Grosz George, peintre du trou

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Aller en bas

Grosz George, peintre du trou

Message  Jean-Yves Amir le Dim 11 Mar - 18:36

Voici comment l'histoire a commencé : il y a une semaine, j'ai découvert ce tableau étrange de George Grosz intitulé "Le peintre du trou", il date de 1950. Je ne saurais dire pourquoi précisément mais il m'a impressionné et un peu dérouté car il est inclassable, il ne ressemble pas aux oeuvres célèbres de Grosz des années 1915-1930 ni à rien de cette époque aux USA (car en 1950, Grosz vit en Amérique depuis 18 ans).

J'entreprends donc de mieux le comprendre en l'analysant et en le confrontant à d'autres oeuvres de ce peintre et redoutable dessinateur satirique.

Grosz en a peint deux versions:

GROSZ 1950 PAINTER OF THE HOLE I


GROSZ 1950 PAINTER OF THE HOLE II


Comment un artiste célèbre peut-il ainsi se représenter, à l'âge de 57 ans, comme un peintre maigre, obsédé par les trous, lui même évidé, dans un décor de ruines hanté par des rats?


Dernière édition par Jean-Yves Amir le Dim 25 Mar - 18:53, édité 2 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: Grosz George, peintre du trou

Message  Jean-Yves Amir le Dim 18 Mar - 19:53

J'ai songé à faire un grand récapitulatif de son oeuvre et de sa vie, mais ce serait trop long et compliqué : en y regardant de près, Grosz a beaucoup produit! Des peintures et surtout des dessins.
D'autant que je maîtrise peu le sujet, je le découvre au fur et à mesure...

Pour démarrer, et pour ceux qui ne connaissent pas, une petite présentation biographique est indispensable, accompagnée de quelques oeuvres marquantes. Ensuite, on tâchera de se concentrer sur ce qui peut aider à comprendre le "Peintre du trou".

Grosz est né en 1893, et mort en 1959.

1914-15: Il est enrôlé comme volontaire mais très vite la guerre lui est insupportable. Dès 1915 il est hospitalisé pour raisons médicales et psychiatriques.

1916: Afin de se démarquer des nationalistes allemands, il modifie officiellement son état-civil en rajoutant un « e » à la fin de son prénom et en modifiant le « ß » de son nom en « sz » de façon à lui donner une consonance anglaise.

GROSZ 1917 METROPOLIS


1918: Il adhère au KPD (Parti communiste allemand) en décembre 1918 et participe à l'insurrection spartakiste à Berlin.

1919: Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont capturés par les corps francs et assassinés le 15 janvier.

GROSZ 1919 A LA MEMOIRE DE ROSA LUXEMBURG ET DE KARL LIEBKNECHT


GROSZ 1918 ALLEMAGNE, UN CONTE D'HIVER


1918-1920: Grosz participe au groupe Dada berlinois, avec Hausmann, Heartfield et Huelsenbeck.

1920: Lors d'une cérémonie de mariage dada, il épouse Eva Peter, qu'il surnomme Daum.

GROSZ 1920 GROSZ 1920 DAUM EPOUSE SON PEDANT AUTOMATE GEORGE



1922: il effectue un périple avec l'écrivain danois Martin Andersen Nexø qui le mène au Danemark, en Norvège, en Finlande, à Mourmansk en Carélie pour se terminer en Union soviétique (Saint-Pétersbourg puis Moscou). Il est reçu en audience au Kremlin par Lénine et rencontre également Trotski, Lounacharski, Karl Radek et Zinoviev. Après avoir été fasciné par la Révolution, le bilan de son voyage, plutôt négatif, l'amènera à quitter le parti communiste en 1923.

GROSZ 1922 ORGIE


1924: il est condamné à 6000 marks pour outrage aux bonnes moeurs à cause du recueil Ecce Homo où il décrit la vie privée de la bourgeoisie de l'entre-deux guerres.

GROSZ 1926 LES PILIERS DE LA SOCIETE



GROSZ 1926 ECLIPSE DE SOLEIL


1932: Peu de temps avant l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Grosz quitte l'Allemagne pour les Etats Unis. Sa nationalité allemande lui sera retirée.

GROSZ 1934 LE VAGABOND


1937: Grosz figure en bonne place dans l'exposition nazie des "artistes dégénérés".
Entre 1933 et 1955, il enseigne de façon intermittente à l'Arts Students League de New York.
Pendant ces années, bien qu'il soit loin de l'Europe, sa peinture et ses dessins restent hantés par le nazisme, la guerre civile espagnole puis la seconde guerre mondiale.

1938: Il devient citoyen des États-Unis.

GROSZ 1938 L'INTERROGATOIRE



GROSZ 1940 GOD OF WAR



GROSZ 1944 CAIN OR HITLER IN HELL


1945: Les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, ultimes bombardements stratégiques américains au Japon, ont eu lieu les 6 août et 9 août 1945 sur les villes d'Hiroshima (340 000 habitants) et de Nagasaki (195 000 habitants).

GROSZ 1946 LA FAILLE



1954:il est élu à l'Académie américaine des arts et des lettres.

1959: il décide de retourner à Berlin, où il meurt le 6 juillet, victime d'une chute dans un escalier, après une nuit de beuverie.

Sur la biographie de Grosz:
https://www.artviatic.fr/artiste/george-grosz-(1883-1959)
http://cira.marseille.free.fr/includes/textes/bios.php?ordre=5


Dernière édition par Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 9:29, édité 5 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: Grosz George, peintre du trou

Message  Jean-Yves Amir le Ven 23 Mar - 18:27

Revenons maintenant à notre "Peintre du trou" version I.



Dans un décor de ruines, un peintre maigre, très maigre, assis sur une chaise délabrée, peint sur une toile dont les bords sont déchirés. Elle est posée sur un mince chevalet et représente un trou de forme semi-circulaire. Au sol sont posées d'autres toiles en désordre qui représentent toutes des trous de forme semblable. D'autres objets jonchent le sol : des tubes de peinture, des pinceaux, une bouteille, des châssis brisés et un carnet d'esquisses comportant également un modèle de trou. Un rat perché sur la toile en ronge les bords, un autre s'attaque au pied du chevalet, un troisième grignote des restes abandonnés en bas à droite du tableau.
Une espèce de chiffon déchiqueté, accroché à une ficelle, flotte au dessus du peintre.
Il est lui-même également troué, évidé, on voit même le ciel à travers lui - alors qu'on ne voit pas au travers des divers trous représentés. Il est de profil et fixe attentivement son oeuvre.

Dans la version II le peintre est de face, il nous regarde de ses grands yeux hallucinés en nous présentant une toile posée sur la chaise. Sur cette toile, il y a encore un trou -de forme plus complexe et irrégulière que dans la version I- mais on ne sait plus si c'est un trou représenté ou une toile véritablement trouée car un rat passe à travers. Et pourtant, dans ce trou, on voit le ciel, alors que c'est le corps du peintre qu'on devrait voir derrière la toile. A moins que ce corps ne soit qu'un vide...



Notons au passage que, dans les deux versions, le peintre porte au cou une espèce de collier métallique et que ce collier apparait dès les ébauches préparatoires à l'aquarelle:






Dernière édition par Jean-Yves Amir le Mar 27 Mar - 19:22, édité 7 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Autoportraits

Message  Jean-Yves Amir le Ven 23 Mar - 18:28

Je partirai du principe que, lorsqu'un peintre peint un peintre peignant, c'est toujours une forme d'autoportrait, même si le titre ne le dit pas explicitement.
Il peut s'avérer intéressant de comparer cette représentation à d'autres autoportraits de Grosz...

GROSZ 1920 DAUM EPOUSE SON PEDANT AUTOMATE GEORGE


GROSZ 1928 AUTOPORTRAIT AVEC UN MODELE


GROSZ 1936 AUTOPORTRAIT


GROSZ 1936 37 AUTOPORTRAIT "REMEMBERING"



GROSZ 1937 MYSELF AND THE BARROM MIRROR


GROSZ 1937 SELFPORTRAIT WITH NUDE


GROSZ 1940 AUTOPORTRAIT AVEC RAPACES ET RATS


Et ceci - encore un peintre peignant! - est peut-être bien aussi une sorte d'autoportrait!?
GROSZ 1952 GROTESQUE


Dernière édition par Jean-Yves Amir le Mer 28 Mar - 18:29, édité 3 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Scènes érotiques

Message  Jean-Yves Amir le Dim 25 Mar - 20:22

Le trou, le trou? Le sexe?  C'est évidemment une des premières interprétations auxquelles on pense.

Grosz est un homme qui aime les femmes, leur corps, leurs formes. Dans toute son oeuvre, dès les années 1915-30, il peint des fesses, des sexes... dans les recoins des rues, des villes, des bars et des cabarets.

Voici une petite mosaïque de détails, à chacun de retrouver les originaux dont ils sont extraits Very Happy



Dernière édition par Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 18:19, édité 2 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Scènes érotiques

Message  Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 9:44

A plusieurs reprises durant sa carrière, Grosz a réalisé des dessins ou peintures érotiques. Mais pendant sa période américaine, dans les années 1938-40, il se déchaîne!

Il y a d'abord ses nus dans les dunes de Cape Cod:

GROSZ 1938 FEMALE NUDE IN THE DUNES OF CAPE COD


GROSZ 1940 ARTIST AND MODEL IN THE DUNES


GROSZ 1940 SLEEPING NUDE IN THE DUNES


Même dans ses dessins de paysages de dunes, des formes suggestives apparaissent:

GROSZ 1939 DUNES AND GRASS


GROSZ 1939 DUNES CAPE COD


Puis des oeuvres qu'on pourrait qualifier d'ouvertement "pornographiques":

GROSZ 1940 LOVERS






Dernière édition par Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 18:20, édité 1 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: Grosz George, peintre du trou

Message  Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 16:49

Peut-on pour autant établir une relation entre ces scènes érotiques très nombreuses dans la production des années 1940 et le "Peintre des trous" de 1950? Je ne sais pas...

Ces scènes érotiques étaient-elles, pour Grosz, un produit à visée commerciale? Ou bien, plus profondément, s'agissait-il pour lui d'un dérivatif destiné à exorciser l'angoisse de la guerre qui reprenait à la même époque en Europe?
Je ne sais pas, je n'ai pas assez d'éléments pour répondre à ces questions.

En tous cas, ce qui est frappant, c'est l'alternance dans la production de Grosz, de ces scènes érotiques souvent joyeuses, lumineuses et réjouissantes, avec les images de cauchemar et d'apocalypse à l'épouvantable noirceur.

GROSZ 1940 NUDE


GROSZ 1940 GOD OF WAR


GROSZ 1944 POSING FEMALE NUDE


GROSZ 1944 THE SURVIVOR
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

L'enfer

Message  Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 17:07

Etrangement, deux oeuvres de cette même veine apocalyptique viennent peut-être éclairer les significations du "Peintre des trous". Il s'agit de Peace II (Paix) et de The Pit (La fosse ou le gouffre), toutes deux de 1946.

Dans les deux cas, on retrouve les décors de ruines, les murs effondrés, les sols jonchés de débris, les bois brisés et les chiffons déchiquetés suspendus à des cordes. Bref, l'environnement du "Peintre des trous".

Et dans ces deux tableaux il y a de grands trous. Dans le premier, un personnage fantomatique émerge d'une grotte noire creusée sous les ruines d'une ville. Le second, La fosse, est un trou vertigineux aux multiples étages, un enfer serait-on tenté de dire...

Hors, en allemand, "enfer" se dit "Hölle", et "grotte" se dit "Höhle"!

Dans l'esprit d'un allemand émigré aux USA, "Painter of the hole" pourrait donc aussi signifier "Peintre de l'enfer", et cela conviendrait bien à l'état d'esprit de Grosz à cette époque.

GROSZ 1946  PEACE II (Paix II)


GROSZ 1946 THE PIT (La fosse)


Concernant "The Pit", j'invite à lire ce bon texte http://acide.over-blog.com/article-george-grosz-the-pit-122397093.html dont voici un extrait :

Un an après la fin de la guerre, Grosz continuait ses pérégrinations dans le monde des paysages apocalyptiques. Là où la plupart des exilés songeaient à regagner l'Europe, il demeurait toujours dans ce même état d'esprit. Résolument nihiliste et empreint de la pensée de Swedenborg dont il se considère être le disciple, son monde lui apparaît « comme un monde symbolique, un paradis caricaturé. L'enfer est ici ; derrière ma chaise, l'abîme menace, mais je ne le regarde pas». The Pit illustre donc ce monde en décomposition, cet après-guerre où se mêlent ruines fumantes et symboles.


Pour Grosz, ce tableau est l'expression d'un monde imaginaire partiellement troué. En bas de l’œuvre, un survivant tient une jambe sous son bras : la sienne, celle d'un camarade ? Au-dessus, des femmes nues, des ivrognes noyant leur désespoir dans la fange et les flammes. Non loin, un « zélateur » agite une petite potence à laquelle sont suspendus « trois grands croque-mitaines : le B.blanc, le B.rouge, le B.noir », couleurs du drapeau de l'Empire et de Weimar. Grosz peint aussi la mort répandant « un sac de bacilles ». Il multiplie dans cette œuvre les petites scènes, toutes plus cocasses et malsaines les unes que les autres : l'informe, le nihilisme, le chaos ont un immense attrait sur moi. Sous la houlette de la mort, le monde en ruines, toujours en proie aux flammes -alors que tout est déjà détruit- joue une dernière représentation de l'horreur. Du sollst der werden, der du bist, tel semble être ici le constat du peintre sur le monde après ces années de guerre. Un vent cruel fait danser les pendus, une femme dénudée serre amoureusement une main agrippée à son épaule et les rats, motif récurrent des œuvres des années quarante à l'instar des mouches de Sartre, dévorent ce que la Mort sème pour eux. Un personnage difforme boit goulûment entouré de bouteilles vides tandis qu'au premier plan, un invalide se traîne dans la boue et les cadavres, en s'écorchant dans les fils barbelés. Une maison en ruine à droite du tableau n'est pas anodine : elle représente la maison où vivait la mère de Grosz, bombardée lors de l'un des derniers raids aériens ayant frappé Berlin. Grosz est profondément touché par cette disparition et fait part à ses amis de sa souffrance à de nombreuses reprises. Elle était le dernier lien qui le rattachait à l'Allemagne.


Dernière édition par Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 18:19, édité 1 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Les "Stickmen"

Message  Jean-Yves Amir le Lun 26 Mar - 18:18

Une troisième piste peut aider à déchiffrer le "Peintre des trous" : c'est un "stickman" (homme bâton).

Et qu'est-ce qu'un "stickman" me direz-vous? C'est ce que nous allons chercher à comprendre...

Les Stickmen sont des personnages propre à Grosz. Ils apparaissent dans son oeuvre entre 1946 et 1955, d'après ce que j'ai pu trouver et collecter.
Ses formes étant multiples, il n'est pas facile de résumer ce qu'il est : je dirais qu'il est petit peuple, qu'il est le maigre opposé au gras, qu'il est tantôt foule grouillante tantôt homme désespérément seul; il est aussi parfois le déporté, le survivant du camp d'extermination...

GROSZ 1946  STICKMEN MEETING MEMBERS OF THE BOURGEOIS



GROSZ 1946  the enemy of the rainbow



GROSZ 1946 THE MOONSHINE FIDDLER


GROSZ 1947 ATTACKED BY THE STICKMEN


GROSZ 1947 MARCHING STICKMEN


GROSZ 1948 STICKMAN   Dessin dédicacé : "A mes vieux amis bien-aimés Erich et Hélène (Cohn), Donné à une époque où il n'y avait rien à tripoter, rien de plus qu'un monde dispersé, des rats et des espaces vides. Comme toujours, George Grosz"



GROSZ 1949 GROUP OF STICKMEN




GROSZ 1949 STICKMAN



GROSZ 1949 STICKMEN AND THE FAT ADVERSARY




GROSZ 1949 STICKMEN IN DISGUISE



GROSZ 1950 HORROR SCENE, STICKMAN SPITTING NAILS AND GROTESQUE FACES


GROSZ 1952? L'ENNEMI DE L'ARC EN CIEL



GROSZ 1953 STICKMEN



GROSZ 1955 KLEE PAID A VISIT TO THE HINKMAN


La galerie David Nolan a présenté en 2009 la première rétrospective de la période américaine de Grosz. Voici un extrait de son texte de présentation qui reprend plusieurs points mentionnés ci-dessus.
source http://www.davidnolangallery.com/exhibitions/george-grosz3?view=slider#20
Grosz a trouvé des moments de bonheur avec sa femme Eva et ses fils Peter et Martin sur les plages de Cape Cod. Un certain nombre de dessins, aquarelles et peintures à l'huile du paysage dunaire témoignent de la fascination de Grosz pour la nature en tant que sujet artistique: les dunes sont peuplées de femmes nues dans des poses plus ou moins explicites, et même ces paysages ne sont pas dépourvus d'érotisme. Les paysages et les nus tranquilles étaient la cause de la critique et de la déception chez les anciens amis et admirateurs. Grosz a avoué être un romantique, et a paraphrasé un passage de Walt Whitman: "Est-ce que je me contredis? / Très bien alors, je me contredis, / Je suis grand, je contiens des multitudes." La connexion de Grosz à cette strophe est la clé pour comprendre sa personnalité artistique, en particulier des années américaines. Ici, il a créé non seulement des paysages et des actes, mais en même temps des œuvres hautement politiques qu'il a appelées «images de l'enfer». Dans ces œuvres, où il renonce à la beauté pour des images drastiques, il évoque la fin de la civilisation et voit l'enfer sur terre se réaliser. Il a réagi avec une rage artistique à la torture et au meurtre de son vieil ami Erich Mühsam par les nazis et aux histoires racontées par l'écrivain Hans Borchardt après sa libération d'un camp de concentration. La fin tant attendue de la guerre apportait la reconnaissance que l'humanité était désormais menacée d'une apocalypse nucléaire. Les Stickmen, créatures post-nucléaires sans corps, sont le dernier grand groupe d'œuvres de Grosz, culminant dans le peintre obsédant du trou. Il a fait ses adieux à l'Amérique avec un groupe de collages, un retour joyeux à une technique des années de Berlin: "Vous restez Dada toute votre vie." Grosz meurt en juillet 1959, quelques mois seulement après son retour à Berlin.


Dernière édition par Jean-Yves Amir le Mer 28 Mar - 19:41, édité 3 fois
avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Re: Grosz George, peintre du trou

Message  Jean-Yves Amir le Mar 27 Mar - 19:33

La grande majorité des Stickmen sont des dessins ou des aquarelles. Peut-être des projets qui n'ont pas vu le jour. Par exemple le Stickman violoniste de 1948 (ci-dessus) préparait un ensemble sur les "artistes du trou" - "musicien du trou", "poète du trou" et enfin "peintre du trou" - dont seul le dernier a donné lieu à une version définitive à l'huile (deux en fait).

Mais il existe une autre peinture à l'huile de Stickman, c'est le "Grey man" (Homme gris) de 1949. Encore une oeuvre d'épouvante qui condense tant de thème de Grosz!

avatar
Jean-Yves Amir
Admin

Messages : 1821
Date d'inscription : 12/02/2015

Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 2 1, 2  Suivant

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum