant des 4 autres nus "
"Les 5 nus, dont le chef, devront perdre, dans le tableau, le caractère de multiplicité. Ils doivent être une machine à 5 coeurs, une machine immobile à 5 coeurs. Le chef, dans cette machine, pourra être indiqué au centre ou au sommet, sans paraître autre chose qu'un rouage plus important (graphiquement). "




"le chef des 5 nus sera en avant des 4 autres nus "
Dans sa "machine", Duchamp distingue bien "un chef" et "4 autres nus". Ces 4 nus sont les 4 groupes de 3 stoppages étalon (un noir, un rouge et un jaune, peu visible sur la reproduction) qui partent des 4 angles du rectangle blanc. Le rectangle blanc est "le chef".
Mais où sont ces "nus",  demandez-vous?
Il n'y a pas plus de "nus" ici, au sens de "nudité", qu'entre le Roi et la Reine traversés par des nus en vitesse. Dans le langage duchampien, "nu" désigne des sortes de filaments en mouvement qui prennent la forme des stoppages étalons après 1913, comme, par exemple, dans les 9 Moules malics.
Pourquoi "nu"?
"nu" est une lettre grecque utilisée en physique pour désigner la fréquence des ondes: " ν (nu minuscule) désigne une fréquence, tant d'une onde que la fréquence propre d'un objet (corde par exemple)" . N'oublions pas que les stoppages, avant d'être transposés graphiquement, étaient des cordelettes!
Et ça, c'est trop beau, je ne puis m'empêcher de le citer:
"Il est supposé que le nom de la lettre phénicienne (nun) correspondante signifierait « serpent »."
source https://fr.wikipedia.org/wiki/Nu_(lettre_grecque)



Quand au "chef", il est de même nature que les autres "nus", mais d'un rang supérieur si on peut dire Very Happy, puisqu'il est en deux dimensions et non plus une seule comme les stoppages.



En somme, le chef est un piston de courant d'air, de la même nature que les trois formes semi rectangulaires qui flottent dans la voie lactée chair du Grand Verre.



Page 15 de son ouvrage, Gerstner note:
"Richard Hamilton offers an interesting insight for those looking for signs:"The Stoppages are random distorsions of lines. And the Draft Pistons (in the Milky Way of the Large Glass) are the same thing, transposed onto the flat surface."

Duchamp 1914 Piston de courant d'air


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mar 21 Juin - 19:19

184
De l'autre côté:
L'enfant phare

"l'enfant pur, de nickel et de platine"
"De l'autre côté, l'enfant-phare sera l'instrument vainqueur de cette route Jura-Paris."
"Cet enfant-phare pourra, graphiquement, être une comète, qui aurait sa queue en avant,"
"Il sera l’épanouissement divin de cette machine-mère. (...) Il devra rayonner de gloire."





Dans l'oeuvre peint de Duchamp, où dominent les camaïeux de bruns ou de gris, cette succession de losanges multicolores est un des morceaux les plus dynamiques, les plus "tonitruants" aurait-on envie de dire dans un registre sonore. On y entend tambours et trompettes! Pour reprendre le jeu de mot sur lequel brode Kerian Lyons dans sa lecture des notes "Jura-Paris": l'enfant phare arrive en fanfare et rayonnant de gloire!

L'image d'une "comète qui aurait sa queue en avant" est assez surprenante. Elle évoque effectivement le phare d'une automobile dont le faisceau balaie la route devant lui, "la queue en avant". Pour comprendre l'importance de cette image, il faut avoir en tête que ce parcours "Jura-Paris" s'est fait en bonne partie de nuit, vues la durée du trajet et la période d'octobre où les journées raccourcissent. Dans Tu m', elle subsiste sous la forme des losanges en perspective, le plus lumineux d'entre eux, le jaune, venant en avant.



Elle réapparaît dans la fameuse tonsure réalisée en 1919, soit peu de temps après Tu m'




Note 2:
"Et les moyens graphiques pour obtenir cet enfant-machine, trouveront leur expression dans l'emploi des plus purs métaux servant à la construction basée (en tant que construction) sur l'idée qui se dégage d'une vis sans fin. (Accessoires de cette vis sans fin, servant à unir ce phare enfant-Dieu à sa mère machine. 5 nus."

Difficile, à la lecture de cette note, de ne pas associer cette "vis sans fin" à l'ombre du tire-bouchon. L'enfant-phare serait aussi "enfant-machine", machine constituée non seulement de la comète de losanges mais aussi de l'ombre du tire-bouchon et de celle de la roue. La pointe du tire-bouchon rejoint l'essieu de la roue, celle de la comète son périmètre extérieur dans l'angle du tableau. Leurs axes sont parallèles, ce ne peut être un hasard. Very Happy



servant à unir ce phare enfant-Dieu à sa mère machine. 5 nus
C'est effectivement par l'autre extrémité de l'ombre du tire-bouchon que se fait le lien avec la "machine mère": la main dont l'index pointe vers le chef des 5 nus. Very Happy


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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mar 21 Juin - 19:34

185

Entre les deux:
La route Jura-Paris

"La route Jura-Paris, devant être infinie seulement humainement, ne perdra rien de son caractère d'infinité en trouvant un terme d'un côté dans le chef des 5 nus, de l'autre dans l'enfant phare.
Graphiquement, cette route sera peu à peu tendra vers la ligne pure géométrique sans épaisseur (rencontre de 2 plans me semble le seul moyen pictural d'arriver à une pureté).
Mais à son commencement (en le chef des 5 nus) elle sera très finie en largeur, épaisseur,etc..., pour petit à petit, devenir sans forme topographique, en se rapprochant de cette droite idéale qui trouve son trou vers l'infini dans l'enfant-phare."




