Ernest (Pignon-Ernest)

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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  alainD le Lun 6 Juin - 17:13

oui très très beau ce qui précède, Jean-Yves..
je viens pourtant pour une commande officielle.
C'est dans l'actualité et comme on le sait j'ai le tort (??) de dégainer plus vite que mon ombre:





reedit!!!

.. a écrit:Invité de Radio Classique ce mardi 7 juin, le député PS frondeur a regretté la manœuvre du ministre de l’Economie.
Pour lui, il s’agissait bel et bien d’une provocation volontaire
que de se pointer dans cette commune communiste
pour la commémoration du Front populaire, s'y sachant attendu.
Il dénonce ainsi une confrontation "délibérée" :

"""J’ai été ministre, il y a des cabinets ministériels. Les cabinets, quand on se déplace, ils savent parfaitement la situation que l’on va trouver. Donc aller pour le lancement d’un timbre sur le Front populaire à Montreuil, on est à peu près certain qu’on aura une manifestation. Il y a des choix de confrontation qui sont délibérés.""

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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  alainD le Dim 26 Juin - 12:05

je sais pas ce qu'ils ont à Artpress, après 40 ans à avoir quasi boycotté Ernest, mais là, numéro de juin il y a une longue bonne interview faite par le patron, Henric.
voici la fin:

( plus que drôle et faux-cul quand il dit "certains t'ignorent" )

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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  Jean-Yves Amir le Dim 26 Juin - 19:25

A l'occasion de sa rétrospective au MAMAC de Nice, Antoine Perraud a écrit un bel article sur Pignon Ernest.
Il est entrelardé d'images, et surtout d'un interview en plusieurs parties que je ne peux reproduire ici.
(Médiapart ne m'en voudra pas, je l'espère, d'avoir ainsi pompé son article, nous oeuvrons pour la bonne cause  Very Happy )

Pignon-Ernest: la mémoire et l'éphémère
24 juin 2016 | Par Antoine Perraud
Pionnier de l'art urbain en France, interventionniste esthétique et politique, Ernest Pignon-Ernest se voit célébré par une rétrospective niçoise. Rencontre avec un sacré activiste, pas près de se laisser embaumer…

Nice (Alpes-Maritimes), envoyé spécial.-
Il faut imaginer, en 1962, l’elfe de 20 ans, pas plus haut que trois pommes à genoux, libéré – pour cause d’indépendance – de ses obligations militaires en Algérie. Le voilà parti sans le sou en Italie, où il dessine à la craie, à même les trottoirs de Rome ou de Florence, des œuvres de Michel-Ange et Raphaël pour survivre dans la péninsule grâce à l’aumône des passants. Ce fils d’un employé des abattoirs et d’une coiffeuse établis à Nice avait découvert l’art à 12 ans, c’était en 1954, en ouvrant un numéro de Paris Match : Picasso ! Nec plus ultra.

Ernest Pignon ne pouvait que sortir du cadre. Il nicherait ses créations dans la nature et dans les cités. L’occasion fait le larron en 1966. Tout juste installé dans un ancien bistrot du Vaucluse transformé en atelier pour y déployer à cœur ouvert ses traits sur des formats immenses, il découvre, sur le plateau d’Albion, nichée sous la lavande, la mort en instance : les missiles Titan, gloire de la dissuasion nucléaire française, qui, dans leur silo, n’attendent que la pression de l’index présidentiel pour semer la désolation atomique. Ernest Pignon ne fait ni une ni deux : ses représailles artistiques auront lieu in situ.

Pour la coller sur la roche du paysage, les pans des maisons, ou le macadam des routes qui mènent au plateau d’Albion, il reproduit au pochoir une photographie de la catastrophe d’Hiroshima : la silhouette calcinée d’un passant comme pyrogravée sur un mur par le feu nucléaire, le 6 août 1945. L’artiste de 24 ans retrouve alors, sans le savoir, le mythe de la fille d’un potier corinthien traçant sur une paroi l’ombre de son amant histoire de n’en jamais perdre le souvenir – c’est ce que rapporte Pline l’Ancien, situant l’origine du dessin dans un tel geste. Une dimension sacrée, révélée par une approche des lieux – avec leur potentiel dramatique – et des gens – souvent ressuscités dans une perspective charnelle nimbée de sensualité : voilà ce qu'inaugure ainsi l'artiste. Il ne cessera de le proclamer : « L'important n'est pas l'œuvre, mais la démarche. »

Ernest Pignon a trouvé sa vocation de rebelle chargé de la vengeance des peuples, avec ses interventions radicales sur les murs de nos villes. Muni d'une échelle, seul ou accompagné de quelques complices – dont Yvette Ollier, sa compagne rencontrée en 1959 –, il allait tapisser, cinq décennies durant, notre imaginaire collectif. Sa figuration de Rimbaud, en adolescent lunaire et renfrogné post-soixante-huitard (c’était en 1978), deviendra une icône de l’art urbain (street art). Et nombreux, parmi nous, ont à l’esprit cette trace et ce tracé, aperçus en couverture d’un livre ou d’un magazine. Sans pour autant connaître Ernest Pignon, devenu Ernest Pignon-Ernest.

Le redoublement ironique de son prénom claque comme un défi. Communiste insoumis, il subissait en effet l'hostilité venimeuse d’un couple de la vieille garde du PCF : la journaliste de L’Humanité Hélène Parmelin (1915-1998) et son époux le peintre Édouard Pignon (1905-1993). À ne pas confondre…

À ne pas récupérer, non plus. La bourgeoisie française, capable de tout en la matière, offre au franc-tireur et partisan du collage sauvage le péristyle du Panthéon. À l'occasion du transfert, au sein de ce temple républicain, de quatre résistant(e)s : Geneviève Anthonioz-de Gaulle, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay. Ernest Pignon-Ernest honore cette commande de l’État en 2015.

Et voici que l’été 2016 commence avec une rétrospective organisée, à Nice, ville natale de l’artiste, par le musée d’Art moderne et d’Art contemporain : le Mamac. Voilà un nom qui n’eût pas déplu à Jean Genet, auquel Ernest Pignon-Ernest a rendu un hommage oscillant entre le liturgique et la castagne. C’était en 2006 et les docks de Brest s’ornaient d’une forme de crucifixion érotique. Une fois de plus, notre plasticien sanctifiait le profane et violait le vénérable, marginalisait le centre et rendait centrale l’exclusion, fictionnalisait le réel tout en réalisant le songe. Il imposait le corps défendu à son corps défendant. Il offrait, à la ville et au monde, l’ombre portée par porteur : lui-même en Charron faisant retraverser le Styx à tant de spectres remis sous nos yeux.

La Commune de Paris, escaliers du métro Charonne, 1971 La Commune de Paris, escaliers du métro Charonne, 1971
Ils ne sont pas morts pour rien, les martyrs de la Commune ! Voilà ce que Pignon-Ernest voulait que se fourrât dans le crâne la bourgeoisie parisienne, héritière des Versaillais du foutriquet Adolphe Thiers, en 1971. Pour le centenaire de la Semaine sanglante, les macchabées trucidés par les forces de la réaction envahirent alors, pauvres corps suppliciés, la capitale : de la Butte-aux-Cailles au Père-Lachaise en passant par les quais de Seine – où les “paponnades” du 17 octobre 1961 avaient trucidé d'autres êtres humains. Ces cadavres en série épousaient même les marches du Sacré-Cœur ou du métro Charonne. Pensez-y en les piétinant ! Répression un jour, répression toujours. Si ce n’est toi, sérigraphie… En 1971, des gisants de 130 x 250 sont entrés dans Paris, Pompidou régnant.

