Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  alain le Mer 29 Nov - 10:32

trubs a écrit:........, c'est le jeu de pied au centre du tableau. .......
ahah bien vu !!!!
j'arrive pas à trouver sur youtube le jeu de pîed de Fanny Ardant, sous la table , dans le film "Ridicule".....
J'espère que vous l'avez vu...

alain
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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  trubs le Mer 29 Nov - 19:02

Vu et revu. Je me servais du film pour illustrer en classe le fonctionnement de la monarchie sous l'ancien régime. Je reviens sur le regard de la femme nu. C'est quand même assez rare de voir un nu féminin regarder le spectateur, comme dans l'Olympia d'ailleurs.

trubs

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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  alain le Ven 1 Déc - 17:59

bon , 2 nouvelles
1 j'ai demandé à AlainB s'il voulait bien que je montre ici de ses propres boulot.
C'est quand même le point de départ de ce "sujet".
Et vous verrez/verriez qu'il a une approche très personnelle de l'autoportrait nu.

2 quant à moi j'ai continué, en roue libre, à voir ce qu'on pouvait faire de 4 personnages 3D nus ou pas.
Ci-dessous avec une Gopro


.


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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  alain le Ven 1 Déc - 17:59


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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  trubs le Ven 1 Déc - 21:01

Waou! Intéressantes ces ambiances avec le nu. Y a du Bacon et p't'être du Richard Corben, pourquoi pas!

trubs

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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  Jean-Yves Amir le Sam 2 Déc - 10:57

trubs a écrit:Il y a aussi pour moi dans ce tableau quelques chose du rêve. La scène est improbable, à la fois réaliste pour l'époque, et complètement surréaliste. Les personnages semblent juxtaposés, chacun existe indépendamment des autres, le poseur hébété, le beau parleur, la femme nue à l'érotisme diffus, la femme qui se baigne ou se lave (?). Le décor lui même est étrange. Il présente de multiples détails mais qui sont plus ou moins esquissés ou plus ou moins présent, qu'il faut deviner (comme la grenouille), comme les images fugaces d'un rêve. Bien sur le tableau n'est pas rentré dans les critères et les catégories artistiques de l'époque, c'est pas du nu ni de la peinture historique ni du paysage... ce qui l'a rendu d'emblée suspect mais en plus il suggère ou réveille  des images subliminales, des fantasmes inacceptables pour la société bourgeoise du 19e... et bien plus planant pour moi. Un tableau qui se ressent plus qu'il ne se comprend.
Et puis on a pas le droit de regarder les gens dans les yeux comme si de rien n'était quand on est une femme à poil! c'est indécent! Il y a un autre truc pas clair, c'est le jeu de pied au centre du tableau. Les corps ne se touchent pas mais ça se frôle de partout. Et le poseur hébété qui est à deux doigts de tomber sur la femme. On peut pas tenir dans cette position. Sur toutes les reconstitutions photographiques que j'ai regardées, le personnage se tient naturellement plus droit...

Je voudrais revenir sur tout ça.
Le Déjeuner de Manet est une image tellement connue, une "icône" comme on dit, qu'il faut bien se décaper la rétine pour parvenir à la regarder d'un oeil neuf.

Comme le dit Trubs, la scène a quelque chose d'étrange, mais en même temps elle est banale. C'est presque une "photo de famille", ou disons, une scène de pique nique entre copains qui vont bientôt former une famille (la future femme de Zola en arrière plan; le frère de Manet, futur époux de Berthe Morisot, copine du peintre; Ferdinand Leenhof, futur beau-frère du peintre).
Une photo de pique nique amico-familial comme tout le monde en a fait, et comme il en existait déjà sans-doute en 1863 (à vérifier)





Vous savez comment ça se passe : tout le monde est assis dans l'herbe à bavarder en picorant une tranche de saucisson, un bout de pain, etc et puis quelqu'un se lève, sort du groupe, pour immortaliser la scène en prenant une photo.
La plupart ne s'en aperçoivent pas et continuent de bavarder, mais il y a souvent quelqu'un qui a remarqué le photographe et le regarde droit dans les yeux... Et dans ce genre de scène - sauf à utiliser l'artifice du retardateur - il y a toujours un absent : celui qui s'est extrait du groupe pour prendre la photo.
Et puis il y a toujours aussi quelqu'un pour rappeler le photographe:
- Edouard, tu reprends une tranche de saucisson?
Ou bien:
- Edouard, tu viens te baigner?
- oui, attends, j'arrive...

Cela vous parle, ce que je raconte, non? J'en suis certain, tout le monde a vécu ça!

Sauf que Manet ne fait pas une photo mais un grand tableau, un tableau qui intègre le dispositif photographique. Je pense que c'est un des éléments qui ont profondément dérangé le public de l'époque.
Des peintures qui décortiquent le dispositif visuel et fonctionnent sur la présence / absence du peintre - et par conséquent du spectateur - cherchez dans votre mémoire, vous n'en trouverez pas beaucoup. Vous penserez, par exemple, aux Ménines de Vélazquez : ce n'est pas un hasard si Manet était un fan de Vélazquez.
(Pas un hasard non plus si Michel Foucaud a écrit une analyse (mémorable) des Ménines et fait une conférence (formidable) sur Manet)
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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  Jean-Yves Amir le Sam 2 Déc - 13:55

Jean-Yves Amir a écrit:
- Edouard, tu viens te baigner?
- oui, attends, j'arrive...

Et puis on a pas le droit de regarder les gens dans les yeux comme si de rien n'était quand on est une femme à poil! c'est indécent!

J'aime bien recourir à l'expérience personnelle pour analyser et comprendre les oeuvres. Alors sur cette question d'une femme nue en compagnie d'hommes habillés, je fais de même.
Pour ma part, je n'y vois aucune allusion à une quelconque prostitution comme il a été dit plus haut. J'y vois l'attitude la plus naturelle, celle qui consiste à se baigner nu, dans la nature, rivière ou lac... Cela se faisait beaucoup plus qu'on ne pourrait croire, en particulier dans les milieux populaires, ou à la campagne. Par exemple, j'imagine mal Courbet mettre un maillot pour aller nager dans la Loue!

En visitant le Rijksmuseum d'Amsterdam, l'an dernier, j'ai été frappé par ce tableau de Joris Van der Hagen qui date du milieu du 17ème siècle (1655-69). Il ne s'agit pas d'une scène mythologique mais bien d'une scène campagnarde quotidienne : des hommes se baignent nus dans une rivière de Hollande, tandis qu'un paysan fait paître ses vaches et ses moutons dans le pré à côté.





Et si les peintres réalistes du 19ème siècle abordent souvent ce sujet, c'est bien parce qu'il relève du quotidien:
Courbet évidemment (Trois baigneuses 1865-69))


Mais aussi Millet (autour de 1850)





Et Daumier (autour de 1850)





Ces oeuvres n'entrent évidemment pas dans les catégories de la peinture officielle du milieu du 19ème.

Le Déjeuner de Manet, en 1863, arrive comme un pavé dans la mare : ce sujet du bain nu au quotidien se trouve déplacé des milieux populaires au milieu bourgeois, ou disons "bohème" des artistes parisiens. Les tableaux de Millet ou Daumier passaient difficilement, mais là c'est carrément le tollé!




Dernière édition par Jean-Yves Amir le Sam 9 Déc - 17:07, édité 4 fois
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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  alain le Dim 3 Déc - 11:36

tu ré-ouvres à quelle heure, Jean-Yves ? j'ai 10 pages de brouillon en attente Smile

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Victorine Meurent

Message  Jean-Yves Amir le Sam 9 Déc - 16:36

Dans ce contexte, Victorine Meurent fait tache, car elle, c'est clair, elle vient du peuple et non d'un milieu bourgeois.

Elle gagne sa vie comme elle peut en se déshabillant pour les peintres, ça c'est pas bien! D'où l'amalgame avec la prostitution : femme de "mauvaise vie" disait-on... Manet ayant été pris lui-même dans un engrenage de scandales - qu'il ne voulait pas - son modèle favori en a un peu subi les conséquences.

Alors je pense que c'est bien de lui consacrer un peu d'attention et de souligner l'importance de sa contribution à bon nombre d'oeuvres du peintre.
Toutes ces femmes sont là comme le signe de l’aventure physique et spirituelle de Manet. C’est cela qui est, à mon avis, censuré, mal vu, parce que c’est admirablement intense et, en même temps, très composé. Manet est un très grand compositeur, et c’est pour cela qu’il a produit cet effet de profonde renaissance. Ses tableaux sont des énigmes. Ils sont disposés comme des pièces de théâtre ou comme des romans. Manet est un roman permanent, un roman de la spontanéité constante, mais c’est aussi quelqu’un qui faisait poser, qui avait une grande rigueur de travail, qui avait besoin de modèles, etc., pas n’importe lesquels. (....)

Victorine Meurent, mon Dieu, quelle histoire ! Il la rencontre, il la devine, il sait très bien discerner qui a l’énergie intense qu’il faut pour aller plus loin dans la peinture, Victorine en Olympia. Victorine dans Le Déjeuner sur l’herbe.

Victorine, plus tard, dans Le Chemin de fer. Elle a vieilli, elle a une fille ou bien elle est elle-même une petite fille, Nous avons donc un certain nombre de portraits d’elle.
Manet est un très grand portraitiste. Très grand portraitiste classique. Les autres sont pleins de génie parfois, comme Cézanne,... mais enfin, vous n’avez pas ce grand art du portrait... Monet, oui, mais vous n’avez pas de visages dans ses tableaux. Alors que chez Manet vous avez un nombre d’acteurs, d’actrices ! Ce n’est pas du paysage, ça ne se passe pas dans le fouillis de la nature, C’est quelqu’un mis dans une situation, toujours étrange, étonnante, surprenante. C’est pour ça qu’il est si mal compris. Oh, Victorine !

source: Sollers parlant des femmes peintes par Manet: http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article1168


Et bien sûr...


Qui étiez-vous, Victorine?
Etrangement, ce visage si célèbre de la peinture n'est pas clairement identifié en photo. Sur ce point, je renvoie à cet intéressant article de Maureen Gibbon auquel j'emprunte les photos ci-dessous https://parisredblog.com/2014/01/01/photos-of-victorine/

Photos probables de Victorine Meurent, mais sans certitude





Le tableau ci-dessus, Le Jour des Rameaux ou Dimanche des Rameaux, est unique dans la mesure où il s'agit de la seule peinture de mon artiste préférée. Il a été retrouvé en 2004 et appartient maintenant au musée municipal de Colombes, en banlieue parisienne. L'artiste qui a peint ce tableau dans les années 1880 est Victorine Meurent. "Victorine qui? ", je vous entends demander. Si vous ne connaissez pas ce nom en tant qu'artiste, vous avez peut-être entendu parler d'elle en tant que modèle d'artiste.

Victorine Meurent est née dans une famille ouvrière à Paris en 1844. On pense que son père travaillait comme graveur, patineur de bronze, et sa mère travaillait comme modiste. On sait peu de choses sur l'adolescence de Victorine, mais on sait qu'elle avait une aptitude musicale à jouer de divers instruments, tels que la guitare et le violon. On pense aussi qu'elle doit avoir montré un intérêt pour l'art car on pense qu'en 1860, à l'âge de seize ans, elle a travaillé comme modèle à l'atelier de Senlis du peintre d'histoire, Thomas Couture, et c'est là qu'elle probablement reçu sa première formation artistique.
Deux ans plus tard, en 1862, elle rencontre Édouard Manet. Un récit raconte leur rencontre à l'atelier de Couture, une autre version de la rencontre était que Manet la vit marcher dans une rue de Paris portant sa guitare. Quelles que fussent les circonstances de cette première rencontre, il y eut un rapport immédiat entre ces deux personnes très différentes. C'était une jeune fille peu sophistiquée, issue d'un milieu pauvre, qui vivait en tant que modèle d'artiste tout en luttant pour devenir une artiste à part entière. Édouard Manet, quant à lui, était de douze ans son aîné, un riche peintre d'origine aristocratique. Alors, que pouvaient s'offrir l'un à l'autre? Je suppose que c'est évident. Pour elle, Manet pourrait lui offrir un emploi comme modèle et lui offrir en même temps des cours de dessin. Pour lui, en tant que peintre, il était toujours à la recherche d'un beau modèle féminin et Victorine avec ses longs cheveux roux et indisciplinés était juste ce qu'il aimait. Elle était petite, légèrement trapue, ce qui l'amenait souvent à se faire surnommer la crevette. Elle n'était pas ce que l'on décrirait comme une beauté élégante, mais elle a touché Manet. C'était presque un mariage du paradis et elle allait devenir, pour les dix années suivantes, le modèle favori de Manet (...)

