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Message  Jean-Yves Amir Ven 28 Mai 2021 - 17:19

Quand je ne sais pas par où commencer, je commence quand même. Cela nous mènera bien quelque part...


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Message  Jean-Yves Amir Ven 28 Mai 2021 - 17:30

MOTHERWELL 1948 49 AT FIVE IN THE AFTERNOON
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MOTHERWELL 1949 AT FIVE IN THE AFTERNOON
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MOTHERWELL 1948 49 GRANADA
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MOTHERWELL 1949 50 MALAGA
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MOTHERWELL 1951 ANDUJAR (ESPAGNA)
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother39






MOTHERWELL 1952 CASTILE (ESPAGNA)
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 4_moth10




MOTHERWELL 1953  ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°15
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MOTHERWELL 1953  ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°17
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MOTHERWELL 1953  ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°30
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 30_mot10





MOTHERWELL 1953 54 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°34
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 34_mot10



Le peintre devant son Elégie n°34
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Tumblr10






MOTHERWELL 1954 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°35
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 35_mot10





MOTHERWELL 1958 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°50
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MOTHERWELL 1957 61 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°54
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 54_mot10


Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 54_mot11


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Message  Jean-Yves Amir Ven 28 Mai 2021 - 17:38


MOTHERWELL 1955 60 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°55
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MOTHERWELL 1957 61 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°57
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 57_mot10

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 57_mot10




MOTHERWELL 1957 61 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°58
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 58_mot10







MOTHERWELL 1958  ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother14




MOTHERWELL 1958 61  ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother11




MOTHERWELL 1959 SPANISH ELEGY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother15





MOTHERWELL 1960 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°60
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MOTHERWELL 1960 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°61
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 61_mot10





MOTHERWELL 1961 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°70
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 70_mot10





MOTHERWELL 1961 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°71
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 71_mot10





MOTHERWELL 1962 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°78
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 78_mot10




MOTHERWELL 1962 ELEGY WITH SPRUNG RYTHM
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother10


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Message  Jean-Yves Amir Ven 28 Mai 2021 - 17:51


MOTHERWELL 1962 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother16








MOTHERWELL 1962 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°79
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 79_mot10







MOTHERWELL 1963 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°84
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 84_mot10





MOTHERWELL 1963 75 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°100
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 100_mo10


Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 100_mo11




MOTHERWELL 1965 THREATENING PRESENCE, ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°103
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 103_mo11


Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 103_mo10





MOTHERWELL 1965 67 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°108
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 108_mo10






MOTHERWELL 1966 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°108 (The Barcelona Elegy)
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 108_mo11



Et oui, curieusement, deux Elégies portent le numéro 108, celle du Moma de New-York et celle de Barcelone. J'ignore pourquoi.


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Message  Jean-Yves Amir Ven 28 Mai 2021 - 18:50

MOTHERWELL 1967 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother17





MOTHERWELL 1967 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC (THE BASQUE ELEGY)
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother27








MOTHERWELL 1968 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°110C
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother26










MOTHERWELL 1970 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°?
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother11





MOTHERWELL 1971 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC (with lemon yellow panel) N°?
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother10






MOTHERWELL 1971 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°110
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 110_mo10






MOTHERWELL 1972 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°116
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 116_mo10






MOTHERWELL 1972 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°122
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 122_mo10






MOTHERWELL 1972 73 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°126
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 126_mo10




Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 126_mo11






MOTHERWELL 1975 ELEGY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother18


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Message  Jean-Yves Amir Ven 28 Mai 2021 - 19:35

MOTHERWELL 1974 75 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°129
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 129_mo10






MOTHERWELL 1974 75 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°130
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 130_mo10





MOTHERWELL 1974 75 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°131
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 131_mo10





MOTHERWELL 1974 75 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°132
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 132_mo10






MOTHERWELL 1974 75 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°133
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 133_mo10






MOTHERWELL 1974 75 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°134
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 134_mo10





MOTHERWELL 1976 79 ELEGY STUDY N°13
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother12








MOTHERWELL 1977 SPANISH ELEGY WITH MARINE BLUE
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother13






MOTHERWELL 1978 RECONCILIATION ELEGY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother12



Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother13


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Message  Jean-Yves Amir Ven 28 Mai 2021 - 19:40

MOTHERWELL 1979 82 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°163
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 163_mo10



MOTHERWELL 1983 85 ELEGY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother19




MOTHERWELL 1983 ELEGY BLACK BLACK
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother14









MOTHERWELL 1983 RUNNING ELEGY, YELLOW STATE
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother20






MOTHERWELL 1985 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°167
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 167_mo10





MOTHERWELL 1987 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°169
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 169_mo10




MOTHERWELL 1989 ELEGY STUDY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother22





MOTHERWELL 1989 90 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°171
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 171_mo10





MOTHERWELL 1990 ELEGY WITH BLACK BAR
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother21






MOTHERWELL 1990 ELEGY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother17









MOTHERWELL 1989 90 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°172
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 172_mo10







MOTHERWELL 1989 90 ELEGY TO THE SPANISH REPUBLIC N°173
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother23





MOTHERWELL 1991 ELEGY BLACK BOOK
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother16





MOTHERWELL 1991 BURNING ELEGY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother46


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Message  Jean-Yves Amir Dim 6 Juin 2021 - 17:39

Il y a quelque chose d'entêtant, d'obsédant, dans cette série de tableaux, et ce ne sont là qu'une soixantaine parmi les deux cents "Elégies à la République espagnole" peintes par Motherwell de 1948 à sa mort en 1991.

Ne disposant pas du catalogue de ses oeuvres, je ne prétends pas à l'exactitude dans les dates ni la numérotation, je n'ai fait que collecter celles qu'ont peut trouver sur le net.


Leurs dimensions sont très variables, des plus petites comme l'Elégie n°50 de 1958 qui fait 27cm de côté, à la plus grande, celle dite de la "Réconciliation" de 1978 qui mesure plus de 9m de long.

La video qui suit permet de se rendre compte des ces variations de format.