Serait-il possible alors que, trente-cinq ans plus tard, un Estrosi pût récupérer ce chantre de l’art à ciel ouvert, dans sa bonne ville de Nice ? Mediapart, pour recueillir la réponse, se rend au Mamac, alors que les derniers préparatifs battent leur plein avant le vernissage du 24 juin. Les équipes s’activent pour restaurer, accrocher, éclairer 420 œuvres, ou plutôt traces d’œuvres (photographies, dessins préparatoires…), qui rendent compte des interventions subversives, en France et ailleurs, d’un humaniste engagé face à l’injustice et à la brutalité. Un homme parmi les hommes, qui semble toujours prêt à grimper sur son échelle pour coller généreusement contre la connerie. Un elfe hyperactif de bientôt 74 ans, à la démarche dansante, que Mediapart est parvenu à faire asseoir cinq minutes sur un banc, dans l’une des salles qui lui sont consacrées…

Le plasticien aux semelles de vent

S'il regorge de projets – Haïti, guidé par les écrits de Lyonel Trouillot ; le camp de Terezin, où mourut Robert Desnos le 8 juin 1945 –, Ernest Pignon-Ernest se laisse appréhender à partir d'une œuvre constituée, marquée par des effigies emblématiques ressuscitées (Rosa Luxembourg, Maïakovski, Pablo Neruda, Maurice Audin, Mahmoud Darwich…), ainsi que par des causes communes qu'il est parfois un peu seul à défendre et illustrer (immigrés, prisonniers, expulsés, victimes des accidents du travail…).

La portion la plus heureuse de son travail a été menée en Italie, écrin rêvé de ses quêtes artistiques et politiques. En Toscane, les habitants se prirent au jeu des personnages-fétiches que le peintre accrochait au mur des maisons – « Mets-moi des femmes à mon balcon », suppliait tel galant du cru, tout en montrant la demeure d'une voisine : « Installe-lui autant d'hommes que tu pourras ! »

Et c'est à Naples qu'Ernest Pignon-Ernest a trouvé son biotope. La symbiose entre la ville et ses collages était totale. Une étude a montré que 80 % des habitants se souvenaient d'œuvres pourtant amenées à disparaître, mais qui étaient restées aussi longtemps que le permirent la météo, la pollution et de rares lacérations. Venant et revenant au pied du Vésuve de 1988 à 1995, le plasticien aux semelles de vent eut même l'occasion de se livrer à un jeu de miroir vertigineux. Une vieille dame, toujours assise à côté d'une de ses installation, vint à mourir. Alors l'artiste la dessina, puis exposa une telle représentation exactement là où se plaçait la disparue, qui devint alors pour le quartier l'objet d'un culte, son effigie ayant été, naturellement, transformée en sanctuaire…

Hélas ! les salles « italiennes » de la rétrospective du Mamac de Nice s'avèrent dans un désordre bruyant peu propice aux explications du créateur. La visite guidée est écourtée. Nous ne pouvons filmer Ernest Pignon-Ernest nous expliquant l'un de ses collages les plus rocambolesques, voué à Pasolini. Tout est parti du film Accattone (1961), au début duquel Franco Citti se lance du pont Saint-Ange à Rome. L'image a durablement marqué le plasticien, en raison des anges du Bernin qui encadrent un tel plongeon. Sur l'appui du pont, en souvenir de la scène, Ernest Pignon s'était fixé comme tâche de disposer sa représentation du cinéaste portant sa propre dépouille.

Il a effectué quatre ou cinq repérages. L'endroit était impossible à atteindre, sauf en passant par le Tibre. Avec sa compagne, il a finalement acheté un canoë pneumatique, puis organisé une expédition au creux de la nuit romaine dans l'espoir d'échapper aux carabinieri – le Vatican est en face et on ne badine pas avec la sécurité. Il a fallu gonfler le canoë, traverser avec un seau plein de colle, accoster dans les pires difficultés, en un endroit tellement inaccessible que seule une crue du fleuve eut un jour raison de l'affichage sauvage…

Dans la ruche de cette section consacrée aux années italiennes, deux jeunes restauratrices, après s'être affairées sur une fresque d'Ernest Pignon-Ernest, osent aborder le maître. Elles l'ont étudié comme une référence parmi tant d'augustes repères au cours de leur formation. Et le voici qui passe et virevolte : vivant comme tout ; simple comme bonjour. Une conversation s'engage, avant que le plasticien ne reprenne le fil de ses explications pour Mediapart à travers les dédales de sa rétrospective.

Celle-ci commence par une sorte de « message personnel », comme on disait à Radio Londres. Christian Estrosi, en inaugurant l'exposition, connaîtra une espèce de Canossa symbolique, lui qui fut l'adjoint aux sports d'un des personnages politiques les plus néfastes de la Ve République, précurseur de la corruption et de l'abaissement clientéliste actuels, jadis soutien du régime raciste sud-africain : Jacques Médecin, maire de Nice de 1965 à 1990…

©️ Mediapart



Dernière édition par Jean-Yves Amir le Jeu 13 Sep - 16:45, édité 1 fois
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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  alainD le Dim 26 Juin - 20:01

ah ! oui bonne cause! merci!!

mais c'est chiant de lire sur l'ordi..
tu imprimes tout , toi , Jean-Yves ??
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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  alainD le Dim 26 Juin - 20:03

ps dans ArtPress Ernest rebat les cartes des dénominations "street art" ect devant ceux qui viennent le courtiser après 40 ans de boycott, c'est très drôle
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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  alainD le Dim 26 Juin - 20:45

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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  Jean-Yves Amir le Jeu 13 Sep - 17:07

Ce 13 septembre 2018 est le bon jour, je crois pour ajouter ceci
PIGNON ERNEST / 2003 / MAURICE AUDIN / ALGER







"Comment en êtes-vous arrivé à Maurice Audin ?

Ernest Pignon-Ernest. Dès que j'ai réfléchi au thème que je pourrais traiter à propos de l'Algérie m'est apparu évident que je n'étais pas en situation d'évoquer les drames qui traversent l'Algérie d'aujourd'hui. Nous sommes mal placés pour donner des leçons, même si ces difficultés ne sont pas toutes des séquelles du colonialisme. Très vite, il m'est apparu que je devais faire quelque chose, bien sûr lié à l'Algérie, mais qui pose question à la France d'abord. Si, comme je le souhaite, nous voulons renouer avec le peuple algérien, apaiser nos relations, les enrichir, cela ne pourra pas se faire sur le silence ou le mensonge. Il faudra obtenir que la vérité soit dite sur ce qu'a été réellement cette guerre. Dans sa singularité tragique, Maurice Audin incarne une exigence de vérité. Martyrisé, disparu, victime d'un crime toujours non reconnu, non avoué, il nous dit que l'on n'en a toujours pas fini avec " ça ". Avant de me lancer dans ce travail, j'ai rencontré Josette Audin. Sans son assentiment, je ne l'aurais pas fait. Même les silences de Josette Audin disent la violence conjuguée du crime, de la lâcheté et du mensonge qui persiste. Bien sûr, il n'est pas question de faire là de Maurice Audin un martyr à privilégier, parce qu'Européen, de la guerre d'Algérie, mais son martyre a
symbolisé et symbolise encore les dérives, les monstruosités de la guerre coloniale et le courage, la dignité, les sacrifices de ceux qui se sont élevés contre cette guerre déshonorante pour notre pays. Tant que son corps n'aura pas été retrouvé, tant que la vérité n'aura pas été dite, son histoire reste à l'ordre du jour, exigeante, aiguë, vivante"

Entretien réalisé par Mina Kaci Lundi, 19 Mai, 2003
Lire la suite ici https://www.humanite.fr/node/285072
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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  alain le Jeu 13 Sep - 17:32

ah! oui ! Très bien!
Il y a plein d'interviews de Villani aujourd'hui.
J'ai survolé et à un moment il dit qu'il y a une place Audin à Alger.
J'ai sauté sur Street View comme je fais souvent,
mais il n'y a pas de Street View à Alger , comme dans l'est de l'Allemagne ou en Iran..
Mais il y a des panoramiques..
( ps :
ça me fait penser que revenant à Prague après 30 ans ,
j'avais trouvé une place Jan Palach sur leur "Champs Elysées"

L'Histoire est un os de poulet dans le gosier . La cartographie aussi)


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Re: Ernest (Pignon-Ernest)

Message  alain le Jeu 13 Sep - 17:49

bon, c'est digne, je l'archive


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