Conférence gesticulée : Frank Lepage

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Conférence gesticulée : Frank Lepage

Message  Ulice Amer le Lun 9 Jan - 3:02

[A Jean-Yves Amir, je suis désolée d'insister, mais je trouve ça vraiment génial !]

Difficile à classer ce cher Frank : art de la scène assurément, mais ni théâtre, ni danse. D'une certaine manière, de la performance, oui, une performance pédagogique, et quelque chose de l'ordre du spectacle tout de même. Frank Lepage dramatise dans ses conférences leur contenu (l'histoire politique française, de l'Education, de la naissance de la "Culture avec un grand Q", comme il dit, entendue comme objet politique et social construit, modelé et brandi par les institutions, "formidable démonstration politique" selon lui), et théâtralise sa démonstration (en utilisant par exemple de manière le fonctionnement du parapente sous tous ses aspects comme métaphore de la reproduction sociale et de l'inégalité des chances)... C'est pour la justesse du propos, et aussi pour l'effort de pédagogique et d'illustration, que je partage.

On pourrait définir la conférence gesticulée comme une prise de parole publique, politique et même militante, sous la forme d'un spectacle. Scop Le Pavé, l'ancienne coopérative qui a encadré et soutenu la démarche de Frank Lepage et des autres gesticulateurs, y voit une forme d'éducation populaire, une "éducation spectaculaire".

Forcément c'est un peu "sérieux", donc. Ce qui ne veut pas dire que ça n'a rien à voir avec un show d'humoriste. Simplement ici l'humour est caricature, ironie, parfois sarcasme. Il est amèrement grinçant et systématiquement critique.

Le parapente comme métaphore de l'inégalité des chances, filée tout au long de ses spectacles, très importante car la déconstruction des mythes de la méritocratie et de la démocratisation culturelle est motrice dans la prise de parole de Lepage.
Tout d'abord une explication assez détaillée de la manière dont fonctionne un parapente...



Puis vient, un peu plus loin, ce qui rapproche, en un geste, la physique de l'air et les dynamiques sociales... Explication de la métaphore, en une minute.



Cette métaphore intervient dès le premier spectacle ("Inculture 1") mais elle est aussi de nouveau abordée, en détail, dans les 15 premières minutes du deuxième spectacle, "Inculture 2".

Le coeur du premier spectacle (sous-titré "L'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu"), pourrait être le récit de cette rencontre avec Christiane Faure (qui avait été membre du ministère de l’Éducation nationale déléguée à l’Éducation populaire dans le gouvernement de la Libération), pour retracer l'évolution parallèle du ministère de la Culture d'une part, du projet d’Éducation populaire d'autre part (qui s'est noyé dans la création du ministère de la Jeunesse et des Sports...)
Le début de cette rencontre...



C'est très incomplet, évidemment, car il faut voir tout le spectacle, intégralement sur Youtube (pour ceux qui n'ont pas la chance d'avoir la dvd à la maison) !



"En France, quand vous dites "je suis dans la Culture", on comprend tout de suite que vous cultivez pas les poireaux."

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Re: Conférence gesticulée : Frank Lepage

Message  Jean-Yves Amir le Lun 9 Jan - 10:46

ça pince! ça grince!

écouter Frank Lepage produit comme une mousse de questions dans ma tête
qui mousse de plus en plus
et qui rince pas

alors il faut juste attendre que les petites bulles finissent d'éclater.... Very Happy
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Re: Conférence gesticulée : Frank Lepage

Message  Jean-Yves Amir le Lun 9 Jan - 11:04

L'art contemporain....

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Re: Conférence gesticulée : Frank Lepage

Message  Ulice Amer le Mar 10 Jan - 3:53


"Faire pipi par terre ne fait pas peur au MEDEF" hahaha c'est très bon !

Je voulais te laisser le soin de la dégotter et de la partager, celle sur l'art contemporain, t'en penses quoi ?

Ulice Amer

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Re: Conférence gesticulée : Frank Lepage

Message  Jean-Yves Amir le Mar 10 Jan - 15:56

Ulice Amer a écrit:
"Faire pipi par terre ne fait pas peur au MEDEF" hahaha c'est très bon !
Oui, c'est drôle. Mais le rôle de l'art est-il de faire peur au medef?  Question No


Je voulais te laisser le soin de la dégotter et de la partager, celle sur l'art contemporain, t'en penses quoi ?
A vrai dire, je suis très partagé.
D'un côté, je pense qu'il existe plein de dérives ridicules dans l'art contemporain, dans le petit monde de la culture, et dans le marché de l'art. C'est bien de les critiquer.
Mais de l'autre, la critique de Lepage est un peu facile: il mélange tout, y compris des trucs qui datent des années 1960-70, et qui eux mêmes se positionnaient de façon critique par rapport à l'art de cette époque. Par exemple les rayures de Buren : il a fait tellement d'autres choses, depuis, que ressasser ses rayures, ça commence à être usé, ça fait 50 ans quand même! Idem pour Viallat et Dezeuze: réduire Support Surface à des toiles sans chassis ou des chassis sans toile, c'est un peu court! Et les mettre dans le même sac que Wim Delvoye, c'est encore plus court!

C'est ce que je reprocherais à Lepage. La critique, oui, mais en se tenant la page et en la ciblant correctement!

Un autre truc me gêne, c'est ce qu'il dit sur le bac. Que le bac soit fait pour "éliminer 30% d'ouvriers", je ne le sens pas! En tant que prof qui prépare les élèves au bac depuis 20 ans, ça me fait bondir! affraid
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Re: Conférence gesticulée : Frank Lepage

Message  Ulice Amer le Mer 11 Jan - 0:31

Je ne crois pas que sa critique présuppose que l'art doive faire peur au MEDEF. Ce qu'il dit avant, c'est qu'il ne faut pas confondre transgression et subversion. Donc ce qu'il critique, c'est la prétention à la subversion (dans la revendication d'une sorte de liberté d'expression amorale et provocante), qu'il voit dans les initiatives type "faire pipi sur scène au théâtre" parce qu'il n'y voit qu'une subversion superficielle, de carton, une subversion qui n'engage rien et qui n'a rien de politique mais qui se brandit quand même comme quelque chose de subversif.

Après derrière cela, oui, reste la question de la dimension politique de tout art. Tu réagis immédiatement à l'allusion qui soumettrait l'art au politique, alors que moi, elle ne m'a pas choquée... C'est drôle...
Faire de l'art pour faire peur au MEDEF, non, mais se dire que l'art engage nécessairement des représentations (individuelles et collectives) du monde, et partant, s'inscrit dans le social et se place quelque part dans l'espace idéologique, oui. Mais peut-être que du point de vue de l'artiste, se dire cela n'a aucun intérêt ? Peut-être que cela dépend des arts aussi... (La littérature, c'est du langage et le langage, c'est un ensemble de structures de pensées...)

Par contre je veux bien te croire quand tu dis qu'il mélange beaucoup d'artistes très différents, qu'il cible pas toujours bien et qu'il fait des raccourcis sur l'art contemporain ; je connais trop mal pour juger moi-même mais de manière générale il fait beaucoup de raccourcis ("les riches et les pauvres", son expression bien-aimée, porte une représentation extrêmement simplifiée des logiques de classe, qu'il aime sans doute d'ailleurs pour sa simplicité...)...

Et enfin, sur le bac. Très très provocant et sans doute grossier de rendre le bac responsable de l'élimination des ouvriers des études supérieures, mais c'est pour mettre en lumière l'évincement des fils issus de catégories populaires à l'université (10% des étudiants à la fac (un peu plus dans les formations type IUT, 13%, mais 6% en classe prépa sont des fils d'ouvrier, alors que les ouvriers constituent 30% de la population). Comme c'est le bac qui symbolise cet accès, il choisit le bac comme figure forte de cette sélection... Et je pense qu'en disant le bac c'est l'intégralité du système éducatif français qu'il pointe du doigt !
Qu'est-ce qui te fait bondir exactement ?

D'ailleurs, la réussite au bac lui-même est tout à fait marquée socialement, comme en témoigne cette étude :
http://www.inegalites.fr/spip.php?page=article&id_article=272
C'est une facilité rhétorique, cette formule, mais ya du vrai...


En fait j'ai l'impression qu'il fonctionne par approximations / simplifications presque par souci de clarté. Un peu par allégories ou métonymies, quoi... Quand il dit le Bac, il faudrait comprendre "le système éducatif français tel qu'il est tout entier tourné vers la perspective du baccalauréat". Quand il dit les ouvriers, il faudrait penser plus largement "les catégories populaires". C'est très contestable si tu recherches l'honnêteté intellectuelle et la précision, c'est sûr... En attendant ça décape quand même.

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Re: Conférence gesticulée : Frank Lepage

Message  Jean-Yves Amir le Mer 11 Jan - 15:57

Ulice Amer a écrit:
En fait j'ai l'impression qu'il fonctionne par approximations / simplifications presque par souci de clarté. (...) C'est très contestable si tu recherches l'honnêteté intellectuelle et la précision, c'est sûr... En attendant ça décape quand même.
Oui, tu as raison. Il faut le prendre en bloc, sans gratter sur les détails.
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