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Message  Jean-Yves Amir Jeu 17 Juin 2021 - 11:34

Revenons maintenant au début de cette gigantesque série. La toute première Elégie est un petit dessin à l'encre qui, outre le motif des formes et barres noires, comporte trois lignes écrites de la main de Motherwell.

MOTHERWELL 1948 ELEGIE A LA REPUBLIQUE ESPAGNOLE N°1
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 1_moth10

Ces vers proviennent d'un poème d'Harold Rosenberg, The Bird for Every Bird, écrit en 1947 en mémoire de la guerre d'Espagne.

"The Bird for Every Bird"

 I said to him: Why do you delay?
He said: Because of what you desire.
And I: You command my desires...
So sweetly the argument went on from year to year.

Meanwhile it was raining blood and rage.
The two Marquis, the white and the black
Were crying like gulls out of my throat—
My throat uncaring as the summer sky—

All to avenge themselves upon the dust.
Leopards drowsed on the diving boards.
I knew who had sent them in those green cases.
Who doesn’t lose his mind will receive like me

That wire in my neck up to the ear.


Ce qui pourrait se traduire en français par

"L'oiseau de tous les oiseaux"

     Je lui ai dit: pourquoi tardez-vous?
     Il a dit: à cause de ce que vous désirez.
     Et moi: Vous commandez mes désirs ...
Ainsi, doucement, la dicussion se poursuivit d'année en année.

Pendant ce temps, il pleuvait du sang et de la rage.
     Les deux marquis, le blanc et le noir
     Pleuraient comme des mouettes hors de ma gorge -
     Ma gorge indifférente comme le ciel d'été -

Tous pour se venger dans la poussière.
     Les léopards somnolaient sur les plongeoirs.
     Je savais qui les avait envoyés dans ces caisses vertes.
     Celui qui ne perd pas la tête recevra comme moi

Ce fil de fer dans mon cou jusqu'à l'oreille.





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Message  Jean-Yves Amir Jeu 17 Juin 2021 - 18:58

L'augmentation du contraste de ce dessin, révèle des retouches et des masquages:

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 1_moth11


- La barre noire verticale décentrée sur la gauche a été modifiée à plusieurs reprises, elle avait d'abord la forme d'un quatrième grand ovale.

- Le rectangle noire en haut au dessus du texte masque une série de V, barrés par des lignes horizontales.

- Des traces blanches à gauche et à droite, visibles sur le dessin original, semblent marquer un axe central horizontal.

- Le petit rectangle en haut à droite du dessin biffe le nom d'Harold Rosenberg.


Etonnament, ce détail qui ne semble être au départ qu'une rature sera repris par Motherwell, de façon plus ou moins résiduelle, dans un grand nombre d'Elégies comme un élément thématique à part entière.

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 1_moth12

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother28

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother32

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother19

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother33

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother34

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother35

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother36

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother37


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Message  Jean-Yves Amir Jeu 17 Juin 2021 - 19:27

Les toutes premières élégies s'intitulent "At five in the afternoon".

"A las cinco de la tarde"

"A cinq heures du soir"

MOTHERWELL 1949 AT FIVE IN THE AFTERNOON
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". 3_moth11


Ce titre révèle une deuxième source poético littéraire, un poème de Fédérico Garcia Lorca, écrit en 1934 : "Llanto por Ignacio Sánchez Mejías"

(Lorca a été fusillé deux ans plus tard en août 1936 par les troupes franquistes)


I. La cogida y la muerte



    A las cinco de la tarde.

Eran las cinco en punto de la tarde.

Un niño trajo la blanca sábana

    a las cinco de la tarde.

Una espuerta de cal ya prevenida

    a las cinco de la tarde.

Lo demás era muerte y sólo muerte

     a las cinco de la tarde.



El viento se llevó los algodones

    a las cinco de la tarde.

Y el óxido sembró cristal y níquel

    a las cinco de la tarde.

Ya luchan la paloma y el leopardo

    a las cinco de la tarde.

Y un muslo con un asta desolada

    a las cinco de la tarde.

Comenzaron los sones del bordón

    a las cinco de la tarde.

Las campanas de arsénico y el humo

    a las cinco de la tarde.



En las esquinas grupos de silencio

    a las cinco de la tarde.

¡Y el toro, solo corazón arriba!

    a las cinco de la tarde.

Cuando el sudor de nieve fue llegando

    a las cinco de la tarde,

cuando la plaza se cubrió de yodo

    a las cinco de la tarde,

la muerte puso huevos en la herida

    a las cinco de la tarde.

    A las cinco de la tarde.

A las cinco en punto de la tarde.



Un ataúd con ruedas es la cama

    a las cinco de la tarde.

Huesos y flautas suenan en su oído

    a las cinco de la tarde.

El toro ya mugía por su frente

    a las cinco de la tarde.

El cuarto se irisaba de agonía

   a las cinco de la tarde.

A lo lejos ya viene la gangrena

   a las cinco de la tarde.

Trompa de lirio por las verdes ingles

    a las cinco de la tarde.

Las heridas quemaban como soles

    a las cinco de la tarde,

y el gentío rompía las ventanas

    a las cinco de la tarde.

    A las cinco de la tarde.





¡Ay qué terribles cinco de la tarde!

¡Eran las cinco en todos los relojes!

¡Eran las cinco en sombra de la tarde!




I. Le coup de corne et la mort



    A cinq heures du soir

C’était juste cinq heures du soir.

Un enfant porta le drap blanc

    à cinq heures du soir.

Un panier de chaux déjà préparé

    à cinq heures du soir.

Tout le reste était mort et rien que mort      

    à cinq heures du soir



Le vent fit voler les flocons d’ouate

    à cinq heures du soir.

l'oxyde sema cristal et nickel

    à cinq heures du soir.

Une cuisse avec une corne désolée

    à cinq heures du soir.

Les cloches d'arsenic et de fumée

    à cinq heures du soir

Commencèrent leurs sons de faux-bourdon

    à cinq heures du soir





Aux coins des rues, des groupes de silence

    à cinq heures du soir.

Et le taureau, seul coeur debout!

    à cinq heures du soir.

Voici que la sueur de neige arrive

    à cinq heures du soir,

quand l'arène se couvrit d'iode

    à cinq heures du soir.

la mort plaça des oeufs dans la blessure

    à cinq heures du soir.

    A cinq heures du soir.

C’était juste cinq heures du soir.



Un cercueil à roues est son lit

    à cinq heures du soir.

Des flûtes et des os bruissent à son oreille

    à cinq heures du soir.

Le taureau déjà mugit vers son front

    à cinq heures du soir

Au loin déjà vient la gangrène

    à cinq heures du soir.

Trompe de lis dans l'aîne verte

    à cinq heures du soir.

Comme des soleils brûlaient les blessures

    à cinq heures du soir,

La foule brisait les fenêtres

    à cinq heures du soir.

    A cinq heures du soir.



Ah ! quelles terribles cinq heures du soir!

C’était cinq heures à toutes les horloges.

C’était cinq heures dans l'ombre du soir!



L'intégralité du texte ici http://www.barapoemes.net/archives/2015/12/19/33089624.html


Dernière édition par Jean-Yves Amir le Sam 19 Juin 2021 - 21:08, édité 2 fois
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Message  Jean-Yves Amir Ven 18 Juin 2021 - 11:47

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Captur56
(...)
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Captur58

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Captur57



Source: Robert Motherwell
Un art empreint de sensibilité
Helen Duffy (1984)
https://www.erudit.org/fr/revues/va/1984-v28-n114-va1170291/54283ac.pdf
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Message  Jean-Yves Amir Sam 19 Juin 2021 - 21:24

La forme / la répétition
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Dernière édition par Jean-Yves Amir le Lun 21 Juin 2021 - 18:38, édité 1 fois
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Message  Jean-Yves Amir Sam 19 Juin 2021 - 21:40

Une étude d' ELISABET GOULA SARDÀ de l'Université POMPEU FABRA de Barcelone éclaire remarquablement la question de l'engagement de Motherwell à travers ses Elégies.
file:///C:/Users/Utilisateur/Downloads/151093-Text%20de%20l'article-203030-1-10-20100118.pdf


Je me permets de citer en intégralité ce texte. Ce n'est hélas qu'une retraduction à partir de la version anglaise du texte, j'espère ne pas avoir trahi le propos de son auteure.

Afin de faciliter sa compréhension, je me suis aussi permis de l'illustrer de quelques images correspondant aux oeuvres ou artistes cités.



"Quelqu'un qui n'a pas oublié": La réception des Elégies à la République espagnole de Robert Motherwell en Espagne.

   
En 1949, Robert Motherwell (1915 - 1991) a peint la première œuvre de ce qui allait devenir une longue série de plus de 170 peintures abstraites qu'il a regroupées sous le titre d'Elégies à la République espagnole. L'image dominante de cette série, dans laquelle de grandes masses d’un noir intense se superposent sur un fond principalement blanc, est toujours l'un des thèmes les plus connus et les plus étudiés de toute son œuvre.
En 1958, pour la première fois, l'une des Élégies est envoyée en Espagne dans le cadre de la «Nouvelle peinture américaine», mais les autorités du régime franquiste ne permettent pas qu’elle soit montrée. Que savons-nous de la réception des Elégies à la République espagnole en Espagne ?
   Je pense que cette question apportera un éclairage nouveau sur l'un des aspects les plus souvent ignorés par la critique: la question controversée de la nature politique de la série de Motherwell. J'espère démontrer qu'il y a une lecture politique dans Elégies à la République espagnole et que c'est là que réside dans une large mesure leur puissance dramatique.
Une enquête sur l’intérêt de Motherwell pour la situation en Espagne et ses proches amitiés avec un certain nombre d'artistes espagnols qui avaient vécu le drame de la guerre civile (José Guerrero, Rafael Alberti et Antoni Tàpies entre autres) révèle que l’appréciation de Motherwell pour l’Espagne n’était ni fondée sur la fantaisie exotique ni sur des clichés touristiques, comme le suggèrent certaines études sur les Élégies. Au contraire, il a bien compris la situation politique générale en Espagne, la guerre civile et le régime de Franco et cette compréhension ont sans aucun doute influencé son choix de titre.  En outre, une analyse exhaustive des écrits et des déclarations de Motherwell sur les Élégies révèle qu'il n'a jamais nié que les valeurs politiques étaient présentes dans ses travaux.

      Au moment de la guerre civile espagnole, Motherwell était étudiant à Stanford Université et dans ses écrits, il mentionne à quel point il a été profondément impressionné par une conférence donnée à San Francisco par André Malraux dans le cadre de sa tournée américaine à la recherche de soutien pour les républicains espagnols. Son intérêt a également été stimulé par le livre And Spain Sings: Fifty Loyalist Ballads un recueil de chansons et de poèmes d'écrivains espagnols (Alberti, Machado, Aleixandre...) en faveur de la République, qu'il a acheté durant cette période.

      Après son déménagement à New York en 1940, les contacts de Motherwell avec des personnes qui avaient une expérience directe du conflit espagnol s’intensifient. Par le professeur Meyer Schapiro, il a rencontré des personnes de Partisan Review qui avaient été activement impliquées dans le soutien des républicains espagnols. L'amitié de Motherwell avec le peintre Roberto Matta a également été particulièrement influente pour approfondir son implication dans la guerre civile. Matta était parti vivre à Paris en 1934 mais il avait fait plusieurs voyages pour rendre visite à des parents à Madrid où il a rencontré Rafael Alberti et Federico García Lorca, qui lui a donné une copie de son poème «Llanto por Ignacio Sánchez Mejías».
(I. – LA COGIDA Y LA MUERTE
A las cinco de la tarde.
Eran las cinco en punto de la tarde.
Un niño trajo la blanca sábana….)
     Pendant la guerre civile, Matta a participé au projet du pavillon espagnol à l'Exposition de Paris de 1937, où il rencontre de nombreux artistes dont Picasso et Joan Miró. La rencontre de Matta avec ces artistes et sa vision particulière de la guerre civile, si marquée par le meurtre de Lorca, avaient un effet très direct sur Motherwell. Matta et Motherwell se sont rencontrés à New York en 1940 et cet été-là, ils ont décidé voyager ensemble au Mexique. Ce voyage a été un événement très important dans la vie de Motherwell car il était là, inspiré par le terroir et la culture, conseillé ​​dans la technique du dessin automatique par Matta et par le peintre et théoricien surréaliste Wolfgang Paalen, il a commencé à peindre comme il ne l'avait jamais fait auparavant.

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Captur62


      Au Mexique, Motherwell s’est rapidement identifié à la lumière, au climat du pays et aux couleurs qui l’entouraient, qu’il associait aux pays méditerranéens ou à son enfance californienne, comme l'a noté Dore Ashton. Encore une fois, Motherwell a été impressionné par une culture qui exalte la vie alors que la mort plane constamment. La révolution mexicaine et la guerre civile espagnole - incarnée par la présence de nombreux exilés qui vivaient alors au Mexique - étaient des facteurs marquants de ce voyage sur la vie de Motherwell. De retour à New York, ces souvenirs du Mexique et l'évocation associée de la guerre civile espagnole allaient devenir des thèmes centraux de son travail. Au début des années 40, il a ainsi produit plusieurs peintures basées sur le thème de la Guerre Civile: Peinture espagnole avec fenêtre (1941), La prison espagnole (fenêtre) (1943-44) et La petite prison espagnole (1943-44).

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Captur59

    L'intérêt de Motherwell pour la guerre civile est également manifeste dans son travail pour aider les réfugiés espagnols. Il est probable qu'après les années 1940, il ait participé à certaines des nombreuses campagnes organisés à New York, bien que la seule preuve existante soit son soutien au Spanish Refugee Aid Committee, fondé par Nancy MacDonald en 1952. Un facteur important à prendre en compte est que les années suivant la Seconde Guerre mondiale ont été particulièrement difficiles pour les personnes travaillant à soutenir les républicains espagnols aux États-Unis.

    La répression du communisme par le gouvernement Truman signifiait que les anciens membres de l'Abraham Lincoln Brigade et les différentes organisations liées à la cause républicaine espagnole étaient suspectes 8 . Le House Un-American Activities Committee (HUAC) a commencé à surveiller les activités de ces groupes, dont beaucoup étaient considérés comme communistes et subversifs. Les associations Lincoln Brigade et même le Spanish Refugee Relief Committee, grâce auquel Guernica de Picasso avait été amené à New York en 1939, étaient parmi eux. En 1950, avec l'interdiction du Parti communiste des États-Unis et l'ouverture de négociations entre le gouvernement américain et la dictature franquiste, la situation s'est encore aggravée. La création du Spanish Refugee Aid Committee n'était pas du tout facile à cette époque, et beaucoup de manœuvres furent nécessaires pour démontrer que l'organisation n'était pas communiste.

    Avec une structure à cheval entre les États-Unis et l'Europe, son comité comprenaient des membres tels que Pau Casals, Albert Camus, Mary McCarthy, Christopher Isherwood, John MacNair, Sonia Orwell, Hannah Arendt et bien d'autres personnalités éminentes. Une vingtaine de lettres entre le peintre et Nancy MacDonald ou d'autres membres témoignent du soutien de Motherwell au Comité. Maintenant dans la collection de la Fondation Dedalus 9, ces lettres démontrent que Motherwell a apporté un certain nombre de contributions sous forme d'œuvres spécialement peintes pour les campagnes du Comité. De la fin des années 60 aux années 80, ces contributions sont si régulières qu'il est invité à faire partie de son comité consultatif en 1983.

    La criminalisation des activités de soutien aux républicains espagnols pendant la période McCarthy est encore une autre dimension majeure des aspects politiques des Élégies. Rappelons que les premières œuvres de grand format ont été peintes en 1949 et qu’en 1950, la série a reçu le nom définitif d'Elegies à la République espagnole et, dans ce contexte politique particulier, l'insistance de Motherwell à utiliser ce titre au lieu de toutes autres options auxquelles il avait pensé est une preuve supplémentaire de leur contenu politique 10 :
     Avant mon travail était personnel et intime, et même si la première version était une image toute petite et totalement inattendue, j'ai réalisé que ce qui était différent c'était qu'il s'agissait essentiellement d'une image publique monumentale. En réfléchissant à comment la nommer, ce que je ressentais publiquement, il m'est apparu que ce qui m’importait le plus profondément était la défaite de la République espagnole. À ce moment-là, en 1949, avec la fin de la guerre mondiale, je  sentais que le drame antérieur de la République espagnole était en grande partie oublié. L'image correspondait à mon sentiment qu'il devrait y avoir une élégie (une complainte funèbre) pour la République originelle. (Ashton, 2007 : 348)

     Non seulement Motherwell voulait donner cette forme à sa complainte pour éviter qu’une cause qu’il jugeait juste ne tombe dans l’oubli, d’autant plus que cet oubli n'était pas seulement le produit du passage des années mais qu'il était surtout le résultat de l'intention du gouvernement américain de reconnaître la dictature franquiste et de réprimer toute activité en faveur des républicains espagnols. La complainte de Motherwell n'était pas produite comme un exercice abstrait isolé de l'histoire, mais c'était un geste pleinement politique dans les États-Unis du début des années 1950. Il était bien conscient de la portée politique de ses peintures : « Pendant des années après le début de la série, j'étais souvent pris pour un stalinien bien que je pense que l'extension politique logique (…) de l'extrême individualisme moderniste, comme le radicalisme amérindien, est une sorte d'anarchisme, une sorte de conscience » (Arnasson, 1982 : 229).

     Motherwell a fait un autre geste significatif conforme à sa position initiale en 1958 lorsque le gouvernement des États-Unis organise l'exposition « New American Painting” à Madrid dans le but de montrer le travail des peintres américains contemporains en Europe. Selon Dore Ashton11, les autorités du régime espagnol ont refusé d’exposer l'une des Élégies qui accompagnaient l’exposition à moins que Motherwell ne change le titre, mais il a préféré décliner la proposition. On ne sait pas si le tableau a été brièvement exposé avant que les censeurs ne l'interdisent12 mais en tout cas il ne fait aucun doute que l’événement a eu des répercussions parmi les artistes espagnols, dont certains ont ouvertement protesté contre le retrait du tableau13. L'anecdote est vraiment significative pour démontrer la lecture politique sans équivoque de la série, non seulement par les autorités franquistes mais aussi par les artistes qui critiquaient le régime, sans oublier Motherwell, qui a refusé de renoncer au titre de la série. Il est donc difficile de plaider la cause de l'inexistence de valeurs politiques dans les Élégies, comme la plupart des critiques américains l’ont fait.

     Il est fort possible que ce soit en Espagne, où le souvenir de la guerre civile était très présent, que les valeurs politiques exprimées dans les Élégies ont pris une importance particulière, ce qui expliquerait aussi pourquoi Motherwell est tenu en si haute estime par de nombreux peintres espagnols. Il est particulièrement intéressant d’observer comment le travail de Motherwell a été reçu parmi la génération d'artistes espagnols qui ont traversé la Guerre Civile, les dures années d'après-guerre et, dans certains cas, l'exil. Leurs vies étaient profondément marquées par leurs expériences et il n'est pas déraisonnable de penser que le travail de Motherwell, en particulier les Élégies à la République espagnole, ont pris pour eux une signification très émouvante. Parmi les artistes avec lesquels Motherwell a établi des liens étroits figurent le poète Rafael Alberti et plusieurs peintres informels espagnols, par exemple José Guerrero et Antoni Tapies.

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Captur61

Motherwell s'est engagé dans un échange animé avec Alberti, ce qui a abouti à deux des livres d’artiste qui comptent parmi les œuvres graphiques les plus connues de Motherwell. Même si Motherwell était au courant de la poésie d'Alberti depuis de nombreuses années grâce à l’amitié de Matta avec le poète espagnol, ce n'est qu'en 1967 qu'il décide de travailler sur une illustration de la version anglaise de la collection d'Alberti A la pintura parce qu'il considérait les poèmes comme reflétant les émotions les plus profondes impliquées dans l'acte de peindre 14. Ils ne s'étaient jamais rencontrés en personne mais le travail sur le livre a été le stimulant pour une amitié épistolaire grandissante . Alberti, en exil, n'a pas caché son intérêt pour le projet de Motherwell:

Je suis ravi que quelqu'un qui a si profondément ressenti notre Espagne m’ait choisi
pour une de ses oeuvres! Ce poète, si loin de sa patrie - 30 ans d’absence forcée
- et parfois déprimé par tant d'événements désastreux, est infiniment reconnaissant.
Croyez-moi, je suis vraiment ému et impatient de vous rencontrer.


Ce n'est qu'en 1980 que la Fundación Juan March, basée à Madrid  et la banque catalane La Caixa ont organisé la première exposition en Espagne rendant possible la première rencontre entre le peintre et le poète. Comme Alberti, de nombreux autres artistes espagnols attendaient avec impatience de voir les œuvres d'un artiste qui s'était si fortement identifié à l'Espagne16.

Pour célébrer leur première rencontre, Alberti a écrit le poème « El negro Motherwell » entrecroisant la peinture de Motherwell, la poésie de Lorca et Alberti lui-même, le fil conducteur étant l'identification des trois artistes à la couleur noire. Trois ans plus tard, Motherwell a terminé les illustrations du poème avec un livre de 24 planches reproduisant certains des motifs les plus présents dans son travail : son utilisation compacte et massive du noir et les humeurs oscillant entre le drame élevé et la quiétude mortelle. Cette collaboration entre les deux artistes met une nouvelle fois en lumière la complexité des sentiments reliant Motherwell au thème de l'Espagne. De plus, l'identification de Motherwell avec différents éléments de la tradition artistique espagnole, ainsi que son intérêt pour la situation politique en Espagne, faisaient que ses liens avec les artistes informels espagnols étaient particulièrement étroits. Durant la dictature franquiste, lorsque l'académisme est devenu l'art officiel du régime, l'avant-garde informelle était, en elle-même, une déclaration d'opposition au système17. Le point intéressant est que les caractéristiques communes de l'expressionnisme abstrait et de l'art informel espagnol offrent un contexte très suggestif pour étudier les éléments politiques intrinsèques à la série de peintures qui composent les Élégies à la République espagnole.

Les relations personnelles en étaient une part essentielle. L'une des figures principales de la rencontre de Motherwell avec les artistes informels espagnols est le peintre José Guerrero, né à Grenade, qui a vécu entre l'Espagne et New York, où il a fait connaissance avec les peintres expressionnistes abstraits. Guerrero, qui avait rencontré Lorca peu avant la guerre civile, était étroitement associé aux exilés espagnols à New York et jouait un rôle majeur dans le rapprochement du monde de l'Espagne de la guerre civile et de l'exil et le monde artistique et culturel de New York. Motherwell et Guerrero se sont rencontrés en 1952 et ont immédiatement établi un lien solide. Pour Motherwell, la rencontre avec un peintre de Grenade qui avait vécu la guerre civile était très stimulante, mais l'empathie entre les deux artistes s'exprime aussi dans leur art : la prédominance des couleurs méditerranéennes et la présence écrasante du noir sont des éléments communs à leurs peintures. Une des œuvres les plus connues de Guerrero, La brecha de Víznar (La blessure de Víznar, 1965), en référence au village de Víznar non loin de l'endroit où Lorca a été exécuté et enterré dans un charnier, relie également l'art des deux peintres.

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Guerre10
Guerrero 1965-66 La brecha de Viznar
Ce tableau, retravaillé en plusieurs versions, a été la première référence directe à Lorca dans l'œuvre de Guerrero. Les couleurs, l'aspect dramatique de l'œuvre, en plus de faire référence à Lorca, ont conduit à ce qu'elle soit fréquemment comparée aux Elégies18 ou à une autre série de Motherwell, Iberia19. Pour Dore Ashton20, l'obsession de Guerrero pour ce travail s'apparente à celle de Motherwell avec les Elegies. Dans les deux cas, les peintres avaient trouvé un motif qui exprimait quelque chose de « fondamental » ou, selon le mot de Motherwell, « archétypal »21 et, dans les deux cas, les œuvres font allusion aux terribles événements de la guerre civile, évoqués par des expressions de deuil et de tragédie.

Enfin, un cas tout aussi intéressant qui met en lumière l'accueil chaleureux réservé aux oeuvres de Motherwell parmi les peintres informels espagnols est son amitié avec le peintre catalan Antoni Tàpies. Le travail de ce dernier est l'un des exemples les plus clairs de la nature de l'opposition politique parmi les groupes d'avant-garde espagnols d'après-guerre.
Particulièrement touché par les temps difficiles de l'après-guerre, Tàpies s’est toujours exprimé en faveur du pouvoir de transformation politique et sociale de l'art abstrait. Dans ses écrits et ses peintures, Tàpies a montré comment la signification d'une œuvre d'art réside dans sa capacité à modifier la conscience du spectateur de sorte que la tâche fondamentale de l'artiste est « […] de favoriser la réflexion, révéler, attirer l'attention, éclairer la réalité et, en bref, exalter tout ce qui nous rend plus libres et plus parfaits en tant qu'êtres humains […]. »22
L'œuvre de Tàpies maintient un équilibre remarquable entre son engagement envers son temps et sa société et sa défense de l'autonomie de l'artiste, de l'indépendance de l'art créatif et individuel, faisant ainsi écho à certaines des idées de Motherwell. La position de Tàpies se distingue plus par sa volonté d'action politique alors que la position de Motherwell est plus
désespérée, comme l'exprime son doute quant à savoir si l'artiste moderne peut se connecter positivement avec sa société. Néanmoins, il ne fait aucun doute que, dans les deux
cas, l'accent est mis sur la quête d'un art qui n'est pas indifférent au monde mais, au contraire, qui cherche à l'émouvoir et à le secouer. La fusion entre les éléments esthétiques et éthiques d'une œuvre d'art est un point de connexion majeur entre le travail de Motherwell et celui de Tàpies et cette compatibilité éthique étaient un trait distinctif de leur relation.

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Captur63


Les deux peintres se sont rencontrés à New York au milieu des années 1950 lorsque Tàpies avait un exposition à la Martha Jackson Gallery23. Ils sont vite devenus amis, de sorte que chaque fois que Tàpies est venu à New York ils continuaient à confirmer les affinités qu'ils avaient trouvées dans leur travail respectif. Tàpies, quand il a vu l'hommage monumental de Motherwell au République espagnole, a été profondément ému24. Comme on pouvait s'y attendre chez un peintre qui avait été si marqué par la guerre civile, sa réponse ne pouvait être qu'un sentiment profond d’empathie. Le dialogue qui s'ensuivit entre les deux hommes eut un effet direct sur les Élégies, ce qui offre encore un autre prisme pour à nouveau mettre en lumière les éléments politiques présents dans l’œuvre de Motherwell. Lorsque la National Gallery of Washington a décidé de commander une grande œuvre de Motherwell en 1978, il décida de l'appeler Réconciliation Elegy, en partie grâce à une conversation avec Tàpies:

Le tableau de Washington était intitulé Reconciliation Elegy pour plusieurs raisons. Pour partie cela venait
d'une conversation chez moi la même année avec l'artiste espagnol Tàpies à propos du nouvel
espoir d'humanisme en Espagne - mes Élégies à la République espagnole avaient été comprises, sur un
niveau, comme une élégie pour l'opportunité manquée de l'Espagne d'entrer dans le monde libéral
dans les années 30. Et pour ses souffrances tragiques alors et pendant des décennies après (Carmean, 1980:
77).

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother38
Motherwell 1978 Reconciliation Elegy

Cette proximité entre les deux artistes, qui allait empiéter sur des aspects de leur travail, a conduit à une exposition rétrospective de l’œuvre de Motherwell (la plus importante en Espagne jusqu'à présent), organisée en 1996 par la Fondation Tàpies à Barcelone et le Centre d'Art Reina Sofia à Madrid, avec Dore Ashton comme commissaire. L'exposition a mis en évidence les caractéristiques de l'œuvre de Motherwell les plus liées au thème espagnol. Par pur hasard, le vernissage de l'exposition à la Fondation Tàpies a coïncidé avec le premier acte officiel de reconnaissance des Brigades internationales par le pays de telle sorte que, soixante ans après le déclenchement de la guerre civile, Barcelone accueillait simultanément Motherwell et un bon nombre des Américains qui avaient le plus vivement ressenti la défaite de la République espagnole.

Quant à l'importance des Élégies pour ces artistes espagnols, il est difficile de comprendre pourquoi, parmi toutes les différentes interprétations que les critiques ont proposées de la série, aucun ne s'est concentré sur ce que le titre exprime réellement: le sort de la République espagnole. L'une des principales raisons du faible succès d'une telle lecture qui paraîtrait évidente
est que le titre n’était qu’un deuxième choix après celui de At Five in the Afternoon. Par conséquent, de nombreux critiques ne sont jamais allés au-delà de considérer le poème de Lorca comme la seule référence pour la série (25). Encore une fois, Motherwell s'est lancé dans cette série dix ans après la fin de la guerre civile, de sorte que les peintures ne pouvaient pas être considérées comme une réponse immédiate au conflit.

Pendant de nombreuses années, la critique dominante de l'expressionnisme abstrait était marquée par une analyse strictement formaliste du mouvement, concentrant ses efforts sur l’apport de la peinture américaine d'après-guerre dans le cadre de la peinture moderne occidentale.  L'un des critiques les plus influents de l'époque, Clement Greenberg, fixait les termes du débat sur les artistes d'avant-garde américains en ne traitant que de l’esthétique et en excluant tout engagement politique ou social dans l'art expressionniste abstrait (26). Néanmoins, comme différentes études ont commencé à le montrer à partir des années 1970  (27), cette analyse apparemment apolitique portait paradoxalement des fruits politiques s’accordant parfaitement aux intérêts de la guerre froide culturelle qui était alors impitoyablement menée par le gouvernement des États-Unis.

Étant donné que l'art en Union soviétique était hautement politisé et strictement contrôlé par l'État totalitaire, la ligne encouragée par le gouvernement des États-Unis était que l'expressionnisme abstrait était un art produit par des peintres qui travaillaient dans des conditions de liberté totale, sans se soucier des enjeux politiques et qui étaient même tolérés comme «outsiders» vis-à-vis des autres membres de la société.  La communion d'intérêts entre le gouvernement et les termes prédominants dans le discours des critiques écrivant sur la New York School a ainsi consolidé une vision «dépolitisée» de ces peintres, et cela a perduré jusqu'à nos jours. Cette lecture est également présente dans la plupart des analyses des Élégies. Il serait difficile d’expliquer, autrement, comment il est arrivé que, lorsque Motherwell a consacré sa plus célèbre série à deux thèmes aussi importants que la République espagnole et la guerre civile, ce fait a pu être passé sous silence comme purement anecdotique par presque tous les critiques.

Il convient de noter à ce stade l'étude récente de David Craven (1999) et le changement de perspective qu'il a inauguré en jetant une nouvelle lumière sur la relation entre expressionnisme abstrait et politique en affirmant l'engagement politique non seulement des peintres de l'école de New York eux-mêmes mais aussi de leur production artistique. Craven considère que la nature politique de l'expressionnisme abstrait ne se trouve pas tant dans l'identification objective d'un message ou d'un motif politique que dans sa conception de l'activité créative et picturale. Son étude n'est rien de moins qu'un nouveau cadre dans lequel aborder les Élégies.

Dans cette optique, je voudrais revenir sur son titre  et comment les critiques grand public ont évité toute lecture politique de celui-ci. En général, une brève citation souvent citée de Motherwell lui-même a été utilisée pour justifier l'exclusion des considérations politiques des analyses des Élégies. Il écrivit en 1963 que « Les Élégies espagnoles ne sont pas politiques mais mon insistance personnelle sur le fait qu'une mort terrible s'est produite qui ne devrait pas être oubliée [sic] »(28). Cette citation prise à elle seule peut impliquer que la série n'est pas politique par nature, mais ailleurs Motherwell est très clair en indiquant que les Élégies se réfèrent à un événement public à caractère politique : « Les Élégies expriment des sentiments privés néanmoins, il s'agit d'un événement public – et pour moi l'événement était politique. » (29)






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Dernière édition par Jean-Yves Amir le Jeu 24 Juin 2021 - 19:00, édité 2 fois
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Message  Jean-Yves Amir Lun 21 Juin 2021 - 19:04

Le motif des Elégies est éminemment paradoxal.

Il est simple - deux ou trois barres noires verticales, deux ou trois ovales noirs sur fond clair - mais peut varier et se complexifier indéfiniment.

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother44 Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother43

Le dessin premier est petit, mais quelle que soit sa version, il reste monumental.

Il est né d'un "dessin automatique", sans préméditation, "inattendu" comme le dit Motherwell, mais sera longuement médité, calculé, développé par la suite.

Il est abstrait, ne représente rien explicitement, mais s'ouvre à toutes sortes de suggestions, de lectures, d'interprétations selon l'implication du spectateur.

Il se suffit à lui même individuellement - une Elégie est une Elégie - et en même temps il s'enrichit de n'être qu'un élément d'une immense série, d'une multitude.
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Message  Jean-Yves Amir Jeu 24 Juin 2021 - 18:52

Le motif est abstrait, ne représente rien explicitement, mais s'ouvre à toutes sortes de suggestions, de lectures, d'interprétations selon l'implication du spectateur.


"Je ne commence presque jamais par une image. Je pars d'une idée de peinture, d'une impulsion, généralement issue de mon propre monde. Bien que parfois des images puissent émerger d'un accord dans mon inconscient, comme le ferait un rêve. Même dans ces peintures où une image se développe inconsciemment, un certain type d'expérience est généralement nécessaire pour la percevoir. Dans Iberia ou les Spanish Painting, par exemple, il faudrait savoir qu'une arène espagnole est faite de sable de couleur ocre, et que les taureaux espagnols sont très petits, rapides et noirs de charbon. Ces deux images noir charbon et ocre comportent un taureau , mais vous ne pouvez pas vraiment le voir. Ils sont une équivalence de la férocité de toute la rencontre."

"I almost never start with an image. I start with a painting idea, an impulse, usually derived from my own world. Though sometimes images may emerge from some chord in my unconscious, the way a dream might. Even in those paintings where an image unconsciously develops, a certain kind of experience is usually necessary in order to perceive it. In Iberia or Spanish Painting, for example, you would have to know that a Spanish bull ring is made of sand of an ochre color, and that Spanish bulls are very small, quick, and coal black. Both of those coal black, ochre pictures have a bull in them, but you cannot really see the bull. They are an equivalence of the ferocity of the whole encounter"(Marcelin Pleynet, Robert Motherwell, Paris 1989, p.91).

Les oeuvres de Motherwell ne sont jamais purement abstraites, elles naissent toujours d'une vision, d'une émotion qu'elles condensent. Il n'est donc pas aberrant pour le spectateur de se prêter aux suggestions du motif des Elégies : taureau, combat, barreaux, ombres, objets accrochés, suspendus, testicules....


La première Elégie de 1948 arrive dans l'oeuvre du peintre comme une rupture qui anticipe le Motherwell de la maturité. Durant sa période de jeunesse, grosso modo 1941-1953, le peintre se cherche et digère quantité d'influences : Picasso, Matisse, Klee, Miro... Dans ce contexte, comme le montre la mosaïque suivante, les premières Elégies apparaissent, par leur densité, leur radicalité, leur brutalité, comme totalement originales. Autant dire des OVNI.

Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother49Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother47Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother48Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother50Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother52Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother51Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother55Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother54Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother53Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother57Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother56Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother58Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother59Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother60Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother61Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother63

Mais le motif de l'Elégie ne vient pas pour autant de nulle part, Motherwell l'a sans doute tourné et retourné longtemps dans sa tête avant de parvenir à la solution qu'il adopte (pour 40 ans!).
En 1948-49, il tente une Elégie qui relève encore des compositions d'influence cubiste:
MOTHERWELL 1948 49 ELEGY
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother65

Mais l'oeuvre qui porte le plus clairement le motif embryonnaire des Elégies est sans doute "Pancho Villa Dead and Alive" de 1943:
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother66

D'un point de vue formel, la partie supérieure du tableau comporte deux ovales pris dans des rythmes verticaux qui annoncent ceux des Elégies.
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother69


D'un point de vue thématique, cette oeuvre condense plusieurs thèmes comparables:

- celui de la mort, Motherwell peint "Pancho Villa Dead and Alive" à la suite du décès de son père en août 1943. https://www.dedalusfoundation.org/motherwell/chronology/detail?field_chronology_period_tid=28
- celui de la commémoration historique puisque Pancho Villa a été assassiné vingt ans auparavant à l'été 1923.
- celui de la violence répressive qui hante le peintre dans plusieurs oeuvres de cette période.

The much-exhibited 1943 collage-painting “Pancho Villa, Dead and Alive” is based on a very specific image of death, a 1923 photograph of the corpse of Villa, the assassinated Mexican revolutionary. Motherwell shows the body, rendered all but abstract, twice, once daubed with blood-colored paint, and again set against a sheet of busily patterned wrapping paper that here suggests a bullet-strafed wall.
source https://www.nytimes.com/2013/10/04/arts/design/robert-motherwell-early-collages-at-the-guggenheim.html

L'assassinat de Pancho Villa le 20 juillet 1923 à Parral (Mexique)
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Muerte11

Dans d'autres collages des années 1940, comme Pancho Villa, Dead and Alive (1943), Motherwell a fait référence à la révolution mexicaine pour exprimer son intérêt pour les luttes humanitaires, le sacrifice et la mort. L'artiste effectue d'importants voyages au Mexique en 1941 et en 1943. Là, il est profondément marqué par les rappels constants de la mort qui se mêlent aux célébrations de la vie, et il est particulièrement frappé par l'histoire de Pancho Villa, le célèbre leader révolutionnaire du Nord du Mexique. Enfant, Motherwell souffrait d'asthme sévère. Il a été envoyé de San Francisco à l'école dans le sud de la Californie, un changement de climat qui, selon lui, lui a sauvé la vie. Il m'a dit que cette première expérience avait conditionné son association des cultures du sud, d'abord au Mexique puis en Espagne, avec des méditations sur la vie et la mort.

Pancho Villa, Dead and Alive a introduit des figures de bâtons noirs qui apparaissent par la suite dans les premiers collages et aquarelles de l'artiste, y compris des œuvres telles que Zapata Dead (1944), Three Personages Shot (1944) et La Resistance (1945). Les figures de bâton fournissent une colonne vertébrale structurelle cohérente pour la composition et suggèrent une présence humaine sans illustration explicite. Dans Pancho Villa, Dead and Alive, la figure de gauche est éclaboussée de peinture rouge et retenue par des lignes géométriques qui ressemblent à un cercueil. Celui de droite est peint sur un élément de collage de papier d'emballage, dont les motifs ressemblent à des marques de pinceau vives. Ce personnage présente des organes génitaux roses « vivants », mais il est également contraint dans une forme semblable à un cercueil. Motherwell m'a fait remarquer qu'un coup de pinceau large relie les deux figures et que leur ordre, mort puis vivant à nouveau, prive la mort de sa finalité et suggère que la mort est une condition sur laquelle il faut s'attarder dans la vie. Il m'a dit : « Toute ma vie, j'ai été obsédé par la mort".



In other collages of the 1940s, like Pancho Villa, Dead and Alive (1943), Motherwell referenced the Mexican Revolution to express his interest in humanitarian struggles, sacrifice, and death. The artist made important trips to Mexico in 1941 and in 1943. There, he was influenced profoundly by the constant reminders of death that were interwoven with celebrations of life, and he was particularly struck by the history of Pancho Villa, the famous revolutionary leader from Northern Mexico. As a child, Motherwell had suffered from severe asthma. He was sent from San Francisco to school in Southern California, a change of climate that he believed saved his life. He told me that this early experience preconditioned his association of southern cultures, first in Mexico and then in Spain, with meditations on life and death.

Pancho Villa, Dead and Alive introduced black stick figures which subsequently appear throughout the artist’s early collages and watercolors, including such works as Zapata Dead (1944), Three Personages Shot (1944), and La Resistance (1945). The stick figures provide a coherent structural backbone for the composition and suggest human presence without explicit illustration. In Pancho Villa, Dead and Alive, the figure to the left is splattered with red paint and restrained by geometric lines that resemble a coffin. The one to the right is painted over a collage element of wrapping paper, the patterns of which resemble lively brush marks. That figure features “alive” pink genitalia, yet it is also constrained within a coffin-like form. Motherwell pointed out to me that a sweeping brushstroke connects the two figures and that their order, dead and then alive again, robs death of its finality and suggests that death is a condition to be dwelt upon in life. He said to me, “All my life, I have been obsessed by death.”
source http://www.caareviews.org/reviews/2184

MOTHERWELL 1943 TROIS PERSONNAGES FUSILLES
Motherwell Robert (1915-1991): notes sur les "Elégies à la République espagnole" et sur la série "Open". Mother68
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Message  Jean-Yves Amir Sam 10 Juil 2021 - 19:49

Outre Pancho Villa Dead and Alive de nombreuses oeuvres des années 1941/1951 semblent porter en germe le motif des Elégies. Soit de façon thématique, soit de façon formelle, soit les deux.

C'est assez compliqué car tout s'entrecroise. J'essaie de donner un petit aperçu.


La vie / La mort
De même que Pancho Villa Dead and Alive, Western air de 1946 est composé selon une partition gauche droite : la mort à gauche dominée par le gris, la vie à droite en couleurs vives.
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Les "Prisons espagnoles"

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