Comme Le Déjeuner sur l'herbe choquait le public et causait tant de remous, on aurait pu penser que Manet, avec son modèle, Victorine Meurent, allait adoucir son prochain travail. Loin d'en atténuer le sujet, il choqua encore plus le public avec son œuvre suivante qu'il acheva en 1863 et qui s'appelait Olympia.(...)

Si nous nous rappelons Le Déjeuner sur l'herbe, nous devons admettre qu'il n'y avait aucune indication d'activité sexuelle ayant eu lieu lors du pique-nique. La fureur a été causée par une femme nue représentée à côté de deux messieurs vêtus et si nous, les spectateurs, voulions accepter une connotation sexuelle à la représentation alors c'était plus de ce qui était dans notre esprit et non ce qui était représenté sur la toile. Cependant Olympia est allé un peu plus loin en représentant la dame, modélisée par Victorine, comme une courtisane en attente de son prochain client. Les couvertures sur lesquelles elle se repose sont encore froissées à cause de sa précédente relation sexuelle. Sa servante noire vient de lui apporter des fleurs auprès de son prochain client impatient, mais la courtisane les ignore et ne fait que nous regarder, signe que les fleurs ne signifiaient rien pour elle et que c'était simplement une affaire de business. On peut imaginer comment les visiteurs de l'exposition se sentaient quand ils ont vu ce travail. On croit que cette représentation d'un nu féminin par Manet était la première fois qu'un artiste avait représenté une femme nue.


Victorine est restée et a travaillé à Paris, mais les temps sont devenus plus difficiles pour elle et il ne fait aucun doute qu'elle souffrait de difficultés financières. En désespoir de cause, il est dit qu'en août 1883, cinq mois après la mort de Manet, elle a approché la veuve de Manet pour l'aide financière. Elle a dit à Mme Manet que son défunt mari, Édouard, avait promis de lui fournir de l'argent s'il réussissait à vendre les peintures pour lesquelles elle avait posé. À l'époque, Victorine avait décliné l'offre de Manet mais lui avait dit qu'elle le lui rappellerait une fois sa carrière de mannequin d'artiste terminée. Son appel à l'argent à la veuve de Manet tomba sur un sol stérile et Victorine ne fut jamais récompensée. Selon le biographe d'Édouard Manet, Adolphe Tabarant, Victorine, dans les années 1890, passait beaucoup de temps à Montmartre à boire beaucoup et à raconter des histoires à Manet et à elle à qui voulait l'entendre et lui offrir un verre. Il semblerait que les choses se soient quelque peu améliorées pour Victorine en 1893, car il est enregistré qu'elle exposait de nouveau ses œuvres, cette fois au Palais de l'Industrie.
En 1903, à 59 ans, elle devient membre de la Société des Artistes Français. Trois ans plus tard, elle quitte le centre de Paris et s'installe dans la banlieue nord de Colombes où elle vit avec une amie, Marie Dufour. Les registres de recensement locaux montrent que Marie Dufour a travaillé à des moments différents en tant que secrétaire et professeur de piano et que Victorine figurait sur la liste des artistes. Meurent mourut le 17 mars 1927 à l'âge de 83 ans. Après la mort de Marie Dufour, en 1930, le contenu de la maison fut liquidé;














Source The Morgan Library (New York) http://www.themorgan.org/search/site/victorine%20meurent


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Re: Manet Edouard, "Le déjeuner sur l'herbe"

Message  Jean-Yves Amir le Sam 9 Déc - 16:36

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