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Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

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Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Empty Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3

Message  Jean-Yves Amir Lun 28 Sep 2015 - 14:29

71 Je voudrais revenir sur cette partie centrale dont j'ai encore peu parlé et où, je crois, tout s'articule.

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Partie10

Je l'ai déjà dit, elle comporte plusieurs objets réels:
-l'écrou au centre du losange jaune,
-les 3 épingles de sureté,
-l'écouvillon,
-la déchirure.

Ces éléments ont pour point commun de transpercer matériellement la toile support : l'écouvillon traverse la déchirure, les épingles percent la toile, le boulon troue la toile et le losange jaune. Cette figure de l'"axe traversant" parcourt d'ailleurs toute l'oeuvre : les axes des solénoïdes traversent les cercles, la pointe du tire bouchon et l'axe perspectif des losanges transpercent l'ellipse de l'ombre de la roue...

Cette partie centrale est d'autant plus riche et complexe que tous les éléments y ont un double statut, au moins double...

La déchirure:
On lit parfois qu'elle est peinte et qu'il s'agit d'un trompe l'oeil. D'après le document dont je dispose, il s'agit plutôt d'une véritable déchirure: la toile est réellement percée. L'ambiguïté vient peut-être du fait qu'elle est aussi peinte. Les plis de la toile produits par sa déchirure sont soulignés par des ombres peintes. La déchirure est donc à la fois réelle et représentée.

L'écrou et le losange jaune:
Le losange est un quadrilatère plan posé sur le plan de la toile. L'écrou placé en son centre souligne son caractère d'objet. Mais l'écrou se lit également comme l'extrémité d'un axe perspectif qui traverserait l'ensemble de la pile de losanges en perspective qui se perd à l'infini. Un axe traversant l'espace fictif du tableau, y compris son support! Ils ont donc également un double statut, celui d'objets réels et celui d'éléments de représentation.

Les épingles:
Leur statut est assez étrange. Elles indiquent comme un deuxième temps, celui d'un "remord", d'un "repentir", d'une tentative de rafistolage, de réparation, comme on recoud une blessure pour l'aider à se refermer... Le temps de la pose des épingles n'est évidemment pas celui de la déchirure. Un intervalle, un entre temps est donc suggéré.

L'écouvillon:
Il évoque le style d'un cadran solaire qui, de face, ne se voit que comme un point mais qui se révèle grâce à son ombre portée.
Comme dit plus haut (citation de Jean Clair), si l'on regarde le tableau de côté l'écouvillon apparait dressé dans toute son obscénité. Si on le regarde de face, il tend à disparaître mais sa présence est trahie par son ombre portée.
Et c'est là, précisément, qu'il entre dans le jeu de la représentation puisque son ombre vient se fondre parmi celles des autres objets qui, elles, sont représentées.
On voit bien, dans la photo suivante, à quel point l'ombre de l'écouvillon se fond et se confond parmi les ombres dessinées des ready made:
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 100_0610

Ici aussi s'indiquent deux temps:
- celui, ancien, des ombres dessinées, qui subsistent comme la trace, l'indice, qu'un objet maintenant absent a bien été placé là, devant le tableau, et qu'une lumière l'a éclairé;
- celui, présent, d'une ombre actuelle, produite par la lumière qui rend visible le tableau à l'instant où le spectateur le regarde.


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Message  Jean-Yves Amir Mar 29 Sep 2015 - 10:21

72 On l'a compris, tous les éléments du tableau possèdent ce double caractère de présence et de représentation.

Les ombres des ready made:
Elles sont, comme toute ombre, indice de la présence d'un objet. Mais aussi représentation puisqu'elles sont dessinées.

Les stoppages étalon:
Il reste égaux à eux mêmes, en tant qu'étalons Duchampiens, donc objets. Mais ils sont inclus dans la représentation perspective du prisme puisqu'ils en constituent les arêtes. C'est cette double nature qui produit la distorsion perspective relevée ci-dessus. On peut faire le même raisonnement pour ce qui concerne les segments colorés, à la fois bandes de couleurs dans le plan du tableau et segments mis en perspective convergente.

La main:
Cette main, même si elle a été peinte par Duchamp, relève du collage. Elle a été empruntée a une image préfabriquée d'enseigne (et pour souligner ce caractère, Duchamp lui a adjoint la signature de son auteur (?) A. Klang). Même au second degré, c'est toujours une représentation.
Mais elle a aussi, dans le tableau, un caractère d'index. Non pas d'indice mais d'index: elle montre quelque chose, elle montre ce qu'il faut regarder.

Vers quoi pointe cet index? Vers le rectangle blanc du prisme. cyclops


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Message  Jean-Yves Amir Mar 29 Sep 2015 - 10:21

73 Ce rectangle blanc est la clé de Tu m' Very Happy

Pourquoi est-il le seul élément qui ne fonctionne pas dans ce double statut présence / représentation?

Tout simplement parce que le tableau n'est pas éclairé comme il conviendrait. Il manque un élément.

La démonstration que j'ai faite m'amène à considérer qu'il n'existe qu'un éclairage juste de Tu m': l'ombre de l'écouvillon doit se projeter sur le rectangle blanc!

Et là, tout se met en place: le rectangle blanc représente une toile blanche qui reçoit une ombre réelle, de même que le tableau  reçoit les ombres portées des ready made.
Tu m' représente la représentation, c'est une allégorie moderne de la représentation.

Ou un discours de la méthode si on préfère, l'équivalent de ceci en son temps
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Durer10

Lumineux, non? !!!! cheers

Au sujet de ce doigt pointé, après des références à quelques "doigts pointés" peints par Léonard de Vinci, Jean Clair écrit
(Sur Marcel Duchamp et la fin de l'art, p151):
"Si, chez Léonard, ce doigt obstinément pointé, obstinément récurrent, nous suggère, inlassablement, qu'il existe une puissance hors de notre champ visuel, extra-rétinienne, ce même doigt pointé, chez Duchamp, à n'indiquer aucun lieu, ainsi qu'il est d'usage quand on le voyait, dans les années vingt, dessiné précisément à l'entrée des "lieux", autre que le très étrange parallélogramme aux arêtes constituées par les profils sinueux des Stoppages-Etalon, montre-t-il le chemin d'une dimension inconnue, hors de l'ennui monotone que constitue, pour l'artiste, le pigment étalé sur une surface plate?"

Si ce doigt pointe l'ombre de l'écouvillon-pinceau portée sur l'écran blanc de la toile vierge, alors , qu'on y réfléchisse, il se peut bien que Duchamp ait rendu là le plus bel hommage qui soit à la peinture.
Après que le pinceau ait transpercé la toile violemment, son ombre vient chatouiller son image dans une inframince caresse.


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Message  Jean-Yves Amir Mar 29 Sep 2015 - 11:50

74 Laughing  Haha!
Bon, voilà, j'ai fabriqué une petite maquette de Tu m'

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 P1020817

Pour faire l'écouvillon, j'ai collé une extrémité de micro brosse à dent que j'ai collée à une aiguille

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 P1020818

En plaçant l'ombre de l'écouvillon sur le rectangle blanc, voici ce que ça donne. Cela fonctionne mieux ainsi, non?

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0628

Je pose la question à tous les connaisseurs de Duchamp: on sait qu'il a laissé de nombreuses et précises instructions pour l'installation de son oeuvre ultime Etant donnés..., mais quelqu'un a t il connaissance d'une indication concernant l'éclairage de Tu m'?


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Message  Jean-Yves Amir Mar 29 Sep 2015 - 12:24

75
Message d'Alain déplacé, j'm'eskuse:

Je repars vers la physique, après ton topo sur le spectre des couleurs.
C'est à cause des Nus vite et "De l'electro-dynamique des corps en mouvement".
Je viens de lire que c'est le titre français de la publication de la théorie de la relativité restreinte, 1905.
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Emc2b10
Pour ceux qui, comme moi, ont été biberonnés au modernisme c'était un peu une tarte à la crème que de référer cubisme, futurisme, constructivisme et autres ismes de l'époque, à Einstein.
Menfin, théorie de la relativité générale, 1915.
'Tu m'', 1918
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Emc210


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Message  Jean-Yves Amir Mar 29 Sep 2015 - 19:14

76
Alain, Duchamp n'a sans doute pas rencontré Einstein.

Mais Langevin oui.... Il a été son voisin d'immeuble:

Au 11, rue Larrey, Paris, Ve, se trouve un immeuble un peu déglingué, dont la peinture s’écaille, les portes ferment mal, où l’hiver il fait froid et l’été trop chaud. Les carreaux de l’entrée ont perdu leurs couleurs jaunes et bleues. C’est un immeuble désuet et modeste comme ceux qui peuplent ce Vème arrondissement de Paris où, autour du Jardin des plantes, les rues portent le nom de biologistes ou de gloires de l’Empire aujourd’hui oubliées : Larrey était le premier chirurgien de Napoléon. En emménageant rue Larrey j’ai immédiatement su que s’en dégageraient d’étranges ondes : le prof de clarinette exalté de dadaïsme qui nota dans un silence étrange et ému la nouvelle adresse parisienne pour ses leçons de musique, un voisin qui m’alerta, mystérieux, que l’immeuble bâti en 1898 dans ce recoin de la place du Puits-de-l’Hermite était « hautement radioactif »… Sans parler de ces groupes de pèlerins américains qui, une fois par an, la nuit, se massent silencieusement, yeux rivés au toit du 11 rue Larrey, au lieu d’admirer le minaret de la Grande mosquée, de l’autre côté de la place. Rue Larrey vécurent et passèrent deux prix Nobel et l’un des artistes les plus commentés du XXe siècle. Pendant plus de vingt ans, au 7e étage, l’insaisissable Marcel Duchamp loua un petit deux-pièces décoré par Picabia où il tirait sur sa pipe, préparait ses parties d’échecs, et recevait ses amours d’un soir, sous son grand manteau en fourrure. Mi-antre mi-atelier, le deux-pièces féconda aussi tableaux et ready-made – ces "objets manufacturés promus à la dignité d'objets d'art par le choix de l'artiste », a résumé Breton. Au 5e étage, Paul Langevin, le physicien de génie, le fondateur de la Ligue anti-fasciste, y reçut le tout-Paris scientifique, les premiers résistants, mais aussi, à l’abri des regards et pas hélas des ragots, une Marie Curie qui dévalait de son labo rue d’Ulm jusqu’à la rue Larrey pour retrouver son amant. On chanta rue Larrey, on donna des bals masqués, on dansa et s’enivra d’alcools forts. On s’aima y compris durant ce mariage de quatre mois auquel s’était résolu Duchamp, en 1926, avant de divorcer sans drame. On y fut heureux malgré ces lettres postées d’Auschwitz et la mort tragique du gendre de Langevin, fusillé au Mont Valérien. On y espéra, à raison, le retour de Bernard, le fils de 17 ans cueilli dans sa chambre par la police de Vichy, entre deux cours au lycée Henri IV. Joyeux bastringue… Dans les escaliers se croisaient Man Ray, Brancusi ou Henri-Pierre Roché, le père de Jules et Jim venu à pied de chez lui, 99 boulevard Arago : défilé de fantômes gais dédaignant l’argent mais raffolant de Montparnasse, de Kiki et du Dôme, vénérant les grandes tablées du Boeuf sur le toit et cultivant l’amitié oisive. L’immeuble se vidait l’été lorsque les Langevin retrouvaient leurs amis chimistes ou historiens en Bretagne, à l’Arcouest, et que Duchamp, lui, filait vers Mougins chez les Picabia ou embarquait pour New York, à la rencontre de ses mécènes et ses girl-friends. « Door, eleven rue Larrey »: de l’atelier du septième étage demeure un ready made qu’on peut admirer à Rome et à Philadelphie. Sur une corniche du 5e étage, là où le jeune Langevin cachait ses tracts roneotypés, s’est niché un couple de pigeons. Longtemps, j’ai pensé qu’il fallait une plaque pour célébrer la mémoire des illustres locataires de cet immeuble du quartier latin, comme pour Claude Simon, place Monge. Je prie aujourd’hui qu’il n’y en ait jamais aucune. En dandy, Duchamp a théorisé l’oubli et la disparition comme l’un des beaux-arts ; les Langevin, eux, ont toujours fui les honneurs. Rue Larrey ne doivent résonner que le souvenir fugace de leurs fous-rires, de leurs amours et de leurs fêtes radioactives.

http://www.amazon.fr/ICI-SAIMERENT-ARIANE-CHEMIN/dp/2849902551

A vérifier  Suspect


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Message  alainD Mer 30 Sep 2015 - 0:42

77 ah c'est dingue!! ahahah

en plus le nom de l'auteur ne m'est pas inconnu, c'est la fille du Monde contre qui Houellebecq a fait sa crise Smile

ps par ailleurs le texte ressemble à un chapitre de la Vie mode d'emploi de Perec , ahah
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Message  Jean-Yves Amir Mer 30 Sep 2015 - 14:07

78
alainAdmin a écrit:ah c'est dingue!! ahahah

Oui, mais le problème c'est que Duchamp n'a loué un atelier rue Larrey qu'à partir de 1927, soit quasiment dix ans après Tu m'. La question reste donc entière. Suspect


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Message  Jean-Yves Amir Ven 2 Oct 2015 - 19:39

79
Bon ben voilà....
Je pense avoir épuisé ce que je pouvais dire d'à peu près tangible sur cette oeuvre de Duchamp.
Les questions scientifiques en suspens concernant l'électromagnétisme, la 4ème dimension, la géométrie topologique, dépassent mes capacités.
Il me reste encore, d'un point de vue de plasticien,  une ou deux pistes à explorer (du côté de Johns, "According to wat" par exemple, ou bien la place de Tu m' dans la Boîte en valise) mais cela va demander du temps.

Je me rends bien compte que le sujet est assez pointu, mais je serais heureux que la recherche sur Tu m' , cette oeuvre un peu à part, sous estimée et mal comprise, de Duchamp, se poursuive sous forme de dialogue. Je me dis que peut-être quelqu'un m'a lu, a suivi les tâtonnements de ma réflexion, s'est intéressé à mes hypothèses, et pourrait venir ici contribuer, pour le plaisir de l'échange intellectuel.

(PS: pour ce qui concerne ma devinette de départ, j'ai envisagé quelques pistes, mais n'ai trouvé aucune réponse solide, l'énigme reste entière)


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Message  alainD Dim 4 Oct 2015 - 14:54

80 Je réchauffe le sujet.

En notes brèves, en 3Dvideo et en musique.

1-Notes brèves.

Les miennes sur celles de Duchamp dans "Duchamp du signe"
(merci Jean-Yves pour les photocopies).
C'est un fatras pas possible sur la 4ème dimension, la perspective, les miroirs et merci aussi Poincaré!
Je n'y ai rien compris, mais ce qui est formidable c'est que cela corrobore ce que dit Jean-Yves:
Marcel Duchamp est beaucoup plus complexe et pointu que ce que la réactionnaire mode actuelle veut retenir de lui ,
"l'homme de l'urinoir" comme dit Didi-Huberman en sa défense de l'artiste.

Quand je lis les notes de Duchamp, très absconses pour moi, je pense à Léonard de Vinci,
toujours ouvert, toujours chercheur, très souvent trouveur. Ce sont des aventuriers de la pensée.
Loin des hommes urinoirs.

2- Je ne me serai pas permis de mettre ici ma petite manip 3Dvideo, si je n'avais pas eu l'idée, tout à
coup, et , je l'avoue, pour "réchauffer",
d'y mettre le son venu de
"Marcel-Duchamp-Erratum-musical"

https://vimeo.com/141318596
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 P1350610


3- Tout en bas de
http://www.libellus-libellus.fr/article-18220966.html
Il y a ces notes
 
libellus a écrit: Musique et son accompagnent l'œuvre plastique de Duchamp.
   On trouve le descriptif d'une bande son pour le Grand Verre (La Mariée) dans la Boîte Verte, recueil de notes publiées en 1934 et reprises dans Duchamp du signe.
   Erratum musical, interprété ici par Stephane Ginsburgh, se compose des 88 notes d'un clavier de piano jouées dans un ordre aléatoire, sans répétition ni accent.
   In 'Pataphysics, Sonic Arts Network, 2005 [un livre / cd]
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Message  Jean-Yves Amir Lun 5 Oct 2015 - 21:46

81
alainAdmin a écrit:Je réchauffe le sujet.
Haha!
"chauffe chauffe Marcel!"
Oui oui, ça va chauffer, on va continuer à chercher! cheers
Ici à deux minutes et quelques


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Message  Jean-Yves Amir Lun 5 Oct 2015 - 22:26

82 "Chauffe chauffe Marcel!"

Je profite de cette petite pause pour montrer ces photos du Grand Verre que j'ai prises l'an dernier à Philadelphie (sa vesion originale...).

Il souffre le Grand Verre, il va mal. Non seulement il est brisé depuis longtemps, mais tout se craquèle et s'effiloche...

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Grand_10

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Grand_11

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Grand_12


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Message  alainD Lun 5 Oct 2015 - 22:32

83 j'en étais à copier ceci , relatif au message pré précédent , on se croise


J'y pense pas seulement en me rasant mais aussi sous le shampoing, donc souvent.
A ceci:
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Ducham10

Dushampoing.
Je veux tordre mon baton précédent dans l'autre sens.
Certes les notes de Duchamp du signe nous montrent un intellectuel qui tutoie Poincaré.
Mais d'un autre coté le grotesque, chez lui, n'est jamais loin.
Et pas seulement dans ses jeux de mots potaches.
Mais y compris dans ses autoportraits, ce qui signe un engagement, tout de même.
exemples

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Ducham11

Est-ce une piste que l'on peut suivre pour aider à l'analyse de "Tu m' "?
Je ne sais pas trop, et ne voudrais surtout pas encourager les aigris anti-Duchamp,
mais il y a dans l'écouvillon, les épingles de suretés, la main ready-made, un jeu sur le grotesque finalement assez évident.
De l'humour potache qui pourrait plaire à des lycéens et qui n'empêche pas la réflexion pointue de Duchamp sur les représentations perspectives.



Brel ne voit pas de contradiction entre son humanisme sentimental habituel et le grotesque, le caricatural, c'est la leçon de "Vesoul".
Qu'il administre avec talent. ( le passage du symphonique au groupe guitare sèche, dans son clip, vaut bien les superproductions actuelles de clips musicaux, et mieux , en subtilité)

Peut-être cette "leçon" pourrait aider à analyser le tableau


Dernière édition par alainAdmin le Lun 5 Oct 2015 - 23:23, édité 1 fois
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Message  alainD Lun 5 Oct 2015 - 22:40

84 d'ailleurs qui ne rigole pas tout d'abord

à la découverte de "feuille de vigne femelle" ou "objet dard" ?
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Message  alainD Mar 6 Oct 2015 - 3:10

85 oui, plus ça va plus je pense qu'il faut creuser
la piste de "l'idiotie", comme dit Jean-Yves Jouannais,


Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 516m6r10


c'est juste une piste qui peut s'ajouter aux autres

Duchamp a écrit:    « Mutt vient de Mott Works, le nom d’une grande entreprise d’instruments d’hygiène. mais Mott était trop proche, alors j’en ai fait Mutt, car il y avait des bandes dessinées journalières qui paraissaient alors, Mutt and Jeff, que tout le monde connaissait. Il y avait donc, dès l’abord, une résonance. Mutt, un petit gros rigolo, Jef, un grand maigre… Je voulais un nom différent. Et j’ai ajouté richard… Richard, c’est bien pour une pissotière ! Voyez, le contraire de pauvreté… Mais même pas ça, R. seulement : R. Mutt. »Réponse de Marcel Duchamp à Rosalind Krauss. sur la signification.

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Mutt__10

c'est d'ailleurs sympa ( excusez le terme) de penser que l'artiste très intellectuel qui tutoie Poincaré aime aussi faire "l'idiot", avec des épingles de surêté, des goupillons etc.
Oui,... écouvillons, je sais..
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Message  Jean-Yves Amir Mar 6 Oct 2015 - 18:32

86
alainAdmin a écrit:
c'est juste une piste qui peut s'ajouter aux autres

c'est d'ailleurs sympa ( excusez le terme) de penser que l'artiste très intellectuel qui tutoie Poincaré aime aussi faire "l'idiot", avec des épingles de sureté, des goupillons etc.

Oui, tu as raison de rappeler ce côté "humour potache" de Duchamp. Ses notes, ses oeuvres et leurs titres sont parsemées de jeux de mots à résonance souvent sexuelle.  C'est un des aspects de sa personnalité à multiples facettes.
Dans Tu m', c'est vrai que l'écouvillon a quelque chose de drôle par son incongruité. Il a un côté "chatouilleux", "poil à gratter", très phallique aussi... De même pour le tire bouchon.
Quant au titre, il a donné lieu à de multiples interprétations. Entre autres, c'est l'anagramme de Mutt.... Mais j'y viendrai plus tard...

Dans la pensée duchampienne, rien ne s'oppose à ce que coexistent dans une même oeuvre des niveaux de lecture aussi divers que ceux que j'ai indiqués : électromagnétisme et lumière, perspective et 4ème dimension, représentation de la représentation, érotisme et humour...

Sur l'importance des jeux de mots chez Duchamp, voir
https://textessurlesartsplastiques2.wordpress.com/2013/06/17/duchamp-points-lignes-plans-gaz/


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Message  Jean-Yves Amir Ven 9 Oct 2015 - 21:14

87 Pour poursuivre la réflexion sur Duchamp et la relativité, il faut lire ce texte d'Elie During:
http://www.palaismagazine.com/pdfpalais1/during.pdf

dont voici deux extraits:
"Dans sa radicalité conceptuelle, la relativité restreinte fonctionne comme un synthétiseur ou un
accélérateur de métaphysiques (au sens où l’on parle d’un accélérateur de particules).
Théorie spéciale, et même un peu spectrale, il faut bien l’avouer. Quelques paradoxes incessamment rapportés par
la littérature de vulgarisation témoignent depuis bientôt un siècle de la manière dont elle remet en cause nos évidences les mieux ancrées concernant l’espace, le temps, et  leur  ajustement  réciproque.  Le  plus  célèbre  est  sans
doute le « paradoxe des jumeaux » imaginé par le physicien Langevin en 1911, un an avant le voyage en automobile de
Duchamp qui devait le mener, avec Picabia, Apollinaire et Gabrielle Buffet, du Jura à Paris — expérience cinétique-érotique dont allait naître Le Grand Verre.
"....

"Il est aussi question dans cette théorie d’espaces-temps non orientables (au sens où l’est le ruban à face unique de Mœbius) et de lignes temporelles bouclées sur elles-mêmes (suscitant les habituels paradoxes  du  voyage  dans  le  temps,  façon Terminator). Tout cela est passionnant, mais les ressources de la relativité restreinte sont loin d’être épuisées. La philosophie a encore quelque chose à en faire, tout comme l’art lui-même, à condition qu’il se donne les moyens d’en extraire quelques  motifs  pour  ajuster  nos  intuitions  aux  étranges  constructions  formelles  de  la  théorie  (si  seulement Duchamp  avait  trouvé  autant  d’intérêt  à  la  physique d’Einstein qu’à la géométrie de Poincaré
!)
"


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Message  Jean-Yves Amir Dim 11 Oct 2015 - 19:42

88  Imbrication des espaces et multiplicité des temps...

Trois niveaux temporels s'interpénètrent dans Tu m':
- un premier niveau interne qui relève de la décomposition du mouvement, procédé déjà utilisé par Duchamp à plusieurs reprises (Nu descendant un escalier, succession des tamis dans le Grand Verre, etc...),
- un second niveau, qui relève de l'instantanéité photographique, marqué par l'"empreinte" des ombres portées (cf Didi Huberman "La ressemblance par contact"), moment de la création de l'oeuvre,
- un troisième qui est le présent du regardeur, marqué par l'ombre portée de l'écouvillon, pointé impérativement par l'index de la main.
Ces trois temps s'articulant autour de la lumière et de l'électricité.

C'est déjà beaucoup! Il faut un peu chercher pour trouver dans l'histoire de l'art des exemples d'articulations temporelles aussi complexes ...

Mais il y a peut-être dans Tu m' un quatrième niveau de temporalité, un niveau biographique, quelque chose qui relève du souvenir.
Formons l'hypothèse que cette oeuvre, pourtant très abstraite en apparence, fait référence à la vie de Duchamp. Suspect


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Message  Jean-Yves Amir Dim 11 Oct 2015 - 19:43

89 Il est impressionnant de voir, en consultant les notes de Duchamp, à quel point ses grandes oeuvres comme le Grand Verre et Etant Donnés sont en projet très tôt et s'enracinent dans une même année, celle de 1912.
On le sait, les premiers dessins et les premières notes pour la Mariée (Grand Verre) apparaissent en 1912, alors que l'oeuvre sera réalisée de 1915 à 1923.
Le projet d'Etant Donnés apparait également dans une note datée de 1912, alors qu'il sera réalisé de 1946 à 1966!

Formons l'hypothèse qu'il en va de même pour Tu m'.

Formons l'hypothèse que, peinte en 1918, son projet s'enracine en fait dans cette fameuse note concernant la route Jura-Paris:
(DDS p47 dans l'ed Champ arts)

"1912
La machine à 5 coeurs, l'enfant pur, de nickel et de platine, doivent dominer la route Jura-Paris.
D'un côté, le chef des 5 nus sera en avant des 4 autres nus vers cette route Jura-Paris. De l'autre côté, l'enfant-phare sera l'instrument vainqueur de cette route Jura-Paris.
Cette Cet enfant-phare pourra, graphiquement, être une comète, qui aurait sa queue en avant, cette queue étant appendice de l'enfant-phare qui, appendice qui absorbe en l'émiettant (poussière d'or, graphiquement) cette route Jura-Paris.
La route Jura-Paris, devant être infinie seulement humainement, ne perdra rien de son caractère d'infinité en trouvant un terme d'un côté dans le chef des 5 nus, de l'autre dans l'enfant phare.
Graphiquement, cette route sera peu à peu tendra vers la ligne pure géométrique sans épaisseur (rencontre de 2 plans me semble le seul moyen pictural d'arriver à une pureté).
Mais à son commencement (en le chef des 5 nus) elle sera très finie en largeur, épaisseur,etc..., pour petit à petit, devenir sans forme topographique, en se rapprochant de cette droite idéale qui trouve son trou vers l'infini dans l'enfant-phare.
La matière picturale de cette route Jura-Paris sera le bois qui m'apparaît comme la traduction affective du silex effrité.
Peut-être, chercher s'il est nécessaire de choisir une essence de bois. (Le sapin, ou alors l'acajou vernis).
Détails d'exécution.
Dimensions = Plans.
Grandeur de la toile.
Peut-être faire un tableau de charnière. (Mètre pliant, livre...)
Faire valoir le principe de charnière dans les déplacements 1°dans le plan; 2° dans l'espace.
Trouver une description automatique de la charnière.
Peut-être à introduire dans le pendu femelle."


Que l'on peut compléter par cette autre note:

"Traduction picturale. Les 5 nus, dont le chef, devront perdre, dans le Tableau, le caractère de multiplicité. Ils doivent être une machine à 5 coeurs, une machine immobile à 5 coeurs. Le chef, dans cette machine, pourra être indiqué au centre ou au sommet, sans paraître autre chose qu'un rouage plus important (graphiquement).
Cette machine à 5 cœurs devra enfanter le phare. Ce phare devra enfanter l’enfant-Dieu, rappelant assez le Jésus des Primitifs. Il sera l’épanouissement divin de cette machine-mère. Comme forme graphique, je le vois machine pure par rapport à la machine-mère, plus humaine. Il devra rayonner de gloire. Et les moyens graphiques pour obtenir cet enfant-machine, trouveront leur expression dans l'emploi des plus purs métaux servant à la construction basée (en tant que construction) sur l'idée qui se dégage d'une vis sans fin. (Accessoires de cette vis sans fin, servant à unir ce phare enfant-Dieu à sa mère machine-5 nus (...)"


Ces références religieuses peuvent paraître surprenante de la part d'un homme qui s'affirmait "a-clérical" et qui était sans doute athée. Mais rien, pour autant, ne l'empêchait de puiser dans la mythologie et l'iconographie chrétiennes.
"Le constat de cette « teinte » ne vise aucunement à attribuer une religiosité à Marcel Duchamp. Aucune confusion n’est possible entre l’emprunt de thèmes religieux pour une réalisation artistique et l’obédience de celui qui la produit, même si le récepteur est libre de ses perceptions individuelles. Marcel Duchamp, s’il a prétendu une « absence d’investigations de ce genre », n’en a pas moins avoué, dans une interview, la filiation inspiratrice entre le thème du dépouillement des vêtements du Christ et le choix de celui de la mise à nu de La Mariée."
Source: "Marcel Duchamp ou la pérennité des sources" par Françoise Le Penven
https://www.cairn.info/revue-etudes-2002-12-page-651.htm


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Message  Jean-Yves Amir Dim 11 Oct 2015 - 19:43

90
ANNEE 1912

Avant de décrypter ces notes, ou plutôt de tenter de décrypter Tu m' à la lumière de ces notes, voyons de plus près cette année 1912, si marquante pour Duchamp.

Sans entrer dans les détails, voici quelques repères:

- en 1912, Marcel Duchamp est un jeune homme de 25 ans assez discret, timide peut-être, et qui se cherche. Autant le dire maintenant car c'est un élément de compréhension qui éclaire toute la suite, il est profondément amoureux d'une femme, une femme qui est mariée à son ami Picabia, Gabrièle Buffet Picabia.
Il faut, pour comprendre le Duchamp de cette période, avoir en tête l'état psychologique particulier que procure l'état amoureux, mélange d'éblouissement, de désir, d'élan dynamique, et aussi de doute et de frustration lorsque l'amour ne peut se réaliser.

- mars 1912: il est contraint par Gleizes et Metzinger, et par ses deux frères Jacques Villon et Raymond Duchamp Villon, de décrocher son tableau Nu descendant un escalier qu'il a présenté au Salon des Indépendants. Cette déconvenue le blesse profondément.

- mai 1912: il assiste à une représentation d'Impressions d'Afrique de Raymond Roussel au théâtre Antoine, en compagnie d'Apollinaire, Picabia et Gabrièle Buffet Picabia. Cette oeuvre est une des sources d'inspiration du Grand Verre.

- juin 1912: Sur les conseils de Gabrièle, qui a connaissance de l'activité artistique des  "avant gardes" en Allemagne, il part pour Munich où il passe l'été. Ce voyage est l'occasion de nombreuses découvertes déterminantes qui ne sont que partiellement connues.
- Durant son séjour, il visite à plusieurs reprises la Alt Pinacothèque de Munich, mais aussi plusieurs autres musées d'art à Bâle, Dresde, Berlin, Vienne, Prague, Leipzig.
- Il peint la Mariée et Le passage de la vierge à la mariée et réalisent plusieurs dessins qui engagent la préparation du Grand Verre.
- Il lit Du spirituel dans l'art (Kandinsky) et découvre l'Almanach du Blaue Reiter...
- Il visite le Deutsches Museum de Munich, musée de sciences et de techniques où il complète ses connaissances sur l'électromagnétisme.
- Peut-être  se rend-il aussi à la Technische Universität München, fondée en 1868?
Oui, vous avez bien lu, la TU M! Very Happy  (pourquoi pas? à vérifier!!!!!)


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Message  Jean-Yves Amir Dim 11 Oct 2015 - 19:43

91
ANNEE 1912 suite

- Août 1912
Durant cet été 1912 se produit un événement assez surprenant, où la personnalité complexe de Duchamp apparait sous un jour inattendu. Depuis Munich, il fait deux jours de train (aller et retour) pour retrouver Gabrièle à la petite gare d'Andelot en Montagne. Ils y passent la nuit ensemble, chastement.

Il faut être très amoureux pour faire une chose pareille.


Voici comment Judith Housez décrit cette rencontre (p117 et 118 de sa biographie)

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Andelo10
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Andelo11

Voici comment Jacques Caumont et Françoise Le Penven racontent cet épisode, citant Gabrièle Buffet Picabia elle-même:
Source: http://www.faune-etique.fr/dl/SystemeD.pdf     page 128

"Une après-midi, Gabriële nous a parlé de ce rendez-vous secret, sur un quai de gare du Jura, avec Marcel:
«Il m’avait dit qu’il voulait me voir seule et je lui avais écrit que je rentrais à Paris par le train. Vous savez, d’Étival,
il fallait descendre d’abord à Lons-le-Saunier en carriole. Et, de Lons-le-Saunier, un petit train serpentait dans une vallée pour rejoindre la grande ligne qui venait d’Allemagne.» Sur mon visage, Gabriële lut mon scepticisme. Il est vrai que j’avais du mal à croire à cette histoire. La semaine suivante, en m’accueillant, elle ne me dit même pas bonjour, mais, frappant énergiquement le sol avec sa canne:«Vous ne me croyez pas, mais ce que je vous ai dit c’est la vérité!»
Nous parlâmes longuement de cette rencontre. En arrivant à la fameuse gare, Marcel était là. Il l’attendait sur le quai.
Ils laissèrent passer le train de Paris et s’installèrent pour converser toute la nuit dans le petit édicule situé sur l’un des
quais, une minuscule salle d’attente. Le lendemain matin, chacun prit son train dans des directions opposées, lui pour
Munich, elle pour Paris. Et, le Jeune homme triste dans un train fit sa réapparition... Gabriële m’affirmant qu’elle en avait reçu un dessin dans une lettre après cette nuit sur un quai de gare.
F.L.–D’après le tableau qu’il avait déjà peint?
J.C.–La semaine suivante, ayant consulté cartes et horaires, à mon tour, je ne lui ai pas dit bonjour mais je lui lançai:
«Andelot!–Oui, c’est ça, c’est Andelot!»
Nous nous rendîmes à notre tour dans ce petit village pour y voir la gare et le fameux petit édicule.
"
La gare d'Andelot en 1914:

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 14056710


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Message  Jean-Yves Amir Dim 11 Oct 2015 - 19:53

92
ANNEE 1912 suite

- Octobre 1912
En octobre 1912, Marcel Duchamp, Francis Picabia, Guillaume Apollinaire rejoignent Gabrièle Buffet Picabia à Etival, et séjournent deux semaines dans sa maison du Jura. Ils y retrouvent également Jean Challié, frère de Gabrièle, peintre ami de Picabia.
Ils font le trajet Paris-Jura dans la voiture de Picabia, idem pour le retour, mais en compagnie de Gabrièle.

Judith Housez relate ce voyage (p122 et 123 de sa biographie):

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Route_10
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Etival10
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Etival11
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Etival12


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Message  Jean-Yves Amir Dim 11 Oct 2015 - 20:06

93
Que l'on m'excuse pour ces messages "en préparation". J'assume pleinement le caractère non académique de cette recherche sur Duchamp, en forme de notes au jour le jour. Il me faut cependant me réserver quelques transitions explicatives indispensables à un minimum de lisibilité.

Aujourd'hui, en ce dimanche d'octobre 2015, nous sommes allés là...

Quand même, peu de village de France ont une rue Marcel Duchamp! Qui passe, de plus, au milieu des champs parmi les vaches!

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0629

Non seulement une rue Marcel Duchamp au milieu des prés
Mais aussi une rue Francis Picabia

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0632

Et une rue Guillaume Apollinaire!

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0630


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Message  Jean-Yves Amir Dim 11 Oct 2015 - 20:15

94
Nous sommes dans le village d'Etival, dans le Jura.

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0633

Je veux absolument saluer le travail de mémoire, et l'hommage rendu par cette commune à ses visiteurs d'une semaine, en l'an 1912.

Une seule réserve cependant: pourquoi pas une rue Gabrièle Buffet Picabia, puisque c'est cette femme extraordinaire qui a invité / aimanté ces trois artistes ici, là, dans ce beau village d'Etival?
(petit village qui se bat pour continuer d'exister, soit dit au passage!)

La voici sur cette video de l'INA à 3 minutes
http://www.ina.fr/video/CPF86632043


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Message  Jean-Yves Amir Mar 27 Oct 2015 - 19:33

95 Gabrièle et Francis devant leur maison d'Etival:
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 With_b10

La même maison maintenant:
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0634


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Message  Jean-Yves Amir Mar 27 Oct 2015 - 19:38

96
Tout cela est bel et bon, me direz-vous...
mais quel rapport avec Tu m'?

Bonne question Very Happy Shocked Rolling Eyes Twisted Evil Suspect Idea Evil or Very Mad No Twisted Evil cyclops pirat tongue cat confused affraid Sleep sunny santa rendeer Sleep No What a Face clown Wink Embarassed Mad Evil or Very Mad Twisted Evil Rolling Eyes Very Happy Shocked Cool


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Message  alainD Mar 27 Oct 2015 - 19:46

97 oui
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Message  Jean-Yves Amir Mar 27 Oct 2015 - 20:42

98
alainAdmin a écrit:oui

Comment ça "oui" ? Shocked

Compare les deux photos ci-dessus.  Smile
Le rapport avec  Tu m' saute aux yeux, non?  Idea


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Message  Jean-Yves Amir Mar 27 Oct 2015 - 21:29

99
Le rapport c'est  Idea justement.
Ce sont les cables électriques!

Pour suivre Duchamp, le fil conducteur, c'est le fil électrique!

Quel est le premier département électrifié de France? Le Jura!
Pourquoi? A cause des chutes d'eau! Dans le Jura il y a beaucoup de chutes d'eau!
Sur les chutes d'eau, il y a des moulins!
Au début du siècle, on installe des micro centrales hydroélectriques à la place des moulins!
L'éclairage électrique vient remplacer le gaz d'éclairage genre bec Auer!

Certains villages du Jura, comme Jeurre par exemple, sont électrifiés dès 1900, avant Paris!

Etival est électrifié en 1912, juste avant la visite de nos artistes parisiens! Idea


A Bellegarde sur Valserine, à 50km d'Etival, on peut encore voir les ruines de la première (ou l'une des premières) centrale hydroélectrique de France, construite en 1884.
Le passage de l'hydromécanique à l'hydroélectrique est un phénomène technique et industriel d'une importance historique considérable, qu'on a un peu oubliée maintenant...



De L’hydromécanique à l’hydroélectrique


En l’année 1874 , à Bellegarde, au confluent du Rhône et de la Valserine, au lieu dit la perte du Rhone, une usine d’un nouveau type est mise en route. Une entreprise suisse (Rieter de Winterthur) a réalisé, sur ces rives d’une vallée encaissée, un des premiers aménagements hydrauliques en service en ce temps.
Une pris d’eau en amont de la Perte, un canal d’amenée d’une longueur de 670 mètres, débouchant dans un réservoir de 15OO mètres cubes, et une chute de 13 mètres réalisent ici les conditions optimales d’obtention d’énergie de montagne : un débit de 400 mètres cubes par seconde, plus de 10000 chevaux de force motrice potentiellement disponibles ; un arrêté du 31 mai 1871  a concédé à deux entrepreneurs étrangers (un canadien et un américain) le droit d’utiliser cette énergie , entièrement imputable à la présence de l’eau.

A l’instar de la révolution qui vit, trois quarts de siècle plus tôt, la vapeur relayer la force de l’animal, voire de l’homme, attelés aux premières machines, une transformation radicale se fait jour dans les chaînes alpines révélant en de deux décennies d’extraordinaire potentialités. (…) C’est grâce à une transmission plus évoluée, mais d’allure cyclopéenne que à la centrale de Bellegarde, les turbines Jonval transmettent leur énergie. Des câbles d’une longueur inusitée, soutenus par d’énormes poulies de 5 mètres 50 de diamètre transportent cette force à destination des utilisateurs (une fabrique d’engrais phosphatés, une parqueterie et une usine de production de pâte), proches clients de la centrale, dont ils ne peuvent se distancier.
Clients captifs, incapables de s’éloigner (à Bellegarde, le câble franchit la distance de 900 mètres) de ce type de centrale : l’aménagement réalise une des plus spectaculaires installations de transport d’énergie pas la voie « télémécanique », c'est-à-dire sans le passage par l’électricité. Il faut, cette énergie, la transporter beaucoup plus loin. (…)
De 1874 à 1898, à Bellegarde, les turbines sont modifiées, leur vitesse augmentée, mais surtout (et la transformation est décisive) les  câbles de transmission disparaissent et les immenses poulies sont déposées. Des alternateurs Brown-Boveri, attelés aux turbines, les remplacent, produisant une puissance élevée (400 ampères, 1050 volts) encore accrue par des tranches de travaux ultérieurs : de 1896 à 1898, de nouvelles turbines, actionnant chacune un alternateur, délivrent du courent triphasé 350 ampères sous 2000 volts – fournissant l’énergie à des utilisateurs qui désormais, vont pouvoir s’éloigner. (…) La centrale de la Perte du Rhône est devenue une centrale hydroélectrique. La « houille banche » devient réalité.
 

Source: "Histoire de l’entreprise et des chefs d’entreprise en France, tome 5"
de Jean Lambert-Dansette


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Message  alainD Mer 28 Oct 2015 - 14:17

100  ah!! super!! bravo!!
tu creuses bien, sans dec

La Fontaine a écrit:Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
           Où la main ne passe et repasse.
alainD
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Message  Jean-Yves Amir Jeu 29 Oct 2015 - 18:30

101
alainAdmin a écrit:ah!! super!! bravo!!
tu creuses bien, sans dec

La Fontaine a écrit:Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place
           Où la main ne passe et repasse.

Merci pour tes encouragements, Alain!
On va peut-être arriver quelque part.... Patience...


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Message  Jean-Yves Amir Jeu 29 Oct 2015 - 18:52

102
J'aime beaucoup ce portrait de Duchamp, un peu décalé, que dresse Bernard Marcadé dans cette interview (va falloir que je lise sa biographie...).
http://www.paris-art.com/interview-artiste/bernard-marcade-marcel-duchamp-la-vie-a-credit/marcel-duchamp/192.html#haut

Alors je le cite en entier, j'espère que Paris-Art ne m'en voudra pas Shocked
Hélas, comme la plupart des textes que je trouve, il ne parle pas de Tu m' Suspect

Interview
De Bernard Marcadé
par Pierre-Evariste Douaire

Pourquoi ce portrait de Marcel Duchamp en couverture? Il est de dos avec les cheveux ras et il porte, en signe de tonsure, une étoile filante sur le crâne.
Bernard Marcadé. Sans l'avoir prémédité Duchamp a fait de sa vie une œuvre d'art. C'est seulement deux ans avant sa mort qu'il accepte cette évidence. Cette idée s'est forgée tout au long de son parcours, elle n'a jamais été programmatique pour lui. Il n'a jamais rien décrété. Cette photographie permet de comprendre qu'il est un individu qui a décidé sans le savoir mais en le faisant, de faire de sa vie une œuvre avant que d'être un artiste au sens traditionnel du terme.

Peut-on extrapoler et en déduire que tout au long de sa vie, il a été une étoile filante dans le monde de l'art?
Bernard Marcadé. Votre déduction ne peut se faire que rétrospectivement. Cette tonsure a une histoire. Duchamp se rase la tête pour rendre hommage à la blessure d'Apollinaire reçue pendant la grande guerre. Le cliché de Man Ray date de 1919. Il est atypique car Duchamp a toujours été une personne réservée. Cette marque, plus qu'une lubie, est attachée indéfectiblement à sa personne.

Pourquoi avoir tenté le pari d'expliquer les œuvres de Duchamp à partir de sa biographie?
Bernard Marcadé. C'est un stratagème que j'ai trouvé pour parler de son travail. La clef de son œuvre se trouve dans l'explication de sa vie. Je partage cette hypothèse avec son meilleur ami: Henri-Pierre Roché, l'auteur de Jules et Jim. Il est le premier à dire que “la meilleure œuvre de Duchamp c'est l'emploi de son temps”. Je l'ai pris au mot et j'ai développé cette logique jusqu'au bout.

Cette méthode de travail permet de tordre le coup à beaucoup d'idées fausses.
Bernard Marcadé. Avant tout, il fallait établir les faits et rien que les faits. Comme Duchamp était silencieux, dissimulant et flou, il fallait au contraire être précis à l'excès. Cette biographie est une vérification. Elle ordonne les faits, les uns après les autres. Cela n'a jamais été entrepris alors qu'il existe une inflation théorique, interprétative très forte sur le personnage. Je ne voulais pas en remettre une couche. Il était plus pertinent de dresser une chronologie minutieuse.

Cette chronologie est-elle éclairante?
Bernard Marcadé. Très rapidement je me suis aperçu que toutes les œuvres de Duchamp sont complètement liées à sa vie. Elles sont inscrites dans son mode de vie, jusque dans les moindres détails de sa vie quotidienne. Il n'existe pas une œuvre qui ne lui soit pas directement chevillée au corps.

Pourquoi ne pas s'appuyer sur les études critiques existantes ?

Bernard Marcadé. Accéder à l'œuvre par le biais de la biographie évitait de mentionner toutes ces lectures. Ce choix était délibéré. En revanche j'ai été obligé d'indiquer les analyses successives qui ont contribuées à forger le mythe Duchamp. Petit à petit un système se met en place. Ce mythe se forge avec lui mais surtout en dehors de lui. Duchamp était très affable, très poli, il ne contredisait jamais son interlocuteur, ce qui explique la prolifération des interprétations successives.

Contrairement aux légendes, il n'est pas l'artiste programmatique, isolé de tous que l'on décrit généralement.
Bernard Marcadé. Mis à part le Grand verre qu'il met huit ans à réaliser et Étant donnés qui dure vingt ans, il est loin d'être un artiste coupé du monde. Mais en réalité, à y regarder de plus près, la construction du Grand verre est liée à ses errances, à une rencontre avec une broyeuse de chocolat à Rouen.

Vous mettez en avant que le Grand verre et Étant donnés sont liées à deux femmes.
Gabrielle Buffet représente la Mariée, la femme de Picabia à l'époque. La deuxième est Maria Martins qui représente l'autre versant de son amour passion de la fin de sa vie.

Pour vous Gabrielle Picabia représente l'amour platonique.
Bernard Marcadé. Le Grand verre s'inscrit dans le registre de l'amour courtois. C'est un amour que l'on chérie en l'absence de l'être aimé. C'est un amour impossible. Mais les mémoires de Gabrielle révèlent qu'elle a déniaisé sentimentalement le jeune homme, comme Picabia a déniaisé artistiquement le jeune artiste. Il était issu d'un milieu confit.
Ses frères, pourtant cubistes, étaient emmurés dans un rigorisme étouffant. Il se sentait à l'étroit dans ce monde. A l'inverse, Picabia dans sa manière d'être, l'a ouvert sur le monde, tout comme sa femme l'a ouvert à l'amour. Dans le livre, je n'appuie pas tellement sur cette relation, car il existe très peu de documents, mais cet amour platonique est parallèle à l'exécution du Grand verre. Si l'on veut émettre une hypothèse, la mariée du Grand verre c'est Gabrielle. C'est avec elle que l'on ne fait pas l'amour. Elle est inaccessible, retranchée en haut du tableau, et les célibataires sont en bas.

Vous risquez une seconde analyse avec Étant donnés. Vous y voyez la version pornographique du Grand verre.
Bernard Marcadé. Pour le dire crûment ce dispositif est analogue à celui d'un Peep Show, tellement l'hyperréalité domine la sculpture. La scène y est saisissante. La vulve du mannequin est véritablement offerte à l'œil. Cette mise en scène est indéniablement pornographique ce corps est littéralement donné à voir.

Vous y voyez également la présence d'une autre femme, au tempérament de feu cette fois-ci.

Bernard Marcadé. Maria Martins, la maîtresse de Duchamp, a servi de modèle. Son corps a été entièrement moulé, à l'exception des bras. L'échange épistolaire permet de comprendre la gestation d'Étant donnés. Ces lettres sont des documents inédits, c'est la première fois qu'elles sont exploitées. Au début de la création, la sculpture était un substitut à l'absence des deux amants. La correspondance est joyeuse à ce moment, mais quand Duchamp réalise que l'idylle est vouée à l'échec - elle ne veut pas quitter son mari- la sculpture va devenir terrible! Elle portera le deuil de leur union. A partir de ce moment, il ne s'agit plus d'une pièce faite en commun. Étant donnés se transforme en quelque chose d'indéterminé, pris entre le viol et le meurtre, c'est très inquiétant.

Étant donnés se réfère explicitement à l'Origine du monde de Courbet. Vous expliquez comment Duchamp prend connaissance de cette œuvre, célèbre mais invisible.
Bernard Marcadé. Lacan était propriétaire du tableau. C'est par l'intermédiaire de Lebel que Duchamp le rencontre. Jusqu'à présent on se contentait de dire qu'il l'avait sans doute vu, mais grâce à l'agenda de Teeny, sa dernière épouse, nous savons aujourd'hui à quelle date s'est déroulée la rencontre. Le psychanalyste recevait dans sa propriété tous les dimanches midi. C'est ainsi que Duchamp prend connaissance de l'Origine du monde. A partir de ce moment, Étant donnés prend une autre dimension. C'est sans doute le deuxième tournant de la sculpture, car Marcel Duchamp va coucher horizontalement le mannequin. Ce basculement arrive à cette période. Je m'avance peut-être un peu trop, il faudrait faire une analyse plus poussée, mais c'est sans doute ce qui est arrivé.

Il est à noter que la seule relation passionnelle de Marcel Duchamp, est celle qu'il entretient avec Maria Martins.
Bernard Marcadé. Mis à part la parenthèse Gabrielle Buffet, platonique et troubadouresque, le régime amoureux de Duchamp est assez libertin. Même dans ses relations longues il revendique son statut de célibataire. Il ne veut pas former de couple, ni s'établir. Il exige presque que ses compagnes le trompent. C'est un principe de vie qu'il appliquait. Henri-Pierre Roché parle de “communisme sentimental” à propos de Duchamp. L'idée sous jacente pour lui est que l'on ne possède pas une femme.

Ne pas posséder résume bien l'état d'esprit de Duchamp.
De la même manière qu'il ne veut pas posséder de femmes, il ne veut pas posséder d'argent. Il ne veut pas être propriétaire. Il écrit à la fin de sa vie qu'il “veut vivre en locataire”. C'est assez révolutionnaire.
Les actes de tous les jours sont plus importants que les grands discours ou les grands principes. Son exigence se trouve précisément aussi et peut-être surtout dans sa vie de tous les jours. Le Duchamp révolutionnaire est à chercher de côté-là.

Quel enseignement tirez-vous de ce “communisme sentimental”?
Bernard Marcadé. J'y vois un aspect fondamentalement politique. Cet aspect est systématiquement refusé à Marcel Duchamp dans la plupart des interprétations. Il est décrit comme indifférent à tout. Indifférent à la politique en particulier. En réalité il est révolutionnaire car il a déplacé la question du politique du côté de la vie quotidienne. Il n'annonce pas des lendemains qui chantent, mais il fait la révolution ici et maintenant, dans sa vie même.

Vous dressez des parallèles entre sa vie amoureuse et sa production artistique. Vous notez qu'il décide de ne pas exposer, comme il décide de pas épouser.
Bernard Marcadé. C'est une phrase qu'il prononce. Il ne tient pas à se marier comme il ne tient pas à exposer. Cette sentence n'est pas définitive car il se mariera deux fois. La première fois pour de faux, car le mariage est arrangé par Picabia et tournera court, la seconde à la fin de sa vie. Il se compromet dans les deux cas sans se commettre. C'est sa force.

Pour vous, sa vie quotidienne éclaire sa production artistique.

Bernard Marcadé. La question du readymade se trouve précisément dans cet interstice. Comment ce qui est très quotidien va au fur et à mesure devenir une œuvre ? En contredisant totalement la mission première qu'il s'est forgé, de pointer les limites de l'art. Beaucoup de ses gestes quotidiens sont devenus des œuvres.

Il fait des œuvres “malgré lui”, néanmoins la seule chose qui soit sûre, c'est qu'il se bat pour ne pas disperser sa production.
Bernard Marcadé. Deux choses seulement nous permettent d'affirmer qu'il avait conscience de l'importance de son œuvre. La première ce sont toutes les boites qu'il fabrique, mais surtout la Boîte en valise. Deuxièmement, c'est la relation qu'il entretient avec sa collection. Il n'a jamais cherché à vivre de son art mais il a toujours conservé l'intégralité de ses travaux. Il savait que la portée de son travail perdrait en lisibilité s'il était dispersé. Les collections Arensberg et Katherine Dreier ont permis de conserver l'intégralité des pièces.

Pouvez-vous nous parlez de la genèse du premier readymade ?
Bernard Marcadé. Cette anecdote a été consignée par le peintre Munichois Max Bergmann. En 1910 les deux compères passe une nuit haute en couleurs dans les bordels de Montmartre. Le jeune Marcel, pour le remercier lui fait présent d'un objet allusif: un bilboquet. La partie de jambe en l'air se transforme en jouet phallique. La grivoiserie et la causticité du personnage transparaissent dans ce geste. Comme beaucoup d'œuvres, cet exemple montre bien que son travail plastique est un écho direct de sa vie personnelle. .

Pour vous l'indifférence de Duchamp est un écran de fumée qui cache le véritable moteur des œuvres.
Bernard Marcadé. Si vous regardez tous les readymades, les uns après les autres, vous constaterez qu'ils sont tous connotés. Ils sont loin d'être indifférents. En fin de compte, ils ont été choisis. Ces objets abolissent le bon et le mauvais goût. Il persiste néanmoins toujours un reste de mauvais goût.

Je suis content de vous l'entendre dire, car je trouve que les commentateurs de Duchamp n'insistent pas assez sur sa formation de caricaturiste. D'une certaine manière c'est le dernier des Incohérents, ce groupe de la fin du 19ème siècle qui se moquait des salons.
Bernard Marcadé. Il est issu de cette culture. Il s'inscrit dans le sillage de ses frères. Jacques Villon travaillait dans des journaux satiriques comme le Rire, et le Courrier français. Les peintres de cette époque nourrissaient des liens très étroits avec l'anarchisme littéraire. Juan Gris collaborait à ces publications comme Picasso avant lui, dans son Espagne natale. Duchamp baignait dans cet univers qui disparaissait peu à peu.
Duchamp appartient à la queue de cette comète. Il est l'héritier de cet humour typiquement montmartrois où la queue d'un âne faisait office de pinceau. Il écrit d'ailleurs qu'il se sentait plus issu du monde de caricaturistes que de celui des artistes. Son ambivalence est visible car il est à cheval entre cette culture montmartroise et le rigorisme cubiste d'un Metzinger. Il oscille toujours entre le grand art et le «je m'en foutisme». Le dérisoire occupe une place très importante chez lui.

Le grand changement dans son parcours survient avec les readymades et le Grand verre?
Bernard Marcadé. Il a été impressionniste, fauve, cubiste, futuriste sans le savoir avec son Nu descendant un escalier. Il avait également l'esprit montmartrois que vous rappelez, mais à partir des readymades et du Grand verre il change de galaxie, il passe véritablement à autre chose. Ce qui est troublant, c'est qu'il travaille conjointement sur les deux projets, en même temps.

Justement, le Nu descendant l'escalier, avant de faire un scandale public à New York, fera polémique à Paris en 1912.
Bernard Marcadé. Le tableau est cubiste par sa composition, mais la mise en scène du mouvement est futuriste. Par contre le titre est dans la lignée satyrique montmartroise. Les frères Duchamp apprécient le tableau mais lui reprochent l'incongruité de son titre. Ne supportant pas la farce, le groupe de Puteaux, composé de cubistes intransigeants comme Gleizes et Metzinger, accepte d'exposer le tableau à condition que Marcel renonce à son titre. Duchamp préférera retirer son tableau plutôt que de l'estropier. Enlever le titre revient à l'amputer.

L'importance du langage se révèle dans cette anecdote.
Bernard Marcadé. Ce premier exemple montre, que le titre fait basculer l'œuvre dans un nouveau domaine. Le scandale viendra toujours de là. Baptiser un urinoir Fontaine, ne pouvait que choquer le public. Mais au-delà de la polémique, Duchamp sera toujours soucieux de produire un écart -pour lui tout «écart est une opération» — qui n'est pas ostentatoire mais qui permet de pointer les limites de l'art.

Un autre exemple éclairant pourrait être les leçons de français argotiques qu'il donne à de jeunes américaines.

Bernard Marcadé. Ce jeu du langage est essentiel chez lui. Il s'amuse avec son ami Henri-Pierre Roché à apprendre des gros mots français à de jeunes américaines. Le piège consiste à ne pas les avertir des énormités qu'elles récitent. Les deux complices poussent leurs victimes innocentes à prononcer ces horreurs en public. Marcel Duchamp ne peut s'empêcher de dire des gros mots. C'est un plaisir inframince.
C'est peu de chose mais c'est essentiel. Ce rapport à la vie est permanent. Tout ce passe dans ces petits détails. Leur accumulation, grâce à la précision de la biographie, permet de dresser un portrait de l'homme mais surtout de l'œuvre. Cet usage de la scatologie est une nouvelle fois d'ordre domestique. Cet usage très prosaï;que du langage lui vient sans doute de la caricature, il est rappelons-le, l'auteur du Piano aqueux et de la raie difficile. Cette trivialité persiste dans son œuvre.

Vous avez trouvé un nom à cette trivialité: “les énergies gaspillées”.

Bernard Marcadé. Les énergies gaspillées, dont parle Duchamp, englobent aussi bien la pisse, le sperme que toutes les autres humeurs. Les cheveux et les ongles que l'on perd, appartiennent aussi à cette catégorie. Tous ces éléments se retrouvent dans les œuvres. Pour l'un de ses amis, il réalise une composition avec des poils collés, pour Maria Martins il utilise son propre sperme, avec Man Ray ils filment une femme se rasant le pubis. Tous ces petits détails de la vie ordinaire, toute cette trivialité corporelle, permettent de comprendre ce qui intéressait énormément Duchamp.

Je crois que vous aimeriez continuer à écrire sur ces “énergies gaspillées”.
Bernard Marcadé. A y regarder attentivement on peut dégager un principe à toutes ces occupations. Marcel Duchamp entretient une relation étroite avec ses propres incontinences, c'est à dire avec tout ce que l'on laisse fuir. Cette biographie s'attache à relever tout ce que l'artiste à laissé échapper. Ces petites énergies gaspillées, ces détails inframinces, dessinent une personnalité méconnue. Il n'est pas le grand dédaigneux indifférent au monde, mais reste un spectateur attentif aux moindres détails de son environnement. L'aspect novateur de son œuvre est sans doute là ! Son attention n'est pas descriptive. Il s'intéresse à tout ce qui est laissé pour compte, car dans le moindre détail du monde se révèle sa globalité. Son art est celui du recyclage, comme les boites en valise l'attestent.

Ce qui intéressant quand on vous lit, c'est que l'on s'aperçoit qu'une œuvre à toujours un précédent dans la vie domestique de Duchamp. Vous venez d'évoquer les boites à valises, elles sont postérieures à une peinture miniature du Nu descendant l'escalier qu'il réalise pour une maison de poupée.
Bernard Marcadé. Vous avez raison de pointer les œuvres comme vous le faites, on s'aperçoit ainsi qu'elles ne tombent pas du ciel.

Dans le même ordre d'idée, vous rappelez qu'il se fait arrêter avec Picabia. Les gendarmes les confondent avec les fameux bandits de la bande à Bonot. Comment ne pas voir Marcel Duchamp comme l'artiste bandit par excellence. L'affiche Wanted (1922) le représente de face et de profil comme les criminels.
Bernard Marcadé. Lui-même parle de lui comme d'un anartiste. C'est à dire qu'il n'est ni artiste, ni anarchiste, et en même temps les deux à la fois. La référence à Max Stirner reste omniprésente en filigrane de nombre de ses œuvres. L'anarchisme individuel reste fondamental pour lui. Il détourne les gestes anarchistes pour en faire un mode de vie. Ce point reste à mes yeux essentiel pour comprendre l'homme et l'artiste.

Duchamp est l'artiste le plus influent de la fin du 20ème siècle, est-il posthume ou prophétique ?
Bernard Marcadé. Ce n'est pas un prophète. Avec l'importance du Pop art et du Nouveau réalisme, il s'aperçoit, à la fin de sa vie, qu'il a une place à tenir. Mais il n'a jamais prophétisé ni spéculé sur son travail. Picasso, au début des années 1970, a une phrase très juste au sujet de Duchamp qui vient de mourir. Il explique que l'art contemporain a pillé le magasin Duchamp en ne changeant que les emballages. Il avait tout de suite vu l'importance des gestes de Duchamp.

En vous lisant on pense qu'il a tout manigancé, qu'il a préparé le terrain pour être posthume, incontournable.

Bernard Marcadé. Quand il parle de la postérité il parle d'elle comme d'une “belle salope”. J'ai fait bien attention à ne pas enfoncer le clou. J'ai pris beaucoup de précautions pour m'éloigner d'un Duchamp grand stratège. Cette opinion me semble un peu trop facile à faire, elle découle d'un syllogisme spécieux. Il serait faux de le confondre avec un joueur d'échec rusé.
Certes, il jouait aux échecs, mais il serait trop simple et bien imprudent, d'en déduire que dans sa vie il avait un coup d'avance sur les autres, même si des parallélismes existent, entre l'art et les échecs. Il s'adonne parallèlement à ces deux activités. Mais d'un côté il est un artiste que la postérité considérera comme révolutionnaire et de l'autre il ne reste qu'un joueur d'échec classique, banalement classique.

C'est un joueur moyen, par contre, il est assez bon pour jouer des parties à l'aveugle, des parties à distance. Le télégraphe permet de disputer plusieurs matches en même temps.
Bernard Marcadé. Je me méfie beaucoup de l'idée d'un Duchamp stratège. On peut lui prêter beaucoup d'intentions. Il a d'ailleurs anticipé ces questions en employant à propos du Grand verre le terme de retard. Tout au long de sa vie il a placé des bombes à retardement. C'est pour cela que j'insiste sur son rapport à la pensée libertaire. Le souffle des charges explosives qu'il met en place ne sont perçus que quarante ans après leur déflagration.


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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 18:25

103
Dans l'interview de Bernard Marcadé, je garde d'abord cette idée que Gabrièle est bien la mythique "Mariée" et que l'empreinte de cet amour idéalisé marque Duchamp au moins jusqu'en 1923, date d'inachèvement du Grand Verre:

"Gabrielle Buffet représente la Mariée, la femme de Picabia à l'époque.(...) C'est un amour que l'on chérit en l'absence de l'être aimé. C'est un amour impossible. (...)  Dans le livre, je n'appuie pas tellement sur cette relation, car il existe très peu de documents, mais cet amour platonique est parallèle à l'exécution du Grand verre. Si l'on veut émettre une hypothèse, la mariée du Grand verre c'est Gabrielle. C'est avec elle que l'on ne fait pas l'amour. Elle est inaccessible, retranchée en haut du tableau, et les célibataires sont en bas."


Je garde également cette autre idée de l'enracinement de l'oeuvre de Duchamp dans sa vie quotidienne:
" La clef de son œuvre se trouve dans l'explication de sa vie. Je partage cette hypothèse avec son meilleur ami: Henri-Pierre Roché, l'auteur de Jules et Jim. Il est le premier à dire que “la meilleure œuvre de Duchamp c'est l'emploi de son temps”. (...) Très rapidement je me suis aperçu que toutes les œuvres de Duchamp sont complètement liées à sa vie. Elles sont inscrites dans son mode de vie, jusque dans les moindres détails de sa vie quotidienne. Il n'existe pas une œuvre qui ne lui soit pas directement chevillée au corps."

Pourquoi en irait-il autrement pour Tu m'?


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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 18:55

104
Revenons maintenant à cette route Jura-Paris et à ce séjour à Etival.

Pour comprendre en quoi cette expérience a pu être forte pour Duchamp, il faut prendre un peu de recul vis à vis du monde actuel et faire un petit effort d'imagination pour se replonger dans celui de 1912.

Tout d'abord, à cette époque, les voitures sont encore rares sur les routes de France. Et elles sont un objet de luxe, seuls les gens fortunés peuvent se les permettre. Picabia a été toute sa vie un grand amateur de voitures, qu'il pouvait s'offrir grâce à sa fortune personnelle.
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Pica_a10

Les routes n'étaient pas ce que nous entendons actuellement par "routes". Il s'agissait de voies caillouteuses (les silex effrités dont parle Duchamp dans sa note ...), on commence à peine alors à expérimenter les revêtements de bitume. Les panneaux indicateurs sont sans doute encore assez rares alors on se perd facilement.
Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Germai10

Dans ces conditions, le trajet Paris-Jura prenait environ 12 heures, une véritable expédition dans des conditions pas si faciles! Une partie de la route se faisait nécessairement de nuit, d'autant plus en octobre où les jours raccourcissent.
Il faut alors imaginer des heures de route dans une obscurité presque totale puisque les villes et les rues n'étaient pas encore éclairées, ou à peine ... au gaz d'éclairage. Une route éclairée par les seuls phares de la voiture (qui font comme des comètes avec la queue devant...).

En ce temps là, il n'y avait pas la radio dans la voiture pour vous distraire, mais heureusement vous êtes en bonne compagnie: Apollinaire et Picabia à l'aller - et Gabrièle en plus au retour!

Ils ont de la conversation!  Laughing


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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 19:28

105
En plus, il pleut des cordes!

Imaginez qu'après 12 heures de route, en pleine nuit, après vous être paumé plusieurs fois, vous arrivez enfin à Etival, et que là, vous retrouvez la femme de vos rêves dans un village éclairé à l'électricité!

C'est une illumination!


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Message  alainD Ven 30 Oct 2015 - 19:42

106 c'est la fée électricité Smile
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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 20:15

107
alainAdmin a écrit:c'est la fée électricité Smile

Oui, précisément. Mais il faut comprendre qu'historiquement, c'est très tôt.
L'électrification de Paris commence à peine.
Dufy fera son grand tableau du même nom 25 ans plus tard!


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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 20:29

108
Voici comment Gabrièle décrit l'arrivée des artistes dans son livre "Aires abstraites"

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Aa110

Merci à Joseph Romand qui m'a communiqué ces documents. Je reviendrai plus tard sur son aide précieuse, mais en attendant, je conseille de lire son étude du village d'Etival en 1912, pleine d'enseignements. En particulier, j'ai été frappé par cette ambiance de préparation de guerre, deux ans avant la déclaration.
Ici
[url= https://madmagz.com/fr/magazine/161286#/page/16] https://madmagz.com/fr/magazine/161286#/page/16[/url]


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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 21:10

109  Arrivé à ce stade de ma narration, sans perdre de vue pour autant mon sujet (l'analyse de Tu m', je sais, je vais y revenir!) je ne puis résister à la tentation d'une petite digression. Very Happy
Imaginative et personnelle sans autre prétention....

Tandis qu'Apollinaire et Picabia digèrent les plats de gibier, de morilles à la crème, et les vins des "Pays Bas", Gabrièle emmène Marcel en balade afin de lui faire goûter les attraits des paysages locaux.
A six kilomètres d'Etival, une heure de marche par les sentiers, se trouve un très beau site, la Reculée de La Frasnée. Une incontournable curiosité du coin que Gabrièle a nécessairement envie de montrer à son hôte.

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0635

Cette chute d'eau ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose?

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 15_duc11

(Je sais que dans ses notes préparatoires à Etant Donnés, Duchamp se sert d'une photo de la chute d’eau de Forestay, près de Chexbres en Suisse, mais il ne la garde pas comme telle, il la modifie pour en faire autre chose qui corresponde à un souvenir plus important pour lui)


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Message  alainD Ven 30 Oct 2015 - 21:23

110 t'es coriace hein, mon Jean-Yves Smile
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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 21:40

111
alainAdmin a écrit:t'es coriace hein, mon Jean-Yves Smile

C'est Duchamp le coriace!
Il a reconstitué l'image de la cascade, de mémoire, par un montage de photos, quarante ans plus tard!

Mais attends, ce n'est pas tout!


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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 21:51

112 Au pied de la cascade, Gabrièle raconte à Marcel l'histoire du Grand Dard.

La cascade est une résurgence qui comporte une sorte de trop plein. Par temps de forte pluie, celui-ci se remplit et déclenche une seconde cascade bien plus haut, on dit alors que la Grand Dard crache. Haha! Very Happy
Je suis certain que ça lui a plu, à Marcel!

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0636

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0637

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0639


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Message  alainD Ven 30 Oct 2015 - 21:59

113 objet dard!! on devient fou !!!
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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 22:06

114
alainAdmin a écrit:objet dard!! on devient fou !!!

Je ne suis pas allé chercher bien loin, j'ai juste photographié les panneaux au pied de la cascade!
En me disant que c'était assez dingue, c'est sûr!

Mais attends, ce n'est pas tout... Shocked


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Message  alainD Ven 30 Oct 2015 - 22:15

115
Jean-Yves Amir a écrit:
Mais attends, ce n'est pas tout... Shocked

bin là je suis à la limite de mes forces!

et en plus je m'inquiète pour toi quand tu devras raconter tout ça à tes élèves post pubères
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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 22:30

116 Gabrièle et Marcel rient beaucoup de ce Grand Dard, mais comme le sujet est assez chaud, leur conversation dévie vers l'électricité. Pour Marcel, c'est toujours une façon de parler d'amour, pour Gabrièle c'est plus technique, vu que le sujet est dans l'air du temps dans le Jura puisque toute chute d'eau est une centrale hydroélectrique potentielle.

Alors ils se disent que ce Grand Dard pourrait faire de l'électricité!
Que le vieux moulin de La Frasnée pourrait faire de la lumière!

La voici, cette micro centrale qu'ils ont peut-être imaginée:
(je ne suis pas encore parvenu à savoir sa date de construction, sans doute après 1912)

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0717

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0718

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Dsc_0719

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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 22:37

117
alainAdmin a écrit:
Jean-Yves Amir a écrit:
et en plus je m'inquiète pour toi quand tu devras raconter tout ça à tes élèves post pubères

Haha!  Je me pose la question, figure toi!
Un peu sur la façon de traduire  les allusions sexuelles, mais ça, je suis rôdé.
Ce qui m'inquiète plus, c'est de savoir comment je vais faire le tri dans toute cette connaissance accumulée, pour la traduire en simple, en clair, alors que je peine à m'y retrouver moi même! pale

Et je commence mon cours sur Duchamp dans deux semaines à peu près! hihi


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Message  Jean-Yves Amir Ven 30 Oct 2015 - 23:05

118 Au bout de cette petite digression, nous arrivons bien sûr à cet étrange rapprochement du bec Auer - éclairé électriquement dans l'installation d'Etant donnés - et de la chute d'eau en arrière plan

Duchamp, analyse de "Tu m'", partie 3 Maxres10

Mais ce n'est pas le sujet, revenons à Tu m' Laughing


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