Duchamp précise que la route Jura-Paris trouve "un terme d'un côté dans le chef des 5 nus, de l'autre dans l'enfant phare". Il le répète même : elle a "son commencement (en le chef des 5 nus)" puis se rapproche "de cette droite idéale qui trouve son trou vers l'infini dans l'enfant-phare."
Si l'on admet les deux interprétations précédentes concernant la machine-mère et l'enfant-phare, on est nécessairement amené à considérer que la route Jura-Paris est figurée par la déchirure. Celle-ci commence effectivement dans le rectangle blanc et se termine en venant frôler le losange jaune.
Comment la "rencontre de deux plans" dans une surface pourrait-elle se traduire autrement que par une coupure ou une déchirure?




L'itinéraire de la route Jura-Paris reconstitué par Kieran Lyons
source http://www.tate.org.uk/research/publications/tate-papers/05/military-avoidance-marcel-duchamp-and-the-jura-paris-road#footnote43_mpn5i1l

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Sam 25 Juin - 19:58

186
Fin de la note 1:
"Peut-être à introduire dans le pendu femelle".

Est-ce un hasard si, dans la Boîte en valise, Tu m' vient se glisser aux côtés de la Voie Lactée chair et du Pendu femelle? Very Happy  



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Sam 25 Juin - 20:31

187
A la lumière des notes "Jura-Paris", Tu m' devient limpide, non? Smile
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Ven 1 Juil - 10:42

188
Pour mieux comprendre le fonctionnement de la "machine-mère", il me faut ajouter un point dont je n'ai pas encore parlé. C'est le livre de Gerstner qui a attiré mon attention sur lui car il est très peu visible sur les images de Tu m' dont je dispose, même sur le document de Yale University.

A partir de chacun des angles du Piston de courant d'air, Gerstner dessine 3 Stoppages, un noir, un rouge et un JAUNE



Or, sur le tableau, seuls le noir et le rouge sont visibles.



Même sur un document de très bonne qualité, ce 3ème Stoppage est presque invisible. Il est pourtant tracé, le voici pointé par des flèches jaunes:



On pourrait penser que la teinte utilisée par le peintre s'est mal conservée et s'est effacée avec le temps. Mais l'observation des Stoppages de la partie gauche du tableau montre que c'est bien volontaire: un stoppage noir, un rouge et un "transparent".



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Ven 1 Juil - 11:16

189

Ce point n'a l'air de rien, il permet pourtant de comprendre que la structure de la "machine mère" ne doit rien au hasard.

En retraçant en jaune, autant que faire se peut, les stoppages invisibles, on obtient ceci:



Où il apparait que chaque bande multicolore en perspective part précisément de chaque intersection entre deux stoppages.
(Gerstner en fait la remarque p17 de son ouvrage)



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Ven 1 Juil - 11:33

190

En revenant à l'image de la corde vibrante, on pourrait dire que chaque "noeud" entre deux "ventres" engendre une bande multicolore en perspective...



Les "ventres" de la "machine mère".... Haha sacré Duchamp! Very Happy
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Ven 1 Juil - 21:19

191

Il est étrange ce Stoppage invisible, quand même! Duchamp rend illisible la structure de la "machine mère", en la faisant paraître aléatoire alors qu'elle est très rigoureusement construite. Et en même temps, il donne la clef de lecture à gauche du tableau en nous disant: les 3 stoppages sont bien là, mais l'un d'entre eux n'est pas visible.
C'est tout Duchamp, ça. Il crée un jeu de piste impossible à suivre tout en semant quelques petits cailloux pour qu'on ne perde pas totalement sa trace....
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mar 5 Juil - 14:16



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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mer 6 Juil - 17:38

On sait maintenant d'où partent les bandes multicolores de la machine-mère, mais où finissent-elles?
Au premier regard, leurs extrémités, comme leur disposition, paraissent aléatoires. En fait, la plupart d'entre elles s'interrompent dès qu'elles atteignent l'une des ombres du porte-chapeau.







Il en résulte un effet surprenant: l'ombre du porte-chapeau est intégrée dans la structure de la machine-mère. Elle semble même flotter "entre deux eaux". Et une fois de plus l'espace perspectif se trouve contrarié puisque les extrémités "lointaines" des bandes multicolores se trouvent ainsi ramenées à la surface du tableau.

Ces bandes évoquent des antennes qui provoqueraient la vibration de l'ombre en entrant délicatement en contact avec elle.

De même que les ombres du tire-bouchon et de la roue font partie de l'enfant-phare, celles du porte-chapeau appartiennent à la machine-mère.
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Jean-Yves Amir
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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mer 6 Juil - 18:00

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Re: Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 5

Message  Jean-Yves Amir le Mer 6 Juil - 18:00

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