Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

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Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

Message  Northman le Dim 6 Mar - 15:08




Dans la cathédrale de Chartres se trouve un célèbre vitrail  appelé Notre-Dame de la Belle Verrière :







Il est situé ici, côté sud :





Le fameux bleu de Chartres, c'est celui des habits de la Vierge et de son auréole. Sur la photo de droite, pour l'expérience, je n'ai laissé que le fameux bleu, avec toute ses nuances J'ai aussi
enlevé les huit petites fleurs du même bleu, pour simplifier le travail d'occultation :






Pour une immersion plus profonde dans ce bleu, ces bleus :






Là, j'ai laissé le rouge du vitrail sur une des deux photos, afin de voir si cela rend différente la perception du bleu :






Jean-Yves, que dirais tu de ce rapport bleu-rouge ? Tu peux intercaler un post pour ta réponse.




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Re: Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

Message  Jean-Yves Amir le Lun 7 Mar - 20:00

Northman a écrit:



Jean-Yves, que dirais tu de ce rapport bleu-rouge ?

Il y a quelques années, nous avions au programme de terminale le vitrail du "Bon Samaritain" de la cathédrale de Bourges. Ce n'est pas Chartes, mais une autre merveille. J'ai une brochure bien faite sur le sujet, qui s'élargit sur le vitrail en général, avec un DVD où l'on assiste au travail d'un maître verrier. Je vais te l'envoyer, tu y trouveras certainement des indications intéressantes.

Un début de réponse à ta question:
- L'usage de la couleur dans le vitrail gothique répond à des symboles établis par la religion chrétienne. Par exemple, comme tu le dis, le bleu est la couleur du manteau de la Vierge. Pour un chrétien, cette lecture est immédiate et difficilement contournable. Le rouge relève sans doute du même principe, mais je ne saurais te dire de quelle symbolique il relève, n'ayant pas, moi même, de culture religieuse. Il me semble nécessaire de le préciser car je pense profondément que devant une telle oeuvre, cela interfère sur la perception.

- Ces précautions prises, je te réponds en tant que plasticien sur ce rapport bleu / rouge. Ce qui me vient en premier, c'est une inversion du rapport figure / fond. Selon des données pragmatiques, physiques et culturelles (où le christianisme à sa part), le bleu donne plutôt une sensation d'espace et de distance, alors que le rouge donne une sensation de présence matérielle, charnelle, et de proximité. Cette différence de sensation est beaucoup utilisée en peinture classique, dans la perspective atmosphérique ou colorée, où les avant plans sont traités en couleurs chaudes et vives (bruns, rouges) alors que les lointains tendent vers les bleus. Ici, l'inversion est saisissante: le bleu de la Vierge Marie parait d'autant plus immatériel que le fond, lui, est rendu plus dense par le rouge. La figure apparait alors comme une "trouée" dans un fond de matière.

T'ai-je répondu?  scratch
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Re: Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

Message  Northman le Lun 7 Mar - 22:38



Jean-Yves Amir a écrit:

Il y a quelques années, nous avions au programme de terminale le vitrail du "Bon Samaritain" de la cathédrale de Bourges. Ce n'est pas Chartes, mais une autre merveille. J'ai une brochure bien faite sur le sujet, qui s'élargit sur le vitrail en général, avec un DVD où l'on assiste au travail d'un maître verrier. Je vais te l'envoyer, tu y trouveras certainement des indications intéressantes.

Un début de réponse à ta question:
- L'usage de la couleur dans le vitrail gothique répond à des symboles établis par la religion chrétienne. Par exemple, comme tu le dis, le bleu est la couleur du manteau de la Vierge. Pour un chrétien, cette lecture est immédiate et difficilement contournable. Le rouge relève sans doute du même principe, mais je ne saurais te dire de quelle symbolique il relève, n'ayant pas, moi même, de culture religieuse. Il me semble nécessaire de le préciser car je pense profondément que devant une telle oeuvre, cela interfère sur la perception.

- Ces précautions prises, je te réponds en tant que plasticien sur ce rapport bleu / rouge. Ce qui me vient en premier, c'est une inversion du rapport figure / fond. Selon des données pragmatiques, physiques et culturelles (où le christianisme a sa part), le bleu donne plutôt une sensation d'espace et de distance, alors que le rouge donne une sensation de présence matérielle, charnelle, et de proximité. Cette différence de sensation est beaucoup utilisée en peinture classique, dans la perspective atmosphérique ou colorée, où les avant plans sont traités en couleurs chaudes et vives (bruns, rouges) alors que les lointains tendent vers les bleus. Ici, l'inversion est saisissante: le bleu de la Vierge Marie parait d'autant plus immatériel que le fond, lui, est rendu plus dense par le rouge. La figure apparait alors comme une "trouée" dans un fond de matière.

T'ai-je répondu?  scratch

Merci Jean-Yves !

C'est avant tout en tant que plasticien que je sollicitais ton analyse de pro. Mon traitement de la photo, se concentrant sur les rapports bleu-rouge, en masquant le reste, allait dans ce sens. D'un point de vue religieux, je ne me serais absolument pas permis d'occulter les faces de la Vierge et du Christ. Il faut effectivement bien différencier les deux approches. Et là, tu réponds de façon pleinement satisfaisante à la question. Tes mots sont précis et justes, je n'ai rien à ajouter d'un point de vue plastique, ton domaine de compétence.

Mais finalement, sans culture religieuse - tu en as quand même une ! -, et uniquement sous l'angle du bleu et du rouge de cette partie du vitrail, tu rejoins son sens religieux profond : Il s'agit bien de l'incarnation de l'Esprit dans la Matière, plus précisément de celle de Jésus, Dieu fait Homme, par l'intermédiaire de Marie. Une clé est donnée par les trois bandes bleues qui relient l'auréole de Marie au Ciel. C'est une symbolisation de la Trinité chrétienne. On comprend mieux l'intérêt d'un si beau - et si rare- bleu azur ! Et il est donc vraiment préférable de ne pas isoler le bleu du rouge, car ce bleu perd son sens et tout simplement son "relief " sans le rouge.

Je vais essayer de trouver un document sur le travail des maîtres-verriers diffusable directement dans ce sujet. Merci pour ta proposition du document avec DVD.


Une précision : Cette partie du vitrail de Notre-Dame de la Belle  Verrière est d'époque romane, ce qui la rend encore plus intéressante. Voir vidéo puis post ci-dessous :







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Re: Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

Message  Northman le Mar 8 Mar - 12:49





"Le fameux "bleu de Chartres", un bleu d'azur limpide, un peu turquoise et d'une teinte inoubliable, est dû à l'emploi d'oxyde de cobalt pur au moment de la fabrication du verre. L'oxyde de cobalt était extrait au XIIe siècle dans les régions un peu lointaines de l'Est de l'Europe ( Schneeberg en Saxe par exemple). On lui préféra au XIIIe siècle l'oxyde de manganèse, oxyde métallique plus facile à trouver dans nos contrées mais aboutissant à un bleu plus sombre tirant sur l'outremer."

Source


"En 1194, un incendie ravage la cathédrale romane de Chartres. L’édifice est dévasté, mais quelques vitraux réalisés au XIIe siècle sont miraculeusement épargnés par les flammes, dont les panneaux, datés de 1180, qui représentent la Vierge Marie tenant sur ses genoux l’Enfant Jésus. L’église est très vite reconstruite selon les principes nouveaux de l’architecture gothique : le vitrail y prend de l’ampleur en raison des plus grandes dimensions des baies. Les verrières réalisées à Chartres au XIIIe siècle constituent un ensemble majeur, parmi les mieux conservés de cette période. C’est dans l’une d’elles que sont remontés les panneaux romans de 1180 représentant la Vierge. Ce vitrail prend dès lors le nom de Notre-Dame de la Belle Verrière."


"Notre-Dame de la Belle Verrière se distingue des vitraux du XIIIe siècle par la couleur des habits de la Vierge, un bleu clair et limpide, le « bleu de Chartres », réalisé à base d’oxydes de cobalt."


Source


"... Les colorants [des vitraux] sont généralement tirés de minerais tels le cobalt, extrait en Bohême au XIIe siècle à partir du "safre", oxyde bleu de cobalt, et avec lequel sont réalisés les fameux "bleus" de Chartres..."


Source : "Le vitrail", par Catherine Brisac, aux éditions du Cerf.



Un autre texte, dont je vais tirer quelques extraits particulièrement intéressants pour notre propos, dans la suite de ce même post :


"Aux origines des bleus de cobalt : Les débuts de la fabrication du saffre [écrit avec deux "f"] et du smalt en Europe occidentale", par François Delarue, 2009 :

http://www.persee.fr/docAsPDF/crai_0065-0536_2009_num_153_1_92472.pdf

Là on a un texte qui va vraiment nous faire avancer. Extraits :


"La plupart des oxydes métalliques utilisés pour colorer le verre sont abondants dans la nature, à l'exception d'un seul, l'oxyde de cobalt, métal dont les occurrences sont rares."

"Il semble que ce soit aux Xe et XIe siècles que se mette en place en Europe occidentale une nouvelle organisation de l'industrie verrière en petites unités autonomes. Dès lors, le verre est fabriqué sur place, avec les fondants disponibles, en général des cendres de plantes riches en sels de potassium. De sodo-calciques, les verres produits sont maintenant potasso-calciques. La production locale des couleurs est désormais bridée à la fois par la difficulté d'exécuter certaines recettes ( par exemple, faire un rouge de cuivre) et par celle de se procurer certains colorants, comme l'oxyde de cobalt."

"Le saffre est une poudre grise que l'on obtient par grillage des minerais de cobalt, grillage qui les transforme en oxyde. Cet oxyde, plus ou moins pur, est broyé et, précise la littérature technique du XVIe siècle, additionné de deux à trois fois son poids de sable [Donc adjonction de silice, SiO2], addition dont les raisons laissent les auteurs [de l'époque] forts perplexes. Le saffre a deux emplois, tous deux liés aux Arts du Feu:

- le premier est la coloration du verre. Ajouté à un verre en fusion, il le colore en bleu. La teinte obtenue est d'autant plus belle que le fondant employé pour faire ce verre est la potasse, et non la soude qui donne un bleu violacé. Le premier marché du saffre est donc la verrerie de luxe, qu'il s'agisse de faire des objets (coupes, flacons) ou bien du verre à vitre pour la réalisation de vitraux.

- le second emploi du saffre, son second marché, est le décor en bleu des céramiques. Le peintre utilise alors le saffre comme un pigment. Il peint donc en gris; c'est la cuisson qui, par le jeu des réactions chimiques, fait apparaître la couleur bleue.

Lorsque l'oxyde de cobalt est employé seul, la teinte bleue obtenue est assez terne. C'est un bleu-gris. Mais si on lui ajoute de la silice [SiO2, voir plus haut], il se forme à la cuisson un silicate de cobalt d'un bleu vif assez plaisant. Là se trouve sans doute la raison de l'addition de "sable" au minerai de cobalt grillé rapportée par la littérature technique ancienne. Elle ne serait donc nécessaire que pour la décoration des céramiques, puisque les verres contiennent de la silice en abondance. La teinte peut être rendue encore plus belle par l'ajout de divers sels métalliques, comme par exemple les sels de zinc."


"... Il convient tout d’abord de rappeler que les filons contenant des minerais de cobalt sont en très petit nombre. Une fois repérés, et les minerais qu’ils contiennent, analysés finement, on s’aperçoit que chacun d’entre eux se singularise par la nature des métaux qui accompagnent le cobalt. La détection de ces associations de métaux – qui apparaissent comme des impuretés dans le saffre – permet donc de déterminer la provenance du minerai, ainsi que l’intensité du grillage qu’il a subi. L’analyse d’un verre teinté par le cobalt ou d’un décor de faïence bleu à l’aide d’une technique suffisamment sensible pour détecter ces impuretés permet dès lors d’identifier la provenance du cobalt employé. Si l’objet analysé est daté, on prouve ipso facto l’activité du site producteur à cette date. Il faut souligner que la nécessité de détecter et doser les métaux présents à d’aussi faibles concentrations n’est réservée qu’à quelques techniques d’analyse peu courantes. Les travaux effectués dans ce domaine par Bernard Gratuze à Orléans sont, à cet effet, exemplaires*. Pratiqués d’abord sur des minerais extraits des divers filons, puis sur des décors bleus datés, ils proposent le XIIe siècle comme terminus ante quem du démarrage de la production du saffre, et identifient comme provenance de ce cobalt le Freiberg, l’un des plus anciens sites miniers de l’aire saxonne de l’Erzgebirge. Il faut encore remonter un peu dans le temps pour constater qu’au début du XIIe siècle, le moine Théophile, qui consacre le deuxième livre de son traité au verre, ne connaît pas les recettes de coloration."

* Les analyses sont menées par une technique de spectrométrie de masse appliquée à la matière vaporisée par ablation laser (LA ICP MS). Cf. B. Gratuze, I. Soulier, M. Blet, L. Vallauri, op. cit. n. 14. Voir aussi B. Gratuze, M. Blet-Lenormand, «Étude de l’origine des pigments à base de cobalt utilisés par les céramistes et les verriers » , Congrès du groupe français de céramique, Le Creusot, mars 2002.

"...Vers 1125, le saffre est donc inconnu de ce spécialiste mosan [le moine Théophile] du verre, ce qui nous fournit un terminus post quem. Théophile pourrait bien appartenir à la dernière génération de verriers ne connaissant pas le saffre. Et lorsqu’en 1142 l’abbé Suger se félicite d’avoir réussi à se procurer en quantité suffisante le sapphirum vitreum pour la réalisation des vitraux de sa nouvelle abbatiale [Saint-Denis], il est possible que celui-là doive sa couleur à ce tout nouveau colorant, le saffre «saxon » .


Une carte actuelle de la Saxe :





L'Erzegebirge et Freiberg :







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Le bleu de Chartres vu de plus près.

Message  Northman le Mar 8 Mar - 12:51




Le bleu de l'auréole de Notre-Dame de la Belle Verrière vu de plus près :













C'est sur ce site :   http://www.cathedrale-chartres.org/fr/les-vitraux,115.html


Voici le commentaire de ces photos :

"On découvre des choses étonnantes, pour peu que l’on puisse aller voir à quelques centimètres. C’est ainsi que les échafaudages du déambulatoire sud permettaient d’observer de près Notre-Dame de la Belle Verrière - le vitrail le plus célèbre de la cathédrale : magnifique et instructif… Le bleu du XII° siècle, utilisé dans ce vitrail, est peut être l’un des plus beaux matériaux qui soient. La composition sodique du verre lui assure un caractère inaltérable, qui maintient sa translucidité. Par ailleurs, l’utilisation de l’oxyde de cobalt - avec une faible teneur de zinc - lui donne une couleur unique [Auréole, côté gauche]. De plus près, on voit que le verre contient de nombreuses bulles, qui font à peine un millimètre de diamètre. Sans doute, accrochant les rayons lumineux, jouent-elles un rôle important dans la diffraction du soleil - donnant l’impression qu’il émane en partie de l’épaisseur du verre.  




Les trois panneaux ont subi plusieurs réparations au XIII° siècle. Sur ce cliché on reconnait aisément le bleu XII° siècle [zone soulignée par un
linéaire jaune] et celui du XIII° siècle, qui usait néanmoins de cobalt pour s’y harmoniser :





Le peintre verrier qui a travaillé sur ce vitrail a une façon originale de travailler les traits - impossible à discerner depuis le sol - mais qui participe de l’infinie élégance du drapé."


   






Cependant, la confrontation avec certaines phrases citées dans le post précédent de ce sujet révèle des contradictions importantes :


"Le fameux "bleu de Chartres", un bleu d'azur limpide, un peu turquoise et d'une teinte inoubliable, est dû à l'emploi d'oxyde de cobalt pur au moment de la fabrication du verre. " Mais ici :

"... Par ailleurs, l’utilisation de l’oxyde de cobalt - avec une faible teneur de zinc - lui donne une couleur unique..."


Alors, oxyde de cobalt pur ou avec des sels de zinc ?


"Le saffre est une poudre grise que l'on obtient par grillage des minerais de cobalt, grillage qui les transforme en oxyde. Cet oxyde, plus ou moins pur, est broyé et, précise la littérature technique du XVIe siècle, additionné de deux à trois fois son poids de sable [Donc adjonction de silice, SiO2], addition dont les raisons laissent les auteurs [de l'époque] forts perplexes. Le saffre a deux emplois, tous deux liés aux Arts du Feu:

- le premier est la coloration du verre. Ajouté à un verre en fusion, il le colore en bleu. La teinte obtenue est d'autant plus belle que le fondant employé pour faire ce verre est la potasse, et non la soude qui donne un bleu violacé. Le premier marché du saffre est donc la verrerie de luxe, qu'il s'agisse de faire des objets (coupes, flacons) ou bien du verre à vitre pour la réalisation de vitraux. " Mais ici :

"Le bleu du XII° siècle, utilisé dans ce vitrail, est peut être l’un des plus beaux matériaux qui soient. La composition sodique du verre lui assure un caractère inaltérable, qui maintient sa translucidité."


Alors, potasse ou soude comme fondant ?


Ces contradictions importantes - fréquentes quand on fait des recherches sur Internet, quel que soit le sujet, et en particulier sur les forums - vont nous obliger à rechercher des analyses chimiques poussées des vitraux de Chartres... Voilà comment un tel sujet commence à devenir une véritable enquête, qu'il faut mener avec la rigueur de la méthode des recoupements et la recherche de données scientifiques quand c'est possible ...




Dernière édition par Northman le Lun 28 Mar - 12:04, édité 1 fois
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Analyse non-destructive des vitraux de la Sainte-Chapelle au spectromètre Raman.

Message  Northman le Mar 8 Mar - 16:44






Vidéo : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosart/decouv/00_outils/raman/02_video/01a.html


De 1'20" à 1'31", on a la réponse à une des deux questions posées dans le post ci-dessus. Le verre médiéval du XIIIe siècle est d'un bleu plus clair, et il est potassique. Alors que le verre du XIXe siècle est sodique, et plus foncé.



" Le vitrail est certainement l'innovation la plus importante de l'art médiéval en occident. Comme tout fruit d'une technologie complexe, le verre des vitraux conserve en son sein de multiples informations sur sa fabrication, son histoire et... son vieillissement. Jusqu'à ce jour, les analyses nécessitaient prélèvement et destruction de fragments de vitrail. Les progrès de l'instrumentation et de la compréhension des signatures spectrales ouvrent la voie à des analyses in situ. Deux campagnes de mesures effectuées à la Sainte-Chapelle de Paris en 2005 et 2006 par une équipe mixte Ladir-Lrmh ont validé la méthode.

L'objectif était d'évaluer la possibilité d'effectuer sur site, pour la première fois au monde, une identification non-destructive des types de verres utilisés dans les vitraux à partir de leur signature Raman.

Des travaux récents au Ladir avaient montré qu'il était possible – au laboratoire, avec des spectromètres Raman fixes – de distinguer les verres du Moyen-Age, potassiques, de ceux sodiques, plus ou moins riches en calcium, des verres de remplacement montés au XIXe siècle et de qualifier leur état de dégradation. L'édifice construit par Saint-Louis au XIIIe siècle, à l'intérieur de son Palais, pour abriter les reliques de la Passion du Christ se trouve aujourd'hui dans l'enceinte du Palais de Justice.

Le Ladir avait déjà mené plusieurs campagnes de mesures sur site au Musée National de Céramique (Sèvres) et au Département Islam du Musée du Louvre pour l'analyse de pièces exceptionnelles (Céramiques d'Iznik, Porcelaines des Duc de Médicis, Porcelaines de Böttger (Meissen), vases hispano-mauresques de L'Alhambra,…), dont la rareté et le prix interdisait le transport vers un laboratoire extérieur, et a fortiori des analyses par prélèvement. Les mesures Raman, non destructives, sans contact avec la pièce, la technique étant purement optique, étaient alors effectuées soit dans la salle d'exposition –fermée pour l'occasion au public- soit dans les réserves, c'est-à-dire dans des conditions en fait assez proches de celles du laboratoire (objets propres, pouvant être un peu, manipulés et disposés au mieux pour la mesure avec un certain confort de travail). La principale différence avec les mesures en laboratoire concernait l'instrument : devant être déplacé, le spectromètre Raman devait être beaucoup plus compact, ne comporter aucune pièce mobile pour rester fidèle; le laser devait aussi être facilement transportable. L'analyse sur site utilise une tête optique déportée, liée par deux fibres optiques, l'une pour recevoir du laser la lumière monochromatique, l'autre pour renvoyer sur le spectromètre la diffusion Raman recueillie par l'objectif de microscope, servant à la fois à l'illumination de l'objet et à la collection de la lumière diffusée. Les grossissements possibles sont compris typiquement entre 10 et 1000 fois, c'est-à-dire avec des spots lasers respectivement de quelques mm2 ou de quelques microns2. Dans cette tête un filtre spécial élimine la lumière du laser rediffusée ne portant donc pas d'informations sur le matériau éclairé pour ne conserver que celle qui contient des informations sur la composition du verre mais aussi sur sa technologie et son état de conservation.

L'opération "Raman Sainte-Chapelle" comportait plusieurs difficultés inédites qui ont été résolues avec l’aide d’un fabriquant d’instrument (la Société Horiba-Jobin-Yvon), de Mmes Boucher et Clavel, administrateurs de la Sainte-Chapelle, et de leur personnel, ainsi que du Commandement Militaire :

•L'accès de la Chapelle haute et de sa verrière de 600m2 de vitraux, dont environ les 2/3 sont estimés originaux dans l'état des connaissances par examen visuel ou selon la documentation, se fait par une volée d'escaliers en pierre Moyen-âgeux (d’une largeur d’environ 60 cm). Il est heureusement possible d'approcher le bas des verrières de l'abside, dont celle dite de Saint-Jean Baptiste, récemment nettoyée, par l' escalier à vis permettant de monter sur la tribune des Reliques.

• L'accès de la Rosace, refaite au XVe siècle, la nature des vitraux y étant quasi-inconnue, est possible par une autre volée d'escaliers, non éclairés ! La galerie sous la Rosace avait été équipée d'une unique prise électrique pour la pose des capteurs VIDRIO.

La Société Horiba-Jobin-Yvon mettait à notre disposition un "mécano" transportable comprenant :

•un laser vert (532nm) délivrant plusieurs dizaines de mW (poids environ 5 kg)
•une tête optique et un jeu de 2 fois 10 mètres de fibres optiques (poids environ 1 kg)
•un tout nouveau spectromètre, l'Axial 532 ( poids environ 15 kg), à prisme gravé et tête de détection CCD refroidie à –70°C par effet Peltier. Conçu pour le contrôle des composants microélectroniques, cet instrument a été modifié pour s'adapter à nos besoins.

L'équipement de mesure comprenait en outre 25 mètres de rallonge électrique, des multiprises, un ordinateur portable, des objectifs de grossissements et focales variés permettant de travailler plus ou moins collé au verre, un support XYZ à déplacements micrométriques dans les trois directions de l'espace, un pied photographique à rotule orientable modifié, un boy, des poids de stabilisation, des plaques d’aluminium pour réaliser des supports, du tissu noir, etc.

Les questions auxquelles l'opération Raman Sainte-Chapelle tentait de répondre étaient :

•est-il possible d'installer et de travailler avec ce nouvel instrument portable dans des lieux difficiles d'accès ?
•faut-il mieux travailler à l'intérieur ou à l'extérieur ? Les conditions de pollutions et de salissures des vitraux sont différentes comme l’est également la perturbation par la lumière ambiante, importante dans une analyse depuis l'intérieur le jour, beaucoup plus faible dans le cas d'une mesure sur les faces extérieures.
•quels types de verres donnent une signature "exploitable" dans les conditions de travail ?
•quels sont les objectifs les plus favorables sachant qu' un fort grossissement favorise la concentration de lumière mais son positionnement est pointu et nécessite une parfaite stabilité et qu'un objectif à courte distance focale limite la lumière parasite mais le spot est difficilement visible ?

Les mesures faites principalement sur les verres bleus et verts ont montré qu'il était possible de reconnaître les verres potassiques, donc médiévaux, de certains verres de remplacement du XIXe siècle, en particulier ceux utilisant le chrome.

Ces premières campagnes ont permis de bien définir la procédure à employer pour de nouvelles campagnes, de nouveau à la Sainte-Chapelle, mais aussi à la Cathédrale Saint-Denis.

Sites :

•Laboratoire de Dynamique, Intéractions et Réactivité (unité mixte de recherche CNRS/Université Paris 6)

•Laboratoire de recherches des monuments historiques (Ministère de la culture et de la communication)."


Source : CNRS : http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosart/decouv/00_outils/raman/accueil_raman.html




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Hétérogénéité en profondeur du verre des vitraux.

Message  Northman le Sam 26 Mar - 11:21




29.12.2016 : Post en cours d'amélioration.


Comme vu plus haut, en zoomant sur le bleu du vitrail de Notre-Dame de la Belle Verrière de Chartres, on trouve des bulles, une structure hétérogène du verre coloré qui modifie avantageusement son interaction avec la lumière. Ce caractère hétérogène a été volontairement utilisé, créé dans le verre, par les maîtres verriers qui ont produit les vitraux de l'église Notre-Dame du Vœu, à Cherbourg. Cette église a été construite au XIXe siècle suite au développement des activités portuaires de la ville, l'église de la Trinité étant devenue trop petite pour une population en forte croissance. Voici quelques vues fortement zoomées de parties de vitraux :











Ultra-zoomées, avec un équivalent 1200 mm, à quelques mètres des vitraux... On entre là dans l'épaisseur du verre, au sens positif du terme -profondeur
et non lourdeur-, la troisième dimension prend alors toute son importance. Ces photos ont été recadrées avec une version basique de Photoshop : Une
règle importante, ne pas modifier les couleurs brutes de base de la photo initiale :







Un fragment devient à lui seul un univers. La beauté de la partie contribue à celle du tout :
















Cette hétérogénéité dans la profondeur du verre, ces irrégularités volontaires modifiant le parcours des rayons lumineux,
dans l'épaisseur, trouvent elles un parallèle plus ou moins lointain dans la peinture ?



Par contraste, ces fades cristaux artificiels, bien trop homogènes en profondeur :









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Re: Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

Message  Jean-Yves Amir le Sam 26 Mar - 12:17

Northman a écrit:[justify]
Cette hétérogénéité dans la profondeur du verre, ces irrégularités volontaires modifiant le parcours des rayons lumineux, dans l'épaisseur, trouvent elles un parallèle plus ou moins lointain dans la peinture ?

Par contraste, ces fades cristaux artificiels, (trop) homogènes dans la profondeur :

L'équivalent en peinture de ces "irrégularités volontaires modifiant le parcours des rayons lumineux", ce sont les touches et les infinies variations de texture de la pâte picturale. Ces variations fixent la trace du geste du peintre - plus ou moins ample, nerveux ou minutieux... - mais déterminent aussi une certaine "accroche" de la lumière en jouant sur la brillance ou la matité de la peinture, sur ses empâtements, sur les striures provoquées par les poils de la brosse, sur les superpositions de couches colorées.... Dans ce sens, il y a bien une correspondance avec le travail de la matière du verre dans le vitrail. Avec cette différence qu'en peinture la lumière est réfléchie alors que dans le vitrail elle est directe.

Voici quatre exemples de textures picturales.

MONET


VAN GOGH


POLLOCK


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Re: Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

Message  Northman le Sam 26 Mar - 18:24



Post très clair, Jean-Yves. Merci. Voici ce que j'en déduis :

Arts 2D* : peinture, photo, arts graphiques, vitrail ...

* En première approximation.

Smile
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Re: Une recherche sur le magnifique "bleu de Chartres".

Message  Jean-Yves Amir le Sam 26 Mar - 19:54

Northman a écrit:[justify]

* En première approximation.

Smile

Oui, logique

Mais en seconde approximation, le vitrail est peut-être aussi le noble ancêtre du cinéma?  Very Happy scratch

Citation d'Alain:
A Chartres, à Reims, et en dizaines d'autres cathédrales et églises et châteaux que j'ai visités,
un des hits pour moi c'était la projection des COULEURS des vitraux sur les murs ou le sol.
Et toc, héhé.

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Amélioration de post

Message  Northman le Jeu 29 Déc - 11:24




Avec mon nouvel APN et son puissant zoom équivalent 1200 mm, je suis retourné faire des photos de détails de verres de vitraux. Cela donne des résultats parfois surprenants :


http://lartcommeonlaime.forumactif.org/t149-une-recherche-sur-le-magnifique-bleu-de-chartres#2